Tours

[Rencard] On a discuté avec Brigitte Lecordier, voix française de Oui-Oui et Son Goku (Dragon Ball)

Elle vient à Tours dimanche pour le Japan Tours Festival.

[Rencard] c’est une rubrique d’Info Tours où l’on n’hésite pas à poser des questions décalées à des personnalités qui font l’actualité en Indre-et-Loire. Et là on a appelé Brigitte Lecordier, célèbre comédienne spécialisée dans le doublage attendue dimanche au Japan Tours Festival du Parc des Expositions. Un entretien passionnant avec cette actrice de 59 ans connue pour ses voix de Son Goku, Oui-Oui ou Ninou. Depuis peu, elle est Youtubeuse avec près de 300 000 abonnés !

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On me dit que vous connaissez déjà bien le Japan Tours Festival…

C’est une des meilleures conventions en France, organisée par des passionnés. Cette année je ne viens que le dimanche et je serai accompagnée de la voix de Morgan Freeman, Benoit Allemane. Nous animerons un atelier de doublage.

Comment réagissez-vous à votre succès ?

C’est énorme ! Il n’y a que les chaînes de télé et les distributeurs qui ne connaissent pas notre rayonnement et veulent l’ignorer pour je ne sais quelles raisons. Partout où je vais je suis reçue devant beaucoup de monde, plus le temps passe et plus il y en a, surtout depuis que j’ai lancé ma chaîne YouTube. A Rennes j’ai vidé le salon le temps de la conférence ! Mais c’est un phénomène qui a commencé dans les années 2000, quand les gens ont commencé à pouvoir nous joindre directement. Ils veulent savoir comment on travaille, si on a été victime de problèmes techniques, comment on devient acteur de doublage… Leurs questions sont toujours super !

Vous vous souvenez de votre tout premier doublage ?

Ce devait être un film américain avec un nom genre Poops Negel ou Nagel je sais plus. Les enfants prononçaient mal le titre et le diffuseur voulait une prononciation différente. Il a donc fallu doubler les enfants en les imitant. On m’a fait venir car je jouais Louison dans Le Malade imaginaire, en me disant que j’avais une super voix, que c’est ce qu’il leur fallait. En un après-midi on a réussi à remplacer tous les mots. Après ça, le responsable m’a dit : « Toi tu vas bosser », et je n’ai pas arrêté !

Et le dernier doublage, c’était quand ?

Vendredi dernier, Une voix témoin des Petits Diables.

En presque 40 ans de doublage, qu’est-ce qui a changé ?

La technologie. Avant il fallait 20 minutes pour rembobiner une bobine, il y avait beaucoup d’attente, on passait la journée en studio. Aujourd’hui on gagne du temps mais il faut aller très vite, être efficace tout de suite. Au lieu d’un ou deux épisodes par jour on en double 4 ou 5, parfois sans savoir ce dont parle le film car on ne fait pas tout dans l’ordre.

Et alors vous les regardez après ces films ?

Pas toujours. Je préfère lire que repasser encore du temps devant un écran.

Est-ce qu’on peut dire que vous avez une voix éternellement enfantine ?

Beaucoup de gens me le disent et c’est plutôt chouette. Quand j’étais enfant je ne voulais pas grandir, je trouvais les adultes stupides, menteurs, tricheurs, je ne voulais pas leur ressembler. J’espère que j’ai réussi. Aujourd’hui encore je ne sais pas raisonner de façon conforme et vivre comme tout le monde. Je suis incapable de faire les mêmes choses chaque jour, la routine m’angoisse. Ce qui est bien c’est que même mes personnages récurrents ils évoluent. On est dans le jeu. Chaque jour je vais dans une cour de récréation. Je disais à mon fils : toit tu vas travailler à l’école,n moi je vais jouer.

Vous avez incarné des personnages mythiques comme Son Goku dans Dragon Ball, Oui-Oui ou Nicolas dans Bonne nuit les petits. Mais aussi beaucoup d’autres rôles. Pouvez-vous nous parler d’un programme qui n’est pas assez connu à votre goût ?

Kevin Arnold était formidable et je ne comprends pas qu’il ne passe pas en boucle. C’est l’histoire d’un gamin de 12 ans qui raconte les années 70 en Amérique : l’arrivée de la télé couleur, les premières fusées, la guerre du Vietnam… Je pense aussi à une série luxembourgeoise qui n’a pas été diffusée en France, autour de deux rugbymens liés par un pacte : si l’un d’eux meurt, l’autre s’occupe de son fils. Et l’un des deux décède dans un accident d’avion. Dans ce programme on parle d’éducation, d’homosexualité, d’uniparentalité… Des sujets qu’on pourrait aborder aujourd’hui mais les dessins animés d’aujourd’hui n’évoquent pas les choses sérieuses. On béatifie les enfants plus qu’avant ! Dragon Ball ça ne passerait pas aujourd’hui parce qu’il ne faut pas brusquer les gens, les chaînes de télé n’ont que les mots « anxiogène » ou « clivant » à la bouche. Dans Oui-Oui on enlève la police car il ne faut pas se moquer d’elle, les lutins car ils peuvent faire peur et le personnage noir de Mélissa parce qu’il est clivant ! Il y a aussi la mode de représenter les petites filles en héroïnes : c’est très bien, une très belle idée mais on en fait un item de pensée. C’est complètement stupide de rendre ça systématique. Cela donne des dessins animés, insipides.

Vous doublez aussi un dessin animé pour adultes, Deepoodo, c’est différent ?

Oui car on peut dire les choses de façon plus naturelle. Il s’agit d’un programme sur la sexualité pour les jeunes adultes ou vieux ados qui se posent des questions : est-ce normal que je vacille quand je vois une fille, par exemple… C’est abordé de façon décalée. Une professeure me racontait qu’elle l’avait montré à ses élèves de Terminale. Sachant qu’elle aussi avait vu les épisodes, ils ont discuté avec elle comme jamais en abordant des sujets comme l’homosexualité ou les fantasmes.

 

Pourquoi avoir créé votre chaîne YouTube ?

Beaucoup de fans me le demandaient et puis j’ai pu récupérer les droits d’une série de canulars téléphoniques animés que j’avais doublé pour Canal+ autour du personnage de Ninou donc je les diffuse dessus. C’est un programme que plein de personnes n’ont pas vu et qui a toute sa place sur Internet. Je travaille aussi avec des spécialistes comme Cyprien ou des Youtubeurs qui font du streaming de jeux vidéo et je m’amuse bien : je travaille avec des gens qui ont grandi avec les dessins animés que j’ai doublés. 200 000 personnes se sont abonnées en 15 jours, c’est fou ! Mes prochaines vidéos seront consacrées à mon voyage au Japon.

Propos recueillis par Olivier Collet

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