Tours

Déconfinement en Touraine : accueils d’urgence maintenus après le 11 mai, inquiétudes pour la suite

Le nombre de personnes précaires semble en augmentation.

Le confinement a réussi à faire ce qui ne se produit pas en hiver, même les jours de grand froid. Le SAMU social (le 115) peut désormais satisfaire toutes les demandes d’hébergement d’urgence en Indre-et-Loire et les accueils sont assurés 24h/24, 7 jours sur 7. La préfecture a mobilisé des moyens, en réservant des chambres d’hôtels ou en ouvrant le gymnase Racault de Tours pour des hommes vivant avec leur chien. « Aujourd’hui les personnes qui sont encore à la rue sont celles qui ne veulent pas être hébergées ou qui ont été exclues » explique Marie-Paul Legras-Froment, la présidente d’Entraide et Solidarités, l’une des principales associations d’aide sociale dans le département.

La structure qui compte 180 salariés permanents et plus de 100 bénévoles a dû stopper ses chantiers d’insertion en extérieur et fermer la petite maison située en face de la maison d’arrêt de Tours mais elle n’a pas du tout arrêté de fonctionner. Bien au contraire. Ses 120 salariés en insertion ont été mobilisés dans les secteurs de l’alimentaire et de la propreté ou ont été missionnés pour préparer des sachets repas à distribuer le soir dans les hôtels, une action inédite. « Il y a eu un gros travail de fait avec la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et les associations pour mutualiser les forces et les compétences »se félicite Marie-Paul Legras-Froment. Avec une satisfaction supplémentaire : à sa connaissance, parmi les personnes aidées, aucune n’a été infectée par le Covid-19.

Il n’empêche, les inquiétudes sont nombreuses et se renforcent avec l’approche du déconfinement. Entraide et Solidarités a obtenu la garantie que le dispositif d’hébergement actuel serait maintenu jusqu’à la fin du mois de mai. Au gymnase Racault, deux salariés de La Barque (le café associatif de la Rue Colbert) vont intervenir auprès des personnes présentes pour les aider. Et après ?

« On s’inquiète de la montée des demandes. On va vers une grande précarisation pour un certain nombre de personnes. La Table de Jeanne-Marie et les Restos du Cœur voient arriver de nombreuses personnes qu’ils ne connaissent pas pour de l’aide alimentaire. »

Marie-Paule Legras-Froment vient d’écrire à la préfète et à Tours Métropole Val de Loire pour que le bilan positif de la crise sanitaire serve pour la suite : « Cela fait des années qu’on dit que l’hébergement d’urgence c’est bien mais qu’il faut que les gens posent leurs valises et qu’on puisse leur proposer un accompagnement. Nous avons beaucoup milité pour cet accueil d’urgence sans remise à la rue le matin obtenu aujourd’hui. Capitalisons dessus pour disposer d’un vrai accueil demain » plaide-t-elle, en lien avec d’autres acteurs sociaux comme la Coordination Migrants. Les projets pourraient ainsi rassembler plusieurs entités : une pour gérer l’accueil de nuit, une autre pour la journée, une troisième pour les repas… Emergence, la Croix Rouge, La Table de Jeanne-Marie… Autant de noms cités comme candidats potentiel.

La présidente d’Entraide et Solidarités évoque en prime la création de structures capables d’accueillir des personnes en proie aux addictions sans les forcer à vivre en collectif ce qui peut être complexe à gérer. Mais surtout, elle veut « travailler à l’insertion des exclus ». Explications :

« Tant qu’on sera sur de l’assistanat on ne fera pas avancer les choses. Si on donne le droit aux personnes d’accéder à l’insertion, à terme elles pourront trouver un travail et un logement donc elles ne seront plus dépendantes. »

Entraide et Solidarités espère donc pouvoir encore augmenter les postes d’insertion, par exemple via la création d’une cuisine centrale au Sanitas, mise à disposition par le CCAS et qui pourrait servir à la préparation de repas pour les personnes qui en ont besoin. Autre initiative : travailler avec le secteur de l’agriculture pour favoriser le recrutement de personnel en insertion plutôt que des travailleurs étrangers, aujourd’hui absents pour cause de fermeture des frontières.