Tours

[C’est quoi le problème ?] A Tours, pas question de « réserver » des installations sportives aux femmes

Mais la ville veut développer les pratiques sportives féminines.

Lundi 8 mars, la ville de Tours a présenté son plan pour l’égalité femmes-hommes. Une date symbolique puisqu’elle correspond à celle de la journée de lutte pour les droits des femmes, un sujet qui tient particulièrement à cœur à l’équipe municipale d’Emmanuel Denis élue au cours de l’été 2020. Nous avons relayé la liste des mesures qui doivent progressivement voir le jour d’ici 2026 dont une qui a déclenché une polémique : celle consistant à favoriser la pratique sportive des femmes par l’octroi de créneaux supplémentaires au sein des structures sportives de la ville.

Voici exactement les mots employés dans le dossier remis à la presse :

« Favoriser la pratique sportive des femmes, notamment dans l’attribution des créneaux et des subventions dédiées à la pratique sportive ainsi qu’en développant des espaces de pratique libre adapté à la pratique de toutes et tous. »

Dans leurs discours, les élus ont notamment précisé qu’il y avait pour projet d’aménager des parcours bien éclairés pour faire son jogging en toute sécurité quand la nuit tombe tôt en hiver. On sait que beaucoup de femmes renoncent à certaines sorties de peurs de subir du harcèlement voire des agressions.

Voici les mots précis employés par notre rédaction pour annoncer cette mesure. L’article en question a été publié mardi :

« La ville va faire en sorte de faciliter la pratique sportive des femmes via l’octroi de créneaux dédiés sur les installations sportives ou la création de parcours de course bien éclairés pour assurer la sécurité des joggeuses en pleine nuit. »

Et maintenant voici ce que l’opposition a compris par la voix d’Olivier Lebreton, élu du groupe Tours Nous Rassemble (qui rassemble des personnalités de droite et du centre) :

« À Tours, il y aura désormais des créneaux réservés exclusivement aux femmes dans les piscines, les gymnases et les terrains municipaux. Sous le prétexte de l’égalité homme-femme, la Mairie fait progresser le communautarisme. Quelle est la prochaine étape ? Monsieur le Maire, les Tourangelles et les Tourangeaux ont besoin de vivre côte à côte et non face à face. Cela n’est pas Tours, cela n’est pas la République, cela n’est pas la France. Battons-nous pour vivre ensemble et non séparément. »

L’ancien adjoint au maire chargé de la sécurité prend appui sur l’extrait d’un article de nos confrères de France Bleu qui cite l’élue Marie-Pierre Cuvier disant ceci : « On s’est rendu compte que l’occupation des infrastructures sportives est avant tout une occupation masculine. On veut avant tout encourager les femmes à pratiquer le sport. Et cela suppose aussi de trouver des solutions pour garder leurs enfants par exemple. »

Olivier Lebreton n’a pas été le seul élu à monter sur ses grands chevaux après simple lecture de la presse. « Pourquoi des créneaux uniquement pour les femmes dans les équipements sportifs ? Il n'y a jamais eu de problème, les vestiaires sont bien différenciés, les agents bienveillants » s’agace Marion Nicolay-Cabanne qui s’alarme aussi du projet de toilettes non genrés dans les bâtiments municipaux (toilettes également non genrés dans les TGV, les avions ou d’autres lieux publics sans que ça n’ait jamais posé de problème à personne).

Face à l’ampleur de la polémique, la ville de Tours a réagi rapidement : nouveau communiqué de presse à 10h54 mardi matin pour préciser sa position…

« À aucun moment nous n’avons envisagé de réserver des créneaux aux femmes lors des ouvertures des équipements sportifs au public. »

Ce qu’il faut donc bien comprendre c’est que la municipalité cherche à favoriser les pratiques sportives féminines en réorganisant le planning de ses installations pour que ceux-ci soient compatibles avec les contraintes de toutes et tous. Et en fait des créneaux « réservés » aux femmes ça existe déjà, tout comme des créneaux « réservés » aux hommes (une équipe féminine de basket s’entraînera à un horaire dans le gymnase, puis les messieurs à une autre période). A aucun moment dans son document officiel, ni dans les articles, il n’a été question d’interdire l’entrée de lieux comme les piscines aux hommes (rappelons que des entreprises privées comme les spas fonctionnent avec des systèmes de créneaux horaires non mixtes, système à priori plutôt bien accepté).

Si l’équipe d’Emmanuel Denis a donc pu manquer de précision, l’opposition de droite semble surtout être montée un peu trop vite sur ses grands chevaux, dans la droite ligne d’une stratégie politique d’affrontement permanent engagée depuis l’installation du conseil municipal. Un emballement verbal qui ne grandit pas vraiment l’esprit du débat démocratique pesé et argumenté...

Olivier Collet