Tours

L’invention tourangelle pour jouer de la musique sans instrument ni solfège

Mais en touchant les autres.

Dans le langage de 2021 on dirait que c’est une invention qui n’est « pas très Covid ». Olivier Camillo reconnait bien volontiers qu’il s’agit d’un projet « à contre courant » des consignes sanitaires actuelles. Sauf qu’il travaille dessus depuis 3 ans et que le succès semble au rendez-vous, alors pas question d’arrêter.

Nous parlons de la Frog Touch, un nom tout mignon pour la création tactile et musicale de deux frères. On l’utilise à deux, trois, dix ou beaucoup plus. Elle permet de créer des mélodies en groupe grâce à des petits pads en sillicone. Un projet plébiscité en établissement scolaire, auprès de publics atteints d’autisme et de troubles dys ou encore par des orthophonistes. D’un côté on a Olivier, musicien et enseignant à l’université. De l’autre Bernard, ingénieur aéronautique à Aix-en-Provence. Un soir les deux hommes vont voir Paul McCartney au Vélodrome de Marseille et ils ont une révélation : les gens sont heureux mais complètement incapables de taper dans leurs mains en rythme...

« Ce pauvre Paul avait beau jouer, ils faisaient n’importe quoi. Nous étions sûrs qu’il était possible de trouver un moyen pour que les gens progressent en musique collectivement. Après ce concert, on n’a pas dormi, on a refait le monde pour réfléchir à une solution. »

L’ambition : recréer la fougue des foules massées devant une scène mais avec la notion de rythme et de musicalité. « On a mis en commun nos compétences pour rapprocher les gens de la musique » raconte Olivier souhaitant combiner mélodies et toucher, mais aussi esprit de groupe :

« Quelque soit son niveau, on progresse toujours plus vite à plusieurs alors qu’en solo, avec du directif, ça ne marche pas top. »

Le duo commence à mener des expériences avec des scientifiques et des thérapeutes avant de l’expérimenter auprès de différents publics, en particulier des enfants :

« Chaque fois les personnes en ressortent changées. Des élèves sur qui personne ne comptait trop ont produit des choses extraordinaire et brillé devant leurs camarades ce qui est assez bouleversant. L’un d’eux ne regardait jamais les autres dans les yeux et n’adressait pas la parole aux professeurs. Au bout de 5 minutes il faisait de la musique, il regardait tout le monde et parlait. C’est un projet qui rapproche les êtres. »

On va vous expliquer un peu plus concrètement comment ça marche, cette Frog Touch. Pour qu’on ait une idée précise, Olivier Camillo prend l’exemple des lampes qu’on allume en les effleurant. Là, tout se passe avec le contact de la peau : quand on touche la main ou le mento, ça crée un son (une note, un bruitage ou un accord). Le tout grâce à des pads préprogrammés via un logiciel spécialisé. « Cela marche à deux et à partir de 5 ans mais on a testé jusqu’à 54 personnes en simultané. On oublie vite l’objet, l’interaction se fait entre les personnes » nous dit l’inventeur en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de recours à un écran une fois l’expérience lancée.

« Il ne s'agit pas de remplacer l'apprentissage d'un instrument mais bien de permettre au plus grand nombre de pratiquer la musique à plusieurs tout en développant des compétences que seule la pratique collective peut activer. »

L’idée c’est simplement de créer une musique qui ait du sens, en s’aidant de la technologie. Pas besoin de connaissances musicales ou de maîtriser le solfège : le programme est capable de déclencher des sons qui demeurent cohérents avec ceux émis juste avant. Tout a été breveté. Et pour le côté rigolo, les pads tactiles en sillicone (de conception française) ont des formes de grenouille ou de nénuphar (d’où le nom Frog Touch). Une cinquantaine de kits ont déjà été vendus : « Cela permet de traiter des troubles langagiers, plusieurs thérapeutes s’y intéressent » souligne Olivier qui veut sortir une deuxième version plus aboutie. Pour ça, un financement participatif est en cours avec l’idée de rassembler 15 000€.

Olivier Collet