Tours

Fin du numerus clausus : il en pense quoi le doyen de la fac de médecine de Tours ?

Pour lui c’est important, mais pas capital.

Semaine chargée pour la ministre de la santé Agnès Buzyn… Entre deux passages en Touraine (à Avoine lundi, et ce samedi matin à Tours) elle a présenté son projet de loi Santé mercredi en conseil des ministres. Le texte prévoit notamment la fin du numerus clausus, c’est-à-dire le quota d’admissions en 2ème année de médecine. Si elle est votée par le Parlement avant la rentrée 2019, la mesure pourrait entrer en vigueur en 2020… Mais les études de médecine sont longues. Il faudra donc attendre une dizaine d’années avant que ce changement de pratique ait réellement de l’effet, c’est-à-dire que le nombre de professionnels de médecine qui sortent de l’école augmente réellement.

Est-ce néanmoins une bonne mesure ? On a demandé à Patrice Diot, le doyen de la faculté de médecine de Tours : « c’est intéressant » dit-il car « c’est bien de pouvoir se donner de la marge et nuancer un peu le nombre d’étudiants qui entrent dans les études sans être coincé à l’unité près. A Tours, nous pouvons accepter 255 jeunes (pour 1 500 élèves en 1ère année, ndlr). On est susceptible de laisser le 256ème alors que quand on le rencontre et que l’on discute de son projet il a toutes les qualités pour devenir un bon médecin. »

Le manque de postes d’internes dans la région

Pour Patrice Diot, il serait nécessaire de former environ 20% de médecins en plus dans le pays. Néanmoins, il estime que la disparition du numerus clausus ne résoudra pas le problème du manque de praticiens en Centre-Val de Loire. Il résume la situation avec un chiffre : « 70% des médecins formés à Tours ne s’installent pas dans la région. » Une grande partie vont également faire leur internat ailleurs, et ne reviennent pas. Quant aux étudiants d’autres régions qui prennent un poste d’internat en Centre-Val de Loire « ils viennent pour la qualité de la formation mais ils repartent après » souligne le doyen de la fac de médecine.

L’autre souci, c’est le manque de places d’internat dans les 6 départements de la région : 220 il y a quelques années, 234 aujourd’hui, mais toujours 21 de moins que le nombre de places de formations. Pour Patrice Diot il faut donc réussir à « fidéliser les jeunes », « élargir l’éventail socio-culturel des étudiants. Ils ont une perte de confiance dans leurs capacités à réussir. Par exemple ils sont peu nombreux à venir de l’Indre ou du Cher. Nous devons donc les amener à se lancer, par exemple via les présentations de formations que nous faisons dans les lycées mais aussi en ouvrant des places d’internes auprès des médecins généralistes. »

« Il faut des médecins avec une conscience sociétale plus marquée »

Pour le doyen de la fac de médecine de Tours, cette question du numerus clausus n’est donc pas le sujet le plus important : « actuellement les jeunes qui entrent en études de médecine ce sont en grosse majorité des jeunes filles de bonne famille avec un bac S mention Très Bien. Cette reproduction sociale est une caricature : il faut revoir les modalités d’entrée pour former des médecins avec une conscience sociétale plus marquée, qu’ils aillent servir dans les territoires où l’on aura besoin d’eux. » Comprendre : dans les déserts médicaux, ou les petits villages sans médecins.

Pour que ça marche, Patrice Diot parie sur « une reconsidération du rôle de médecin généraliste, en faisant des liens avec les hôpitaux de proximité. » Et au passage, il est contre toute forme de contrainte pour obliger des professionnels à s’installer dans des territoires sans cabinet : « ce serait inopérant. » Sur ce point, il est complètement en phase avec le président Macron qui a fait un discours similaire devant des élus de l’Indre jeudi, des maires qui l’ont justement beaucoup questionné sur la question des déserts médicaux dans ce département qui dépend de l’Université de Tours pour le recrutement de nouveaux praticiens.

Olivier Collet

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