Joué-lès-Tours

[Municipales à Joué-lès-Tours] Primark, police de proximité… Les propositions « de gauche » de Drice Benama

C’est le candidat de l’UDFM, l’Union des Démocrates Musulmans Français.

« Le Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin n’a jamais dérangé personne et là, parce qu’il y a le mot ‘Musulmans’ ça fait polémique ! » : salarié dans le domaine de la protection de l’enfance, Drice Benama n’en finit pas de prononcer des arguments pour défendre l’existence de son parti, l’Union des Démocrates Musulmans Français. Ce Jocondien de 49 ans se présente aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Il a peiné à faire sa liste mais il aura bien son bulletin, aux côtés de 4 autres (le maire sortant, Lutte Ouvrière, la gauche et La République En Marche).

« Notre but n’est pas d’affronter un modèle social mais de le défendre, l’améliorer et l’enrichir avec nos expériences de terrain. Je défens la démocratie et l’état de droit. »

Samedi soir, Drice Benama organisait sa seule réunion publique de campagne au centre social de la Rabière, en présence de représentants nationaux de son mouvement qui a recueilli 30 000 suffrages lors des élections européennes de 2019 (0,13% des voix). Pour ces Municipales, il candidate dans une dizaine de villes. Joué-lès-Tours, donc, mais aussi Clichy en région parisienne ou Châtellerault, dans la Vienne.

Des critiques acerbes contre le maire sortant

« Je ne suis pas un professionnel de la politique. Je m’engage car la réponse politique n’est pas à la hauteur » débute le candidat devant une petite centaine de personnes, et les caméras de deux chaînes de télé nationales. Sa priorité absolue : la jeunesse. « Si on ne s’occupe pas d’elle, elle va s’occuper de nous » estime cet habitant de la Rabière comme pour susciter la crainte. « J’ai vu des élus incapables de régler les problèmes alors je prends mes responsabilités » dit-il avant de tirer à boulets rouges sur le maire sortant Frédéric Augis, élu en 2014 : « Il entretient le communautarisme électoral et le clientélisme municipal sans agir pour défendre les valeurs démocratiques qu’il prétend incarner. Il fait la politique de l’autruche. »

En prononçant ces mots, Drice Benama fait évidement référence à la situation du quartier de la Rabière, où les violences sont récurrentes, en particulier pendant les derniers mois de l’année 2018 et les premières semaines de 2019 (une centaine de voitures brûlées, couvre-feu décrété par la ville pour les jeunes, présence accrue de CRS). « La gestion de la jeunesse jocondienne est une catastrophe. Sa politique a détruit toute une génération et le plus grave c’est qu’il n’en est même pas conscient. » Pour faire ces critiques acerbes, le candidat s’appuie sur des rencontres avec l’élu : « Je l’ai mis en garde 3 fois et il n’a pas su écouter. Le tout répressif c’est la solution du désespoir. On peut faire mieux à l’écoute et au service des citoyens. »

Quelques propositions étonnantes

Drice Benama ne cache pas une seconde sa sensibilité de gauche. Dans son programme, il insiste sur sa volonté de résorber la dette de la ville qui s’est accrue lors du mandat 2014-2020 : « Il faut rééquilibrer les comptes de la ville pour qu’elle ne soit pas une nouvelle fois placée sous tutelle. » Le candidat UDMF plaide également en faveur « d’un plan Marshall pour l’éducation populaire en réorganisant les moyens dans le quartier de la Rabière : plus de soutien scolaire et le retour des bungalows de juillet pour les enfants dont on a tous de très bons souvenirs. » Applaudissements dans la salle.

Sur le thème de la sécurité, il propose une police de proximité plutôt que des caméras de surveillance. Et s’intéresse de près à la situation économique :

« Développer une épicerie solidaire, c’est bien, mais ce qu’il faut c’est de l’emploi car il y a 4 000 chômeurs à Joué-lès-Tours. Je propose des contrats de 3 à 6 mois à la mairie pour les 30-50 ans. Et puis il faut encourager l’installation de commerces pour les personnes qui ont un budget limité comme Primark, Action ou un magasin de bricolage bon marché. »

« Je baisserais mon salaire de 3 500€ à 1 500€. Avec les 2 000€ restants, 50 Jocondiens en situation précaire recevront chaque mois un chèque de 40€. Uniquement des gens inscrits sur les listes électorales » lance également Drice Benama. Il ne dit pas vraiment comment il compte s’y prendre pour les sélectionner, et on se demande surtout dans quelle mesure cette proposition peut être légale…

Quand on l’écoute, le candidat UDMF semble avant tout vouloir redonner l’envie de voter à des personnes éloignées des urnes. Et si elles lui accordent leur voix, il espère jouir d’une légitimité pour être entendu de la part des personnes aux responsabilités. Il prône d’ailleurs plus le dialogue que l’affrontement et n’exclut pas une alliance de second tour. Dans d’autres villes, l’UDMF affirme également qu’il a renoncé à présenter une liste après avoir échangé avec d’autres candidats pour imprégner leurs programmes de ses priorités.

 

Autres propositions de Brice Benama :

Réaménager le square Macel Pagnol, plus de jeux pour les enfants, offrir une tablette à chaque élève qui sort du CM2, ajuster les prix des piscines, réaménager le City Stade, revoir les fiches de poste des médiateurs de quartiers, organiser un débat sur l’islam à la médiathèque, féminiser des noms de rues, soutenir un projet d’abattoir de volailles.