Tours

[Face à face] Après le déblocage des Tanneurs, agacements et frustrations

On a rencontré le président de l’Université et les étudiants mobilisés.

Lundi 13 janvier un groupe d’étudiants a entrepris d’occuper la fac des Tanneurs de Tours pour protester contre la réforme des retraites… mais pas que. Leur idée était également de dénoncer les réformes de l’enseignement supérieur, la politique globale d’Emmanuel Macron ou encore l’idéologie capitaliste. Pendant 9 jours, ils ont tenu leur blocus en filtrant les entrées de ce site où étudient 8 000 personnes. Les cours ont tous été annulés mais il y a tout de même eu des activités : des assemblées générales syndicales ou militantes et des événements culturels, par exemple. On retiendra aussi une tentative d’intrusion pendant la première semaine de blocage de la part de jeunes affiliés aux mouvements d’extrême droite, et repoussée par les étudiants mobilisés.

Dès le début de ce mouvement, la direction de l’Université de Tours a porté plainte pour des dégradations et signalé la situation à la préfecture. Ce mercredi matin à 6h30, les services de l’Etat ont envoyé une douzaine de fourgons de CRS pour libérer les lieux « sans faire usage de la force » selon un communiqué diffusé 2h après l’intervention.

Entrée impossible car la fac est surveillée de partout par des vigiles.

Il était à peine 9h quand la présidence de la fac a également transmis un communiqué pour remercier la préfète et indiquer que les cours reprendraient dès que possible, une fois le site remis en état. Philippe Vendrix a également convié les médias à une conférence de presse dans les couloirs des Tanneurs pour s’exprimer et organiser une diffusion des images des conséquences du squat. On découvre donc de nombreux tags à tous les étages (anarchistes, hostiles aux forces de l’ordre, anticapitalistes, humoristiques). Des distributeurs d’en-cas ont également été vidés et mis hors service et de la colle insérée dans certaines portes pour les condamner.

« Nous souhaitons remettre au plus vite le bâtiment dans un état de fonctionnement normal » explique Philippe Vendrix qui estime que cela pourrait prendre une dizaine de jours. Un inventaire complet des interventions à mener est prévu ce jeudi. Il faudra ensuite contacter des entreprises pour réaliser les travaux. Durant tout ce temps, le site sera totalement condamné et surveillé 24h/24 par un grand nombre de vigiles, postées à chaque entrée (on en compte une dizaine).

Les activités prévues aux Tanneurs ne sont pas forcément annulées pour autant : tous les examens de janvier ont été délocalisés ailleurs et certains cours sont aussi organisés dans d’autres bâtiments (aux Deux-Lions par exemple).

Philippe Vendrix condamne vivement le mode d’action des étudiants : « Occuper une université alors que nous donnons toujours un moyen d’expression à tous les étudiants qui le souhaitent ce n’est pas admissible. On n’occupe pas la nuit un immeuble qui n’est pas destiné à héberger des personnes. Il y a eu des incidents et tentatives d’incursions, encore dans la nuit de samedi à dimanche. » Le président de l’Université dément par ailleurs avoir voulu bloquer des échanges de mails internes à la fac comme le dénoncent des membres du mouvement. Il regrette aussi de ne pas avoir été contacté par les militants « alors que certains ont mon numéro. » Alors qu’une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant l’entrée de l’amphithéâtre Thélème pour protester contre l’évacuation il s’est dit indisposé à ouvrir le dialogue : « J’ai autre chose à faire que de négocier avec des gens qui soutiennent le vandalisme aggravé. »

Mercredi matin il restait une trentaine d'étudiants aux Tanneurs. Ils dormaient notamment dans cet amphi.

Dans le groupe massé à l’extérieur, on se dit « outré » par la situation : « C’est démesuré ! Pourquoi déployer autant de forces face à des jeunes respectueux ? » se demande un homme qui dénonce des insultes de la part de certains policiers en direction des occupants « et des palpations très poussées. »« Normalement une fac c’est un endroit où on peut s’exprimer et où le dialogue se construit. D’ailleurs le lieu était ouvert, vivant, avec des espaces de débats ou des activités culturelles » poursuit-il.

Un groupe de jeunes qui a participé au blocage mais qui n’était pas présent mercredi matin s’offusque également : « On préfère parler d'occupation que de blocage. Nous avions prévu de laisser le lieu propre et avions déjà commencé à nettoyer les tags. On ne comprend pas pourquoi autant d’argent est dépensé pour mobiliser la police ou une société de sécurité alors que l’on pourrait utiliser ces sommes pour ouvrir de nouvelles classes par exemple. Utiliser la force c’est aussi un moyen de ne pas parler du fond. »

Sans surprise, les étudiants mobilisés ne comptent pas stopper leur mouvement. Ils donnent rendez-vous ce jeudi à 18h Place Jean Jaurès pour participer à une soirée revendicative contre la réforme des retraites, ils seront présents dans la manifestation intersyndicale prévue vendredi à 15h00 au départ de la Place de la Liberté et n’excluent pas « des surprises ». Ils notent par ailleurs que leur mouvement a été soutenu par plusieurs organisations : des syndicats cheminots et enseignants mais aussi des professeurs de l’Université.

Dans un communiqué sur Facebook, les Etudiant.e.s en lutte écrivent enfin : « On nous accuse d’imposer de manière autoritaire nos actions. Or des assemblées générales se sont tenues depuis le début de la lutte, dont une chaque semaine qui définissent et décident les modalités de poursuite du blocage de la faculté. (...) Cette violence à l’encontre de la contestation sociale est aujourd’hui la marque politique d’un état de plus en plus autoritaire. » Une AG est d’ores et déjà prévue aux Deux-Lions (bâtiment B) vendredi à 10h.