Portraits

Il a acheté 8 000 livres en 3 semaines

Jusqu’au 30 juin, Corentin Halley tient une boutique éphémère Rue du Commerce. Il y achète tous vos livres d’occasion en bon état.

Corentin Halley parle de ses livres comme si c’était des enfants. Ce bouquiniste de St-Cyr-sur-Loire, amoureux des mots et ancien prof de français, ne vend pas de bouquins, il les fait « adopter ». Et en ce moment, il a 8 000 orphelins dans ses stocks, prêts à trouver une nouvelle bibliothèque. Cette masse considérable d’ouvrages, il l’a amassée depuis le 1er juin grâce à une idée géniale qu’il mûrissait depuis un an et demi : ouvrir un comptoir d’achat éphémère Rue du Commerce pour acheter tous les livres d’occasion des Tourangeaux.

Ouverte du lundi au samedi jusqu’au 30 juin, l’échoppe ne désemplit pas et est tapissée de piles de livres : « j’ai même dû fermer quelques jours le temps de faire un inventaire », raconte celui qui se définit comme le Bibliovore, « et là, 24h après ma réouverture il y en a déjà partout ! ».

Des livres rachetés à l'Argus, comme les voitures

Alors comment ça marche ? « Comme un comptoir d’achat d’or ou d’argent, sauf que j’achète des livres. Il faut qu’ils aient un code-barres et soient en bon et très bon état pour que je puisse les revendre ensuite. Je fais l’estimation du prix devant le client grâce à l’Argus établi pour les livres d’occasion. On trouve les cotes sur un site Internet. » Oui, comme les voitures. Une fois triés, les livres laissés par les visiteurs de Corentin Halley seront revendus sur son stand mensuel du Boulevard Béranger (le 4ème dimanche de chaque mois devant La Poste pour 3€ l’exemplaire), dans les brocantes auxquelles il participe ou sur Internet. « J’ai aussi des confrères qui viennent déjà m’en acheter à la boutique parce que j’ai des livres de poche ce qui n’est pas le cas d’habitude. »

A son compte depuis 3 ans, le Bibliovore a en fait commencé à vendre des livres bien plus tôt, il y a 15 ans, à la fin de ses études à la Fac. D’ailleurs, comme lui, de nombreux étudiants sont venus vendre leurs livres ces derniers jours, « comme quoi il n’y a pas que des personnes âgées qui lisent » s’amuse-t-il. Même si il reconnait qu’elles représentent une grande partie des passages : « juin, c’est la période des déménagements, celle où l’ont fait du tri dans sa maison. C’est pour ça que j’ai choisi cette période. Les gens sont aussi contents de remettre leurs livres en circulation, au-delà de l’aspect financier. »

« Agréablement surpris » par le succès de son entreprise, le jeune homme envisage même de la pérenniser : « je cherche un local pas trop cher dans le Vieux-Tours pour ouvrir un comptoir d’achat une fois par semaine et éventuellement en profiter pour y vendre quelques livres. » Bref, le Bibliovore a encore faim : « c’est une manie d’acheter des livres. » Ce serait aussi l’occasion pour lui de faire revivre de manière pérenne le métier de bouquiniste dans le centre de Tours « car depuis que Denis a pris sa retraite et a quitté la Rue Gambetta, le secteur est un peu en friche. »


Olivier COLLET