Vie locale

Tours applaudit Charlie Hebdo

Nous étions au rassemblement-hommage organisé ce mercredi soir après l'attentat au siège du journal satirique à Paris. Pour vous le raconter, mais aussi pour être solidaire.

Une jeune fille est au téléphone avec un ami : "la place de la Mairie est remplie de monde. Comme pour un concert". Oui mademoiselle, mais les applaudissements que nous avons entendu ce mercredi soir sentaient la tristesse. A l'appel du Club de la Presse Val de Loire et de nombreux anonymes, la foule s'est massée devant l'Hôtel de Ville pour faire part de son émotion après la mort de 12 personnes dans une fusillade au siège du journal satirique Charlie Hebdo à Paris.

Toute la presse Tourangelle était là (y compris son avenir, via les étudiants de l'école EPJT, très mobilisés et inventifs dans leurs slogans : "la plume contre les armes" par exemple). Presse en masse donc. Pour couvrir l'événement, mais aussi pour manifester. Les journalistes sont en colère car ce sont des confrères qui ont notamment été tués. Des journalistes et dessinateurs dont la liberté doit être revendiquée, scandée, portée en étendard. Les politiques étaient là eux aussi. Tous les partis se sont réunis, salués, dans un effort de solidarité nationale. Et il était bon de voir que, en dehors des sollicitations des médias, aucune de ces personnalités n'a pris la parole devant la foule. La priorité était au recueillement, et certains n'avaient d'ailleurs pas de mots ou seulement des larmes pour l'exprimer;

Saluons aussi tous ces anonymes venus grossir les rangs. Des jeunes, des femmes, des hommes, des retraités... Une foule qui discutait, échangeait ses états d'âmes. En arrivant sur les lieux, une dame nous a demandé pourquoi il y avait tout ce monde. Une fois au courant son visage a changé, ses traits se sont tirés : "c'est horrible". C'est sordide en effet, mais c'est beau. Beau de voir une unité naturelle organisée en à peine 5h via les réseaux sociaux et qui donne lieu à des gestes symboliques : stylos brandis en l'air, logo "Je Suis Charlie" multiplié à l'infini, Une du journal de la semaine montrée en exemple...

Pendant 2h, une partie de la Touraine a attendu dans le froid, sans savoir ce qu'elle allait faire ou ce qui allait se passer. Mais elle était là. Pour militer en silence, dire tout bas qu'on pense à eux tout là haut.

Lisez ces réactions. Elles sont sincères, émouvantes. Elles sont pleines de colère mais contiennent aussi un peu d'espoir. Elle sont imprégnées de fraternité malgré le ressentiment.

Un manifestant qui brandit sa pancarte "Je suis Charlie" :"La liberté a été touchée. La presse a été attaquée. Aujourd'hui je pleure la liberté. De grands hommes de la liberté nous ont quitté. Mais je crois que la fraternité fera qu'on sera tous rassemblés. Aujourd'hui mon prénom c'est Charlie, on est tous des Charlie. C'est un message d'unité".

David, journaliste : "Je suis citoyen français et attaqué danss ma citoyenneté. Je suis journaliste et je pleure mes frères. Je suis père de famille et j'ai peur des conséquences que ça peut avoir pour enfants. Je brandis la Une du journal car c'est le plus bel hommage pour montrer leur travail et il faut continuer de le faire. Le deuxième hommage sera d'acheter Charlie Hebdo la semaine prochaine. Il paraîtra j'en suis sûr. On peut tuer les hommes mais pas les idées, ni les journaux".

Dominique : "je suis venue leur dire qu'on a pas peur. Rien n'arrêtera la liberté et la démocratie, c'est ça l'avenir. Je suis bouleversée et sidérée. Ca fait plaisir de voir des jeunes. Je suis pas toujours d'accord avec Charlie Hebdo mais il faut qu'ils existent".

Julien Alet, adjoint à Tours : "c'est la France qui est attaquée. On a tué mes 4 dessinateurs préférés. On ne peut pas laisser passer ça mais j'espère que ça va nous "servir" pour recréer un élan de solidarité. Et puis il ne faut pas tomber dans l'amalgame. L'islam est une religion de paix et d'amour et il ne faut pas écouter de mauvaises pensées qui cherchent à faire croire le contraire".

Olivier Lebreton, adjoint à Tours : "On est tous rassemblés et solidaires. On a une pensée pour les familles des assassinés. C'est une inffamie.

Jean Germain, sénateur PS : "J'ai d'abord de la compassion vis à vis des victimes et de leurs familles. Ensuite une réaction d'hostilité envers les personnes qui ont commis cet acte et auraient demandé le nom des gens en entrant dans les locaux. J'ai aussi été choqué par les images de ce policier blessé tué froidement par l'un des hommes. Ce qui est réconfortant c'est que les français se regroupent et savent, dans les moments difficiles, défendre la République. La France doit rester le pays des Droits de l'Homme. Les deux victimes symboliques sont la presse et la police : on a besoin des deux. D'une presse libre et d'une police pour protéger les gens".

Serge Babary, maire de Tours : "je suis abassourdi.Devant une telle attaque qui s'en prend à un symbole fort de notre République, la liberté de la presse, tout le monde se sent concerné ce qui explique ces rassemblements. Quelque soit la sensibilité des uns et des autres. La meilleure réponse c'est la solidarité face à cette attaque immonde. Il fzut renforcer à la fois l'information et la sécurité".

Zoé, Eloïse et Sarah : "On est tous ensemble, c'est important d'être là, on est touchées, tristes de voir que des innocents ont été tués de sang froid. Une liberté essentielle a été baffouée. On est en colère, mais aussi angoissant de voir qu'on en arrive là. Si ça commence comme ça, ça ne s'arrêtera pas. Des amalgames seront faits et c'est dangereux. C'est important que les gens se mobilisent pour la liberté".

Emma : "une de mes copines est en stage à Charlie Hebdo et je n'ai pas de nouvelles... Je suis dans l'incompréhension et la colère. En plus ces actes contribuent à la mauvaise vision des musulmans en général. Mais ça fait plaisir de voir qu'il reste de l'humanité dans cette période où l'on imagine que l'individualisme compte".