Tours

Pesticides et leucémies : un lien indiscutable selon des chercheurs du CHU de Tours

Ils ont analysé 75 ans d’études pour arriver à cette conclusion.

L’exposition régulière à des pesticides entraine-t-elle un risque accru de développer une leucémie (autrement dit un cancer de la moelle osseuse) ? La réponse est oui selon les conclusions d’une étude de chercheurs du CHU de Tours publiée dans le journal Scientific Reports et dont les conclusions nous ont été transmises cette semaine.

Les hématologues de l’hôpital se sont intéressés à la santé des travailleurs, c’est-à-dire les agriculteurs qui répandent les produits chimiques. Il ne s’agit pas ici de parler de la consommation des fruits, légumes ou céréales mais seulement des risques quand on exerce dans des champs ou des vergers traités.

« S’il est déjà établi que les agriculteurs, exposés aux fortes doses de pesticides, ont un risque aug-menté de développer des états pré-leucémiques (myélodysplasies), le risque de développer une leucémie aiguë myéloïde n’était pas clairement démontré, notamment du fait d’études épidémiologiques hétérogènes dans leurs critères d’inclusions et rassemblant fréquemment tous les types de leucémies » explique l’équipe du Pr Olivier Hérault.

Les chercheurs tourangeaux n’ont pas mené leur propre expérience mais ils ont analysé en détails toutes les publications sur le sujet entre 1946 et 2020 soit pendant 75 ans. Ça représente 6 784 publications !

Au final, les hématologues ont concentré leurs travaux sur 14 études regroupant près de 4 000 patients ayant déclaré une leucémie et près de 10 000 sujets témoins dont l’état de santé a été étudié en parallèle. « L'analyse globale a montré une association défavorable significative entre l’exposition professionnelle aux pesticides et la survenue d’une leucémie aiguë myéloïde.  Ces conclusions renforcent la nécessité de réflexions sociétales pour limiter les doses des pesticides utilisées en agriculture et pour protéger efficacement les professionnels exposés ainsi que les personnes vivant à proximité immédiate des zones d’épandage de ces fortes doses de pesticides » explique le CHU de Tours.

« Des recherches biologiques sont nécessaires pour identifier, voire contrer, les mécanismes cellulaires par lesquels les pesticides seuls ou en association (effet cocktail) augmentent le risque de développer une leucémie aiguë myéloïde » conclut par ailleurs le service du Pr Olivier Hérault qui a identifié un mécanisme de cette toxicité dans la moelle osseuse.