Tours

Combien on paye les élus ? Vaste débat pour entamer le mandat de Tours Métropole

Leurs indemnités sont en augmentation.

Le conseil d’installation d’une collectivité c’est souvent un moment assez solennel, où l’on essaie de privilégier le consensus et le rassemblement. On élit le président, les vice-présidences, les membres de bureau… On entend des discours émus et enlevés, avec peu de petites phrases. Ce fut le cas ce vendredi soir pour la première réunion officielle avec les 87 élus de Tours Métropole, les hommes et femmes qui vont décider de grands sujets pour l’agglo jusqu’en 2026 (transports, eau, déchets, économie, tourisme, culture). A leur tête ? Wilfried Schwartz, le maire de La Riche qui prend la suite de Philippe Briand (élu de Saint-Cyr-sur-Loire).

Le président ne dirige pas seul ce paquebot de 1 700 employés pour un territoire de 22 communes et 300 000 habitants. A ses côtés il y aura 20 vice-présidents et 9 membres du bureau, toutes et tous avec des missions particulières (habitat, mobilités, gestion du risque inondations, finances, numérique, transition écologique…). Ces postes sont indemnisés, pour compenser le temps passé à s’occuper de la collectivité au détriment d’une vie professionnelle et familiale.

 

Combien ? C’est toute la question, et un sujet sensible. Le sujet était aussi à l’ordre du jour ce vendredi… et il a fait débat.

Celui qui a entamé les hostilités c’est Thibault Coulon, élu dans l’opposition à Tours. Faisant écho à la crise économique liée au coronavirus ou la défiance des citoyens vis-à-vis des politiques, il a réclamé du temps pour débattre du sujet et exposer les chiffres à tout le monde :

« Vous avez trois mois pour fixer les indemnités, avec possibilité de les verser de manière rétroactive. Il n’y a pas urgence. Je vous demande donc de retirer cette délibération. L’indemnité du président double presque (+93%), celle des vice-présidents augmente de 30% soit 525€ bruts mensuels (soit environ 2 200€ par mois, ndlr). Et pour les conseillers délégués c’est +32% soit 238€supplémentaires (environ 950€, ndlr). J’ai fait le calcul, avec 4 vice-présidences de plus par rapport à la précédente assemblée ça représente un coût annuel de 431 000€, 2,6 millions d’€ sur l’ensemble du mandat. Et ce alors que la dernière vague d’augmentation est récente puisqu’elle remonte à 2017. »

En disant ça, Thibault Coulon fait le choix de voiler les belles images de l’installation du conseil avec une polémique capable de le fragiliser d’entrée. Il a été soutenu par l’élu écologiste chambraisien Didier Vallée : « Je ne comprends plus. Nous nous devons d’être responsables et exemplaires or la plupart des vice-présidents ont déjà d’autres indemnités. » C’est l’ancien patron de l’agglo Philippe Briand qui a volé au secours de son successeur pour répondre :

« Wilfried Schwartz arrête son travail pour se consacrer à ce job à temps plein. Il va y avoir du temps de réunion, de concertation, de dialogue avec les citoyens… Il va gérer un budget de 500 millions d’euros avec un risque pénal à tous les coins de rue pour 2 600€ net par mois. Si vous trouvez beaucoup de monde capable de faire ça pour ce montant je vous félicite. Ce niveau de rémunération est correct, pas excessif. Si on ne fait pas ça, on ne trouvera plus personne en capacité d’exercer des mandats. »

Il a également été rappelé que le maire de St-Cyr avait gardé une indemnité basse car il a déjà des revenus très confortables, en particulier via son groupe immobilier Citya (c’est une des principales fortunes de France). Son successeur n’a pas le même patrimoine.

Dans la foulée, Thibault Coulon a voulu atténuer sa position : « Je n’ai pas dit qu’il fallait y renoncer ou que c’était injustifié, juste qu’il fallait que la délibération soit étudiée et débattue. » Trop tard, les chevaux sont lâchés. Une élue de la majorité écologiste de Tours Annaëlle Schaeller demande également le report, l’ancien maire de Tours Christophe Bouchet assure que si la décision est prise telle quelle « ce sera difficile à défendre » devant les citoyens. Wilfried Schwartz répond :

« Nous ne pouvons plus attribuer des délégations plus ou moins réelles pour augmenter les indemnités, ce n’est pas légal. Nous avons souhaité mieux rémunérer les vice-présidents et membres du bureau car c’est du travail. J’ai besoin qu’ils s’impliquent vraiment. »

Face à la pression, le président demande qui veut le report du vote sur ce sujet : 25 élus sur 87. C’est refusé, le débat est tranché sur le champ. Finalement, 13 voix se sont élevées contre l’enveloppe proposée (+ 7 abstentions). Les trois quarts de l’assemblée soutiennent la logique.

Olivier Collet