Tours

Municipales à Tours, le duel : ce qui différencie vraiment Christophe Bouchet et Emmanuel Denis

On a listé les grands enjeux du 2e tour de l’élection.

Ce dimanche 28 juin on vote pour élire l’équipe qui va diriger la ville de Tours jusqu’en 2026 (les 84 bureaux seront ouverts de 8h à 19h). Deux hommes se présentent en tête de liste avec l’ambition d’occuper le bureau du maire : Christophe Bouchet, candidat à sa réélection, et Emmanuel Denis, actuellement élu d’opposition. Le 1er a bouclé une alliance allant du centre-gauche à la droite conservatrice (comprenant les partis UDI, Les Républicains ou LREM) et le second rassemble 11 mouvements de la gauche et des écologistes (EELV, PS, PCF, La France Insoumise…).

Au-delà de ces étiquettes politiques, qu’est-ce que ça pourrait changer d’avoir l’un ou l’autre aux commandes ? On fait l’état des lieux...

Leur expérience et leurs réseaux :

Christophe Bouchet (57 ans) et Emmanuel Denis (49 ans) n’ont jamais été élus avant 2014. Le 1er – encarté au Parti Radical – a bien tenté sa chance aux élections législatives de 2012 mais a réalisé un faible score (577 voix, 1,62%). Néanmoins, c’est un homme qui a cultivé ses réseaux à Tours et en dehors via différentes activités (ancien président de l’Olympique de Marseille, ex-journaliste, il dispose également d’activités dans l’immobilier). Il affiche des amitiés avec des personnalités comme l’ancien ministre Jean-Louis Borloo ou l’actuel 1er ministre Edouard Philippe et il a l’oreille des médias nationaux quand il s’agit de parler de foot – souvent – et de Tours – parfois.

Quant au second, il travaille en tant qu’ingénieur et a fait ses armes dans le milieu associatif (Robin des Toits) avant de mener une liste EELV aux Municipales de Tours en 2014. Au second tour il a fusionné avec l’équipe de l’ex-maire Jean Germain et a rejoint le conseil municipal dans l’opposition ce qui lui a offert une tribune dont il a largement usé pendant 6 ans, de quoi voir ses propos régulièrement cités dans les articles de presse. Il affiche ses amitiés avec des personnalités comme le maire écolo de Grenoble Eric Piolle et commence à intéresser les médias nationaux comme Libération et Médiapart qui jugent ses chances de victoire crédibles.

Leur style et leur influence en local :

Le trublion Emmanuel Denis qui se déguisait pour médiatiser ses combats s’est aujourd’hui assagi. Il s’exprime assez directement, parfois avec sarcasme. Il est du même sérail politique que le président de la région Centre-Val de Loire François Bonneau – partenaire indispensable pour mener des grands projets comme le tram – mais suscite parfois une certaine méfiance du côté des acteurs économiques.

Christophe Bouchet est un fin communicant souvent avenant mais à qui il a pu être reproché des propos cassants et une certaine distance vis-à-vis des citoyens. Il n’est pas en excellents termes avec le président du Conseil Départemental d’Indre-et-Loire – partenaire important sur des projets sociaux, culturels, sportifs et touristiques – mais dispose de l’appui de l’ensemble des parlementaires d’Indre-et-Loire.

Leur capacité à faire bouger les choses :

L’un comme l’autre ne pourront pas faire grand-chose tous seuls. Surtout que les deux hommes ne briguent pas la présidence de Tours Métropole, institution qui contrôle les grands projets comme le tram mais aussi des secteurs stratégiques comme l’eau, le tourisme, le développement économique ou l’enseignement supérieur.

Si Christophe Bouchet est élu, le maire de Saint-Cyr Philippe Briand a de bonnes chances de poursuivre à la présidence de l’agglo. Et à la mairie, plusieurs personnalités déjà adjointes reprendront leurs fonctions de quoi assurer une certaine continuité dans les projets là où Emmanuel Denis et son équipe auront forcément un temps d’adaptation avant de maîtriser tout le fond des dossiers. Néanmoins, des personnalités comme Jean-Patrick Gille ou Cathy Münsch-Masset connaissent déjà bien le fonctionnement des institutions. A la Métropole, on ignore qui pourrait présider.

Pour faire face aux difficultés financières de la ville (très endettée), les deux candidats ont des opinions divergentes : les deux espèrent plus de subventions de la Région, de l’Etat ou de l’Europe. Christophe Bouchet parie aussi sur le mécénat en provenance des entreprises (pour des projets comme la rénovation des Halles) quand Emmanuel Denis privilégie et plaide en faveur de financements ouverts à tous (par exemple pour relancer le Tours Football Club).

