Tours

[Sans filtre] Les victimes de la sécheresse manifestent à Tours et on vous explique pourquoi

Elles sont soutenues par plusieurs communes.

[Sans filtre] est une rubrique d’Info Tours dans laquelle l’on interroge une personnalité tourangelle sur un sujet brûlant d’actualité.

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Le rendez-vous est fixé à 9h ce samedi 16 novembre : les victimes des sécheresses qui ont frappé l’Indre-et-Loire ces deux dernières sont appelées à se rassembler devant l’Hôtel de Ville de Tours puis la préfecture afin de réclamer la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle refusée à plusieurs dizaines de communes en 2018 et réclamé par de nombreuses municipalités pour les conséquences de l’été 2019. Pour bien comprendre, on a rencontré Hugues Brier, président de l’ASSIL – Association des Sinistrés de la Sécheresse en Indre-et-Loire. Elle regroupe environ 650 adhérents.

Qu’est-ce qui a motivé la création de cette association ?

Elle a été créée en 2004, à la suite de la sécheresse de 2003. Après la canicule, beaucoup de communes se sont retrouvées sans validation de leur demande de reconnaissance de catastrophe naturelle. Nous ne savions pas du tout ce qu’il fallait faire comme travaux, qu’est-ce que l’on pouvait entreprendre… L’association avait donc pour but de fédérer les gens. De Chambray à la base mais très vite on l’a étendue au niveau départemental avec plus de 500 membres.

Cela a fait bouger les choses ?

On avait contacté des experts et fait des devis pour chiffrer le montant des travaux, évalué alors à 18 millions d’euros sur l’ensemble du département. A force de râler et de manifester, en 2007 on a présenté notre cas au ministère de l’intérieur et on a obtenu une prime exceptionnelle de l’Etat pour stabiliser nos maisons. L’initiative a ensuite été étendue au niveau national.

Que s’est-il passé entre 2007 et aujourd’hui pour l’ASSIL ?

Il y a eu d’autres arrêtés de catastrophe naturelle en 2005, 2011… Depuis, très peu de communes sont reconnues, tout au plus une vingtaine par an.

Trop peu selon vous ?

Les critères pour aboutir à une reconnaissance de catastrophe naturelle sont très flous. Faire réparer les maisons coûte très cher et je crois que l’argent manque : les assurances remboursent 40% du montant des chantiers et c’est l’Etat qui paie pour les 60% restants. Pour 2018, 70 communes sont restées sur le bas-côté, une trentaine ont donc décidé de saisir le tribunal administratif.

Pour des particuliers, quelle est la différence entre une reconnaissance de catastrophe naturelle et l’absence de reconnaissance ?

Les arrêtés de reconnaissance de catastrophe naturelle sont signés après une longue procédure d’un an qui commence par un signalement des habitants auprès de leur mairie avant d’aller en préfecture et au ministère de l’intérieur. Une fois l’arrêté publié, les victimes ont dix jours pour se signaler à leurs assurances qui font venir un expert pour effectuer – par exemple – une étude de sol. Après cela il chiffre le montant des travaux et on peut lancer les réparations d’abord en stabilisant la maison en sous-oeuvre. Si cela ne bouge pas pendant un an, on peut alors faire des travaux d’embellissement (colmater les fissures, par exemple).

Dans une commune non reconnue, les gens n’ont rien. L’assurance ne rembourse pas alors que ce type de travaux coûte très cher. Cela va de 5-6 000€ à 135 000€. La seule chose que l’on peut faire c’est boucher les fissures pour éviter les infiltrations d’humidité. On assiste donc impuissant à la détérioration de sa maison au fil des années.

Quelles sont les conséquences des sécheresses récentes ?

Les maisons ont énormément bougé. Dans les deux sens : avec les pluies de ces dernières semaines, les fissures se rebouchent mais s’il n’y a pas d’eau au printemps l’argile va s’assécher et on est repartis pour que les maisons se rouvrent et que les dégâts s’amplifient. Au bout d’un moment, elles risquent de claquer et on ne peut pas l’empêcher. Certaines sont déjà bien fragilisées même si ce n’est pas excessif en Indre-et-Loire comparé à d’autres départements où il a parfois fallu prendre des arrêtés de péril.

Ce que vous demandez c’est une reconnaissance de catastrophe naturelle élargie ?

On veut que l’ensemble des communes touchées soient reconnues par l’Etat, soit environ 90 territoires. Les dossiers sont en cours, on devrait avoir la réponse au plus tard courant août 2020. Cette année avec la canicule, les arrêtés sécheresse… Plein de voyants permettent d’être optimistes mais c’est la commission nationale qui décide…

 

A noter que le mouvement est directement soutenu par des communes comme Joué-lès-Tours ou Chambray. Les députés d’Indre-et-Loire ont par ailleurs été invités à participer au rassemblement du 16 novembre.