Tours

[Ils l'ouvrent] Pourquoi les internes tourangeaux font (aussi) grève le 10 décembre

Un mouvement bien différent de celui contre la réforme des retraites.

[Ils l'ouvrent] c'est une rubrique avec des interviews de personnalités tourangelles qui poussent un coup de gueule.

-----------------

Ce mardi on attend encore une fois beaucoup de monde dans la rue pour dénoncer la réforme des retraites envisagée par le gouvernement, avec un nouveau système par points. Dans le cortège intersyndical qui s’élancera à 10h de la gare de Tours on devrait notamment voir les blouses blanches du CHU de Tours. D’ailleurs, l’hôpital va être touché par un autre mouvement, qui n’a rien à voir puisqu’il concerne les conditions de travail des internes, autrement dit les étudiants en médecine qui finissent leur formation dans les cabinets de médecine générale ou les services hospitaliers. Pour comprendre nous avons interrogé Valentin Maisons qui représente le syndicat AIT.

 

Quelles sont les raisons de cette mobilisation ?

D’abord le fait que les internes travaillent en moyenne 65h par semaine, quasiment deux fois plus qu’un salarié standard mais sans paiement des heures supplémentaires. Le second problème est la réforme pédagogique du 3e cycle faite à la dernière minute, sans concertation ce que nous jugeons problématique. 3e point : nos possibilités de remplacer des médecins libéraux sont repoussées dans le temps ce qui pose problème dans notre région où on manque par exemple d’ophtalmos. Dernière chose : une loi est récemment passée pour empêcher les industriels pharmaceutiques de financer les formations d’internes. C’est une bonne chose, nous ne voulons pas revenir dessus pour éviter les conflits d’intérêt. Mais nous demandons que le manque à gagner financier des formations soit compensé.

Quelle sera l’ampleur du mouvement ?

Il devrait surtout être porté par les internes qui travaillent en spécialité, et sans doute un peu moins pour les futurs médecins généralistes. L’impact de la grève devrait par ailleurs être limité car la direction du CHU a la possibilité de nous assigner pour assurer la permanence des soins.

Quelle est la situation au CHU de Tours ?

Aucune heure supplémentaire n’est payée sachant que nous gagnons environ un SMIC pour un travail semblable à celui d’un médecin + 100€ si l’on fait une garde. Mais ce n’est pas auprès de la direction que nous devons faire pression mais auprès du ministère qui verse les subventions aux hôpitaux pour payer les internes.

Les patients se rendent compte de vos difficultés ?

Beaucoup nous font des remarques du style : « Ah mais je vous ai vu à 8h ce matin et vous êtes encore là à 8h ce soir. » Des fois ils nous voient aussi le week-end, nous demandent quand on fait des pauses. C’est un rythme difficile, certains font plus de 100h par semaine en chirurgie, mais comme j’adore ma spécialité, la néphrologie – celle des reins – ça ne me pose aucun souci. Il faudrait tout de même revaloriser ce travail, ne pas le banaliser comme c’est le cas depuis des années.

Un peu plus de 250 internes formés à la fac de médecine de Tours sont répartis dans toute la région. Ce mardi un rassemblement des jeunes est prévu à 14h devant Bretonneau, même heure à Trousseau. Des représentants tourangeaux devraient aussi participer à la prochaine grande manifestation du monde hospitalier pour obtenir plus de moyens, des créations de postes et des hausses de salaires. Ce sera le 17 décembre à Paris.