Tours

Les graffeurs vont mettre des couleurs en centre-ville de Tours

Une œuvre éphémère a été inaugurée en Haut de la Rue Nationale, le début d’une histoire.

Perché sur son escabeau en attendant les discours officiels, Chanoir met la touche finale à son mur situé sur un côté de la Place Anatole France de Tours. Les grands chats colorés de cet ami des félins attirent l’œil, au centre le plus gros tient un ballon de basket. Avec 20 ans de graf derrière lui, le jeune parisien est un pro et, aujourd’hui, il accepte un peu à contrecœur que sa création soit vouée à la destruction. Car d’ici trois semaines, les engins de travaux auront réduit la peinture en poussière dans le cadre du début du chantier de réhabilitation du Haut de la Rue Nationale. C’était d’ailleurs la condition pour que les Bâtiments de France acceptent ce projet artistique dans ce lieu sauvegardé.

Alors qu’on se félicitait de voir enfin cette partie tristoune du centre-ville retrouver un peu de gaieté, voilà donc que cette ménagerie chatoyante est vouée à déguerpir. Mais pour mieux revenir, ailleurs. En fait, cette fresque éphémère de Chanoir ce n’est que le prologue d’un projet qui va permettre aux graffeurs de se faire une place à part entière dans le centre-ville de Tours, ce que l’on peut qualifier de bonne nouvelle.

« A Tours, le Street Art n’existait pas dans la rue » a rappelé ce mercredi l’adjointe à la culture Christine Beuzelin qui en a fait un des objectifs de son projet culturel pour la ville. Ce qu’on trouvait le plus souvent sur les murs, c’était des graffitis inélégants. Et pourtant il y a une belle communauté d’artistes capables de redonner de la vie au béton avec élégance et originalité. Les voilà donc prêts à sortir de l’ombre après des actions souvent remarquées comme dans le parking Gambetta où les différentes initiatives d’un certain Topaz (vu par exemple aux Ilots Electroniques sur l’Île Simon).

Depuis plusieurs mois par exemple, ils ont pris possession d’un mur situé à Tours Nord, sous l’A10, « un mur d’expression libre. » Et bientôt, c’est sûrement face à la gare qu’ils pourront s’exprimer. Là où il y a aujourd’hui des panneaux auxquels personne ne prête attention. « L’idée c’est de laisser libre cours à un artiste par mois, donc 12 par an » ont expliqué l’élue et Bob Jeudy, président de l’association Le M.U.R qui a déjà vu éclore des projets similaires dans 12 villes à travers la France (à Paris, plus de 200 artistes ont ainsi fait leurs armes sur le mur d’Oberkampf).

On le comprend, l’objectif c’est de proposer un paysage plus attractif et qui évolue « car si ça ne bouge pas, au bout d’un moment, plus personne n’y prête attention » explique Bob Jeudy. Une association tourangelle a donc été spécialement créée pour encadrer ce projet : Traits Sauvages, présidée par Mr Plume, 17 ans de graf au compteur et qui veut profiter de cette vitrine pour faire découvrir son univers au grand public.

Olivier COLLET