Tours

Que retenir des Estivales commerçantes en centre-ville de Tours ?

L’événement avait pour but de donner envie de faire du shopping.

Cache-misère ou réussite ? Pour aider les commerçants tourangeaux impactés par la crise Covid, le maire de Tours Emmanuel Denis élu fin juin a imaginé un événement baptisé Les Estivales débuté le 1er août et qui s’est achevé ce dimanche 6 septembre. Faute de pouvoir organiser la traditionnelle braderie qui réunit des centaines de commerçants et de brocanteurs ainsi que près de 200 000 personnes dans les rues, il a ainsi autorisé les boutiques à déballer sur le trottoir plusieurs samedis de suite tout en maintenant l’ouverture dominicale le jour d’origine de la Braderie et en organisant quelques animations.

Au bout de 5 semaines, le bilan est mitigé. Ce samedi en centre-ville, il y avait objectivement du monde. Les bus et le tram étaient exceptionnellement gratuits, plutôt bien remplis mais pas plus qu’un samedi « habituel » (d’avant crise), d’autant que de nombreux voyageurs qui montaient à bord n’étaient pas au courant de la mesure et réclamaient un ticket ou passaient leur carte d’abonné devant une machine qui leur renvoyait alors un message d’erreur. « C’est gratuit ? C’est super ! Ça devrait être comme ça tous les week-ends » s’exclame une dame âgée du côté des Halles.

Pour la mairie, un premier contact avec les commerçants et leurs exigences

La foule donc, mais souvent là pour se promener. Il y avait beaucoup moins de boutiques avec des promos extérieures que d’habitude, même si la Rue de la Scellerie ou la Rue des Halles ont plutôt bien joué le jeu comparé – par exemple – à la Rue Nationale où moins d’une dizaine de magasins avaient sorti leurs présentoirs.

Au fil des semaines, de nombreuses critiques se sont élevées sur la fermeture de plusieurs rues aux voitures (Rue des Halles, suppression du parking Place de la Résistance). La mesure a entraîné des bouchons, par exemple pour rejoindre la Rue Marceau avec une longue file de voitures devant le Muséum d’Histoire Naturelle en milieu d’après-midi : « C’est normal au début, le temps que les gens prennent de nouvelles habitudes » relativise un adjoint au maire plutôt satisfait d’une fin d’été avec un centre-ville dynamique après plusieurs week-ends calmes (en raison des vacances, d’une canicule ou encore d’un pouvoir d’achat parfois grevé par la crise).

Monté dans l’urgence, Les Estivales a servi de baptême du feu à la nouvelle municipalité, qui a revu ses plans à plusieurs reprises le temps de bien prendre en compte l’avis des commerçants. « On n’avait pas les bons réflexes de communication » expliquait l’élu en charge du dossier Iman Manzari. Les cafouillages seraient donc désormais du passé, c’est ce qu’on verra lors de prochaines opérations commerciales, des sujets chauds restant encore en suspens (panneaux pour indiquer les parkings souterrains, demande récurrente d’une période de stationnement gratuit dans les rues…).

Les Estivales plus efficaces que le plan Etincelle ?

Si Les Estivales n’a pas forcément permis de sauver l’été des commerçants et de compenser l’affluence de la Braderie (à lui seul ce n’était pas vraiment possible), l’événement a servi de grande expérimentation pour voir ce qui marchait ou pas. Il y a eu aussi de grands débats, plusieurs voix s’élevant pour critiquer la qualité des spectacles proposés en ville et le peu de monde qui y assistait. La parade finale de la Compagnie Off semble en revanche avoir laissé une forte impression samedi 5 septembre (coût de l’opération : 37 000€, dont 18 000 pour sa partie artistique mobilisant une cinquantaine d’artistes).

Avec son festival commercial, Emmanuel Denis voulait marquer son style en insufflant de la vie dans les rues plutôt que’n distribuant des bons d’achat de 50€ à dépenser dans les commerces comme l’avait fait son prédécesseur Christophe Bouchet. Il a utilisé les crédits alloués à ce plan pour monter son événement. Quel dispositif a été le plus efficace ? On ne connait pas encore le nombre de chèques Etincelle qui sont revenus en mairie (les commerçants ont jusqu’au 15 septembre pour se faire payer) mais il sera, dans tous les cas, difficile de faire une comparaison franche tant la philosophie des deux mesures est éloignée. On aura tout de même une idée en observant le dynamisme du centre-ville dans les prochains mois, son évolution ainsi que celle du baromètre mesurant le moral des commerçants.

Olivier Collet / Photos : Laurent Depeigne