Tours

[Tête à tête] A Tours, Lauren a choisi de vivre sans frigo. Elle nous raconte…

Et elle a trouvé une solution pour conserver le beurre.

Que peut-on faire pour utiliser moins d’énergie et réduire l’impact environnemental de notre quotidien ? Faire du vélo, manger moins de viande, éviter l’avion, acheter moins de vêtements, réduire ses déchets… Ces solutions-là, on en entend beaucoup parler ces derniers mois. Vivre sans frigo, c’est beaucoup plus rare. C’est pourtant le choix de Lauren, 35 ans, locataire d’un appart’ de 26m² dans le quartier des Prébendes à Tours.

Engagée pour l’environnement au point de vouloir se lancer en politique en 2020, la jeune femme est propriétaire depuis peu d’un bout de terrain pour cultiver ses propres fruits et légumes à Ballan-Miré et elle envisage prochainement d’emménager dans une maison nomade. Pour faire des économies et réduire sa consommation d’énergie, elle a convaincu son compagnon de revendre le frigo-congélateur de la cuisine. Et de ne pas le remplacer.

« Je suis ingénieure à la base mais au chômage en ce moment alors je traque les dépenses inutiles. Et je me suis rendu compte que notre frigo était plus souvent vide que plein. »

Selon le site d’un fournisseur d’énergie, le frigo représente en moyenne un quart de la dépense énergétique annuelle d’un foyer, soit entre 200 et 500kw/h. En argent sonnant et trébuchant ça peut représenter entre 40 et 110€. Pas mal…

« L’idée c’est de ne pas consommer aveuglément, de faire en fonction de ce qu’on a besoin » souligne Lauren qui n’a plus de télé depuis plusieurs années mais n’envisage pas du tout de renoncer au smartphone, à l’ordinateur, à la machine à laver ou un à un voyage en avion pour voir sa famille. « Le progrès nous a apporté plein de bonnes choses mais il y en a certaines dont on estime ne pas avoir besoin. Cela ne veut pas dire qu’on le remet en cause pour les autres. Ne pas avoir de frigo peut être beaucoup plus compliqué pour une famille avec des enfants, ou des personnes qui ne vivent pas en centre-ville, sans commerces de proximité à disposition. Mais nous on ne boit pas de lait, on ne mange pas de yaourt, pas de surgelés… Quand on a envie de glace on va en chercher chez les commerçants et l’hiver on peut conserver les bières sur le rebord de la fenêtre. »

Ne pas avoir de frigo oblige Lauren à s’organiser. Par exemple faire des courses de manière très régulière :

« Aux Halles mon fromager sait que je n’ai pas de frigo donc il me conseille les fromages qui vont bien se conserver. Je les prends en petite quantité et puis comme j’adore ça c’est mangé très rapidement. Pour la viande, quand on en achète, on la prépare tout de suite. »

Dans sa cuisine, à la place du frigo, la trentenaire a construit un garde-manger avec des tiroirs de bureau, un grillage très fin pour éviter les intrusions de bestioles et une organisation stricte : les pommes de terre tout en bas et dans l’obscurité, par exemple. Beaucoup d’autres légumes aussi (potimarron, les dernières courgettes) et des boîtes de thon. « Quand on a des restes, on les laisse dans une boîte, ça tient très bien la nuit » poursuit Lauren qui éviter également de surchauffer son appartement : le 25 octobre elle n’a toujours pas allumé le chauffage et se plait très bien dans un salon à 16°… qui facilite aussi la conservation des aliments.

Se passer de frigo, ce ne serait pas quand même un sacré retour en arrière ? La Tourangelle ne le voit pas comme ça : « ça semble peut-être basique aujourd’hui mais il y a quelques dizaines d’années pas mal de ménages n’en avaient pas. Pareil pour les étudiants. C’est aussi le cas dans beaucoup d’autres pays. On redécouvre d’autres modes de conservation comme la viande fumée, ou dans des bocaux avec de l’huile et du vinaigre. »

Et pour le beurre alors ? Lauren adore ça mais pas facile de le conserver sans frigo. Il existe une solution : le beurrier à eau, fabriqué par un potier.

« On met le beurre dans un récipient avec des trous puis on le plonge dans une cloche avec de l’eau fraîche à changer tous les 2-3 jours. C’est le contact avec l’air qui rancit le beurre, donc l’eau ne pose aucun problème. Et puis comme il reste à température ambiante, il est toujours facile à tartiner. »

Au final, la trentenaire ne regrette pas son choix, et commence à convaincre des proches de débrancher leur frigo pour vivre une expérience similaire : « Mon homme était dubitatif au début mais au final il s’est rnedu compte que ça n’avait pas changé grand-chose à notre mode de vie. »