Tours

[Municipales à Tours] Les avocats en campagne : « On n’est pas des extraterrestres ! »

C’est la seule liste conduite par une femme.

Le tirage au sort leur a octroyé le panneau N°2… Ces derniers jours, les avocates et avocats candidats aux élections municipales de Tours collent leurs affiches devant les bureaux de vote « avec de la farine et de l’eau, une méthode écoresponsable » disent-ils. Leur visuel de campagne dénote face aux autres : ici pas une tête en gros plan mais un groupe. Quand on rencontre un échantillon de la liste Place Jean Jaurès, Carole Charrier (tête de liste), Stéphanie Blanc-Pélissier (N°17) et Joffrey Clocet (N°22) passent leur temps à rappeler que leur démarche est « collective » : « Nous sommes là pour faire bénéficier la population de nos compétences. Nos carrières sont faites, nous n’avons pas besoin d’un mandat pour manger » lance même Joffrey Clocet.

« On vit ici, nous sommes pragmatiques, on n’est pas des extraterrestres »

Stéphanie Blanc-Pélissier

Si les membres de la liste « Nous ne battrons pas en retraite à Tours » passent autant de temps à justifier leur démarche c’est qu’ils sont entrés en campagne très tard. En fait moins d’une semaine avant la date limite de dépôt des candidatures devant la préfecture.

Cet acte citoyen est un prolongement du mouvement contre la réforme des retraites entamé en début d’année : près de deux mois de grève quasi complète des audiences, et désormais une grève perlée deux jours par semaine comme la SNCF l’avait fait en 2018. « Notre point de départ c’est ce texte qui pourrait entraîner la disparition de 40% des cabinets d’avocats, un certain mépris de la profession de la part des députés et le fait qu’on ne nous écoute pas. Au-delà, ce qui nous alerte c’est la justice de demain » résume Carole Charrier.

« Les Tourangeaux doivent savoir que ça aura des conséquences sur leur vie. S’il y a 40% d’avocats en moins, ce sera plus difficile d’être reçu en urgence. Et les premiers cabinets à disparaître seront ceux qui travaillent auprès des plus démunis bénéficiaires de l’aide juridictionnelle. »

Carole Charrier

Un problème national aux répercussions locales… Voilà ce qui justifie cette candidature impromptue, également observée dans d’autres villes comme Dijon. Les candidats que nous rencontrons assurent qu’il ne s’agit pas d’une action corporatiste, ou d’une lubie empreinte d’un certain entre-soi : « Nous recevons des Tourangeaux au quotidien et on a des choses à dire. Nous sommes au fait des problématiques quotidiennes » souligne Joffrey Clocet qui milite par exemple pour une sécurité plus humaine via des médiateurs, plutôt que d’une multiplication des caméras de surveillance ou de l’achat d’un drone pour la police municipale comme proposé par le candidat Benoist Pierre « et qui parait illégal ».

Comme beaucoup d’autres, le programme de la liste de Carole Charrier plaide également pour plus de concertation avant de lancer de grands projets ou le lancement d’un audit des finances de la ville.

« Quand on voit les contentieux se multiplier, des dossiers qui mettent tant d’années à aboutir, ça veut dire qu’il n’y a pas eu de vraie tentative de conciliation. On ne veut pas non plus faire plaisir à tout le monde mais voir comment on pourrait bien vivre ensemble. On ne veut pas promettre ce qu’on ne pourra jamais tenir. »

Carole Charrier

Sur la liste, la quasi-totalité des noms déposés sont ceux d’avocates et d’avocats. Parmi eux des noms se distinguent comme Catherine Gazzeri-Rivet (N°11), ex-bâtonnier de l’Ordre des Avocats du barreau de Tours, et ex élue au conseil municipal. Un point qui compte : parmi les 11 candidatures, celle de Carole Charrier est la seule menée par une femme « Sincèrement, personne n’y a fait attention » assure l’intéressée qui voit ce rôle comme « un grand honneur » sans trop vouloir se mettre en avant : « le problème de l’égalité chez les avocats ça fait bien longtemps qu’il est dépassé. Même adversaires on plaide tous les uns aux côtés des autres. On se respecte » promet-elle.

« Ce n’est pas parce que nous sommes avocats que notre liste est moins légitime qu’une autre. On ni au-dessus, ni en-dessous. On veut simplement porter des valeurs d’honnêteté, de solidarité et d’humanité » note encore Carole Charrier. « On est techniques, on a cette capacité à travailler bien » complète Stéphanie Blanc-Pélissier. Et après ce scrutin, que faut-il apprendre de ce groupe néophyte en politique ? Pour l’instant pas de réponse.

Olivier Collet