Qui est le plus écolo ?

Les deux hommes veulent planter des dizaines de milliers d’arbres, développer l’hydrogène, faire plus de place au vélo, mettre davantage de bio dans les cantines ou rénover des passoires énergétiques. D’un côté Emmanuel Denis imagine, comme un emblème, une grande ferme photovoltaïque près de l’aéroport avec une plantation de lin à utiliser pour des travaux dans les logements. De l’autre Christophe Bouchet multiplie les suggestions allant d’un plan pour verdir les façades des bâtiments à un budget annuel d’un million d’€ pour réaliser des projets « verts » émanant des habitants.

Qui veut quoi pour le tram et les transports ?

Après avoir voté en faveur d’un tracé La Riche-Chambray pour la ligne B, Christophe Bouchet juge aujourd’hui que la priorité est le tronçon carrefour de Verdun-Trousseau, le seul qui serait selon lui possible financièrement dans le mandat à venir. Par la suite, il estime désormais qu’une branche vers Saint-Pierre-des-Corps serait plus urgente que l’installation de rails en direction de l’ouest. Emmanuel Denis plaide lui pour un maintien du projet actuel, persuadé qu’il est possible d’obtenir les financements par l’emprunt et des subventions afin que l’inauguration de la 2e ligne de l’agglo soit réalisée en 2026.

Dans son programme du 1er tour Christophe Bouchet évoquait le bouclage du périphérique auquel son adversaire est opposé. Emmanuel Denis veut 5 grandes pistes cyclables express d’un dizaine de km, le maire-sortant évoque un réseau de 40km.

Concernant l’aéroport, aucun des deux candidats ne veut le fermer mais Emmanuel Denis ne veut pas subventionner de compagnies aériennes pour le transport de passagers, ce à quoi Christophe Bouchet n’est pas opposé puisqu’il veut même développer ce secteur. Il souhaite par ailleurs une vaste zone économique auprès des pistes quand son adversaire plaide plutôt sur un pôle autour de la transition énergétique.

Leur politique sécuritaire :

Les deux hommes plaident pour une police des transports et renforcer la présence de la police municipale sur le terrain. Christophe Bouchet veut qu’elle emploie 130 personnes, l’équiper de tasers et augmenter drastiquement le nombre de caméras de surveillance (300 en 2026). Emmanuel Denis voudrait plutôt recruter des médiateurs pour les quartiers et déplacer certaines caméras sans en acheter de nouvelles. Il propose aussi des conseils de quartier autour de la prévention de la délinquance.

Comment ils veulent gérer l’après-Covid ?

Emmanuel Denis axe son plan de relance sur l’animation culturelle et la piétonnisation partielle du centre-ville dès cet été pour inciter à flâner dans les commerces. Il souhaite une épicerie sociale municipale et une distribution accrue de bons alimentaires. Christophe Bouchet compte pour sa part accélérer le développement de maisons de santé dans les quartiers (il en veut 8), créer un service pour les personnes dépendantes à domicile et créer une plateforme en ligne pour l’achat de produits locaux.

Leurs projets phares :

Le candidat écologiste met en avant son désir d’une Maison de l’Hospitalité, une antenne du Centre Communal d’Action Sociale pour soutenir les migrants (notamment via un accueil de jour). Il insiste pour dire que chaque nouveau grand projet immobilier devra comporter un tiers de logements sociaux et un autre tiers en accession à la propriété quand son adversaire espère surtout que les promoteurs financeront des équipements publics à côté de leurs bâtiments (écoles, commerces…). Christophe Bouchet veut avancer vite sur la rénovation des bords de Loire (casser le quai Place Anatole France) ou des écoles. Son challenger rêve d’une station vélo géante à la gare, de tram-train avec une station Carrefour de Verdun ou d’une Maison de la Démocratie Permanente.

Qui a le plus de chances de gagner ?

Objectivement le scrutin est très serré. Emmanuel Denis est arrivé en tête de 10 points au premier tour, il a rallié certains mécontents de la gestion de la ville depuis 2014 et bénéficie du contexte national favorable aux écologistes. Christophe Bouchet peut compter sur une certaine prime au maire sortant accentuée par la crise du Covid où il a gagné en notoriété ainsi que sur son alliance avec Benoist Pierre (3e au soir du 1er tour). Une des clés du scrutin sera le taux d’abstention (67% au 1er tour au cœur de la pandémie). Plus il est élevé, plus l’équipe qui décrochera la majorité risque de voir sa légitimité remise en cause.