Tours

Coronavirus en Touraine : que se passe-t-il après la réanimation ?

Le CHU de Tours a mis en place un protocole de suivi des patients.

Plus encore que le nombre de décès, le chiffre des malades hospitalisés en réanimation est devenu le symbole de l’ampleur de la crise du coronavirus en France. Afin de faire face à l’afflux de patients dans un état grave, les hôpitaux ont dû fortement augmenter leurs capacités en passant progressivement de 5 000 à près de 15 000 lits équipés d’un respirateur artificiel. Au CHU de Tours, au plus fort de la crise, il y avait une soixantaine de personnes intubées en simultané. Ce protocole de soins lourd se poursuit parfois pendant de longues journées, cela peut être deux semaines par exemple. Depuis quelques jours, les premiers patients commencent à quitter le service. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont totalement tirés d’affaire, et on va vous expliquer pourquoi.

Reprendre conscience pas à pas

En réanimation, personne ne bouge. On est alité.e, nourri.e artificiellement. Si on reste plusieurs jours ainsi, les muscles perdent de leur force. « Dès que l’état est stabilisé, nous commençons la mobilisation des membres avec des kinés » indique le Dr Jouan qui coordonne les soins post-réa au CHU de Tours. Une fois que les personnes sont réveillées, elles sont incitées à quitter leur lit pour le fauteuil de la chambre. D’abord 30 minutes, puis 1h… Puis elles font de petits pas… Tout est progressif. « Déjà aller au fauteuil quand on sort de réanimation ce n’est pas de la détente, c’est du sport » insiste le médecin.

Autres étapes : la diminution de l’apport extérieur en oxygène, le transfert dans un service de médecine puis, au bout d’un certain temps seulement, un retour à domicile ou si nécessaire une admission en service de soin de suite et de réadaptation pour une rééducation. Dans tous les cas, un suivi est organisé sur plusieurs mois par les équipes du CHU mais aussi le médecin généraliste, des kinés libéraux voire d’autres professions médicales (ORL, psys…) afin de traiter les effets secondaires de la maladie et de la réanimation ou l’apparition de stress post-traumatique qui n’arrive pas forcément tout de suite.

Un programme spécial post-réa

Depuis 5 ans, le CHU de Tours établit pas à pas un protocole de retour à la vie normale après un placement sous respirateur artificiel. C’est d’ailleurs l’un des premiers établissements à se préoccuper activement de cette question en France selon Youenn Jouan.

En fait, le corps médical a réellement pris conscience de l’existence des syndromes post-réa il y a une dizaine d’années, suite à la multiplication des publications scientifiques sur le sujet. « On peut observer des séquelles à différents niveaux. Un développement de l’anxiété, d’un état de stress post-traumatique, des troubles dépressifs ou de l’attention, des pertes de mémoire. Les patients perdent beaucoup de masse musculaire, leurs articulations sont enraidies, ils peuvent avoir des douleurs pendant des mois… Leur qualité de vie peut se trouver extrêmement altérée jusqu’à 5 ans après la réanimation » nous explique Youenn Jouan. Autant de signes à surveiller pour les soigner.

Un trou noir pendant la réanimation

Les personnes placées sous respirateur artificiel ne sont pas nécessairement conscientes et, à leur réveil ou plus tard, elles peuvent avoir des hallucinations. Ne savent pas toujours si un événement s’est réellement produit, ou si c’était un rêve. Pour les aider à faire face à cette situation, les médecins du CHU de Tours proposent un retour dans le service de réa pour revoir la chambre, les équipements, les soignants… « Certains viennent avec leur conjoint. Ils ont besoin de verbaliser, de voir et ils sont contents car ils ont parfois noué des liens forts avec les équipes. A l’inverse certain refusent catégoriquement de revenir » nous raconte le Dr Jouan.

L’accompagnement des proches

La question du suivi de la famille des malades placés en réanimation est également importante pour les équipes du CHU de Tours car elles aussi peuvent développer des syndromes post-traumatiques, en particulier en cette période d’épidémie de coronavirus où les visites sont interdites et où les nouvelles arrivent par téléphone. Youenn Jouan précise que même en cas d’issue heureuse, de succès de la réanimation, un suivi psychologique peut être proposé.

Le boom de la réanimation avec le Covid-19

Nous l’avons écrit plus haut, le protocole que nous détaillons était déjà en place à Tours avant la crise du coronavirus pour des personnes victimes de traumatismes crâniens ou de maladies respiratoires. Ou même touchées par la grippe. Néanmoins, avec l’explosion du nombre de malades en réanimation il va monter en puissance, s’institutionnaliser, se perfectionner avec le traitement de dizaines de cas en simultané. Le Dr Jouan évoque par exemple la possibilité de suivis par visioconférence pour les malades qui ont été transférés à Tours depuis d’autres régions comme pour les cas tourangeaux qui ne pourront pas revenir tout de suite dans le service pour des raisons sanitaires. Le tout toujours en liaison avec les médecins généralistes que le professionnel voit comme le maillon essentiel du suivi après la sortie de l’hôpital. Dans tous les cas, le message est clair : « On n’est pas guéri en sortant de réanimation. » Quoi qu’il arrive, les traitements se font au cas par cas.