Tours

[Ils l'ouvrent] "Il manque 300 places d'hébergement d'urgence dans le département"

Selon l'association Chrétiens Migrants.

Louis Barrault, ne mâche pas ses mots. Militant actif depuis près de 20 ans au sein de l’association Chrétiens Migrants, ce dernier est en colère. La faute à un manque de place d’hébergements d’urgence en Indre-et-Loire, au moins 300 selon ses estimations et à la fermeture récente de 25 places qui avaient été ouvertes cet été.

« Le lundi c’est le jour de la honte, celui des appels »prévient Louis Barrault quand on arrive devant les locaux de l’association Chrétiens Migrants, allée de Luynes au Sanitas. Il est 14H30 et déjà une dizaine de personnes attendent. « Le lundi matin, ils doivent libérer leurs places d’hébergement et rappeler à partir de 15h le 115 pour savoir s’ils dormiront à la rue où s’ils auront de nouveau une place pour la semaine » explique le militant. « Ils », ce sont les demandeurs d'asile, sans domicile. Des hommes, des femmes, des enfants également, parfois jeunes voire très jeunes. Les militants de Chrétiens Migrants racontent ainsi l’histoire d’une mère de famille originaire du Tchad, venue en France avec ses 3 filles pour éviter qu’elles soient excisées et qui se retrouvent à la rue depuis une semaine.

Louis Barrault et les militants de Chrétiens Migrants disent accueillir 20 à 30 personnes supplémentaires depuis une semaine dans leurs locaux, la faute à la fermeture de 25 places d’hébergement d’urgence qui avaient été ouvertes pendant l’été. Une fermeture que les militants, rejoints par ceux du collectif « Accueil Sans Frontières en Touraine », qui regroupe une dizaine d’associations, ne comprennent pas. « La raison officielle de cette fermeture est la préparation de l’ouverture des places pour cet hiver, cela ne tient pas la route » explique Rose-Marie Merceron, une des chevilles ouvrières de l’association basée au Sanitas. « On pallie le manquement des pouvoirs publics ainsi que la violation de la loi par ces derniers » s’emporte Louis Barrault en expliquant qu’une personne migrante arrivant en France se voit aujourd’hui confrontée à un délai de 10 jours pour la prise en compte de son dossier. « Pendant ce temps, il n’a aucun statut. »

Une situation qui alarme les militants et bénévoles qui viennent en aide aux personnes migrantes. « La loi n’est pas respectée et nous faisons le tampon. Chaque jour, le 115 refuse 80 à 100 personnes, tandis que les associations prennent en charge au moins 200 autres » affirme Louis Barrault.

Et ce dernier de refuser les arguments répétés par les pouvoirs publics, sur un manque d’argent. « La France aurait pu aller chercher 350 millions d’euros de fonds européens pour ce sujet, cela n’a pas été fait. Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’argent, c’est qu’ils ne vont pas le chercher. On vit dans une politique de rejet qui est honteuse. »

Et face à une situation jugée extrêmement préoccupante les militants des différentes associations de réclamer plusieurs améliorations :

  • La réouverture des 25 places fermées la semaine dernière.
  • Une démarche de coordination et de discussion entre les différentes collectivités publiques pour trouver des solutions et des financements.
  • L’ouverture d’un SPADA, un Service de Premier Accueil des Demandeurs d’Asile, aux missions plus complètes que ce que propose la PADA (plateforme d’accueil des demandeurs d’asile) actuelle.

Mathieu Giua