Paroles

[Il l’ouvre] « Je ne veux pas coudre des masques pour les autres sans rien en retour »

Le témoignage d’un couturier tourangeau.

Samuel Gauthier est un ancien de l’hôtellerie-restauration devenu couturier en 2019 après un burn out. Il a lancé son activité pendant l’été et prépare le concours du vêtement sur-mesure. Depuis quelques semaines, il fabrique également des masques à la chaîne face à la demande croissante de protections contre le nouveau coronavirus. Membre du collectif belgo-français Bas Les Masques qui se bat pour une juste rémunération des professionnels, il nous raconte son quotidien :

« Je couds et je brode depuis que je suis tout petit. Ma spécialité c’est la retouche et le vêtement sur-mesure. Quand le confinement a commencé, je m’étais coupé de l’actualité pour préparer mon concours. Les élèves avec qui je travaille dans un centre social ont fini par m’informer de ce qu’il se passait. Quand j’ai vu qu’on manquait de masques, j’ai cherché des informations pour en fabriquer. J’ai commencé avec le patron du CHU de Grenoble puis celui de l’AFNOR. »

« A ce moment-là le bénévolat c’était naturel, pour équiper les soignants et ceux qui s’occupent de nos anciens. J’ai répondu à la demande du CCAS de Tours qui nous fournissait du tissu et de l’élastique même si certains étaient de qualité médiocre. C’était un effort en attendant que l’Etat reçoive ses commandes. Puis j’ai reçu des demandes de la préfecture et de la mairie pour faire des masques tout en fournissant les tissus. Le dépannage devenait permanent. J’ai aussi vu des entreprises faire appel à des bénévoles ce qui est interdit. Sauf que pour travailler nous utilisons nos propres machines, la mienne a même cassé. Alors maintenant il est hors de question que je travaille gratuitement. »

« Mon entreprise a moins d’un an, je n’ai pas envie de la voir couler en passant du temps pour les autres sans rien en retour. Notre collectif créé en Belgique rassemble désormais plus de 1 500 personnes et ça commence à bouger comme à La Riche qui a annoncé fermer son atelier de bénévoles au profit de commandes rémunérées. Ce que nous faisons c’est un vrai métier, pas un loisir. On a de vraies compétences et un vrai diplôme. On ne lâchera pas l’affaire. »

« Mes masques je les vends 6€, un peu plus pour ceux qui sont de qualité supérieure avec du tissu homologué catégorie 1. Sur un prix comme ça, je me dégage très peu de salaire : ça couvre mes charges et je ne m’enrichis pas. Mon métier c’est faire des vêtements, pas des masques. Donc j’espère que le gouvernement va faire ouvrir assez d’entreprises pour fournir toute la population. C’est une mission pour les industriels car nos machines ne sont pas assez puissantes pour des quantités phénoménales. Aujourd’hui j’en suis arrivé à un point où je dors mal à cause du stress que je me mets pour livrer les commandes à temps. »

Pour aller plus loin, vous pouvez lire notre article détaillé sur le masque, ce nouveau produit de première nécessité. C’est sur 37 degrés.