Tours

[Face à face] Pont Wilson sans voitures : le maire de Tours répond aux critiques

Et il y en a beaucoup.

Depuis mercredi matin, plus de voitures sur le Pont Wilson. Fini. Au moins jusqu’en octobre, voire jusqu’en fin d’année. Et peut-être définitivement. C’est un test de la mairie qui veut laisser plus de place aux vélos. Même si l’ouvrage n’autorisait les véhicules motorisés quand dans un seul sens depuis la mise en service du tram en 2013, cette réduction de la place de l’automobile passe mal... voire très mal auprès de certaines personnes.

Sur nos articles, des dizaines de commentaires s’inquiètent des bouchons qui risquent de voir le jour sur les autres ponts, d’une éventuelle hausse de la pollution à cause de ces ralentissements ou d’une accélération de la désertion du centre-ville parce que les voitures ne pourront plus y venir, ni se garer (34 places de parking ont été supprimées Rue Buffon afin de créer, là-aussi, une nouvelle piste cyclable).

Dans un communiqué publié en début de semaine, le groupe Les Progressistes du conseil municipal a également torpillé la décision de la mairie écologiste. Mené par Benoist Pierre qui menait une liste LREM lors des élections municipales, le collectif d’élus demande tout simplement la suppression de l’expérimentation :

« La fermeture du pont Wilson à la circulation des voitures, si elle est bien un «symbole» pour une écologie militante qui cherche à bannir la voituredu paysage urbain, n’est ni une mesure efficace sur le plan écologique, ni une opération raisonnable dans le contexte actuel, ni une action rationnelle sur le plan économique. Ainsi au lieu d’«apaiser» les tensions et la ville et deréduire les effets des crises successives, cette mesure soudaine, même à titre expérimental, les exacerbera inutilement. Sans aucune autre alternative annoncée, 4 800 véhicules – derrière lesquels se trouvent des réalités humaines et sociales, dont il n’est tenu aucun compte – seront contraints dese reporter sur les ponts Mirabeau et Napoléon, augmentant ainsi le trafic et la pollution aux heures de pointe. »

Benoist Pierre et ses collègues écrivent également que « Miser sur la transformation brutale et impérative des comportements et un report automatique vers le vélo, le tram ou la marche à pied, c’est méconnaître les usages, la sociologie et les finalités de ces conducteurs qui n’ont, pour beaucoup d’entre eux, d’autre schoix pour venir dans le centre-ville, travailler et consommer, sauf à continuer de considérer Tours-Nord comme un gigantesque parking-relais surchargé de voitures. »

Interrogé par Info Tours, Emmanuel Denis réfute cette analyse et assume le côté clivant de sa décision :

« Tout cela s’inscrit dans les enjeux forts de lutte contre le dérèglement climatique. Nous avons l’obligation d’inciter le plus grand nombre à lâcher leur voiture pour prendre le vélo ou les transports en commun. Cette expérimentation sur le Pont Wilson c’est un moyen de concertation extrêmement efficace. Cette décision est également légitimée par le vote sans équivoque du 28 juin : on est dans ce qu’on avait promis, je fais ce que je dis. C’est sûr ça bouscule. Le maire précédent avait dit vouloir faire de Tours une capitale cycliste mais trois ans après une enquête de la FUB (fédération de cyclistes, ndlr) dit que la ville est mal classée. Elle n'a rien fait. »

L’élu poursuit en notant qu’à Tours seules 6% des traversée de la Loire en voiture se faisaient via le Pont Wilson (les fameux 4 800 véhicules par jour mais en fait 4 600 selon lee derriers comptages) :

« C’est un changement d’habitude relativement mineur. Le plus gros travail a été fait en 2013. A ceux qui me disent qu’ils ne pourront plus rentrer en ville, je leur demande comment ils faisaient pouraen sortir ? Nous devons redistribuer l’espace public dédié à 90% à la voiture et au stationnement. »

L’ambition d’Emmanuel Denis est également d’animer le Pont Wilson, peut-être en y installant une partie du marché de Noël, des bouquinistes l’été, des food trucks, des installations éphémères  ou des bancs.