Indre-et-Loire

Encore une grève à la centrale de Chinon : on vous explique pourquoi ça dure

Les 4 syndicats vont manifester ce mardi.

C’est un conflit entamé le 26 novembre et qui prend ses racines à l’automne 2019… Ce mardi 19 janvier, la CGT, FO, la CFDT et la CFE-CGC appellent les salariés de la centrale nucléaire de Chinon à la grève avec une manifestation dès 9h30 Place Jeanne d’Arc à Chinon. Le cortège se dirigera vers la sous-préfecture pour y déposer une motion.

L’ensemble des syndicats sont unis dans cette action, « et ce depuis le début » nous explique le délégué CFDT du site Frédéric Clément. L’objet de leur démarche : le projet HERCULE, soit une division de l’entreprise EDF en trois entités (l’une pour gérer les activités nucléaires et de transport d’électricité, la deuxième pour s’occuper de la politique commercial et la troisième chargée des barrages et autres activités hydrauliques). L’idée de l’entreprise est de devenir plus attractive pour l’apport de fonds privés dont elle estime avoir besoin pour financer ses investissements, en particulier dans les énergies renouvelables. Une réforme poussée par l’Etat mais pas encore gravée dans le marbre.

C’est pour ça que les syndicats agissent : ils veulent bloquer le chantier tant qu’il est encore temps… En 2019 ils s’étaient déj) mobilisés contre la version 1 du plan Hercule (diviser EDF en deux branches au lieu d’une) et aujourd’hui ils relancent leur mouvement contre sa V2.

« La raison la plus importantes c’est l’absence de débat. A aucun moment cette société qui est un bien de la nation, payé par les contribuables, ne fait l’objet d’un débat sur comment on gère sa dette » déplore Frédéric Clément à la CFDT. Selon lui, « même les parlementaires que nous avons rencontrés sont les premiers étonnés de cette situation. Les discussions se font en catimini avec la commission européenne, le gouvernement et – plus ou moins – notre PDG. »

Pour le représentant du personnel, cette situation découle de la « privatisation partielle » d’EDF au début des années 2000 (l’Etat est actionnaire du groupe à 83%) mais aussi de l’ouverture à la concurrence de la distribution de l’électricité :

« On dit communément que l’on travaille un jour sur 4 pour nos concurrents. Ils devaient mettre en place leurs propres moyens de production mais ils n’ont pratiquement rien fait. La capacité de production d’électricité de la France est donc quasiment égale à celle d’EDF. Ils se reposent sur la capacité de production des centrales nucléaires. On marche sur la tête. »

Au final, Frédéric Clément dénonce un projet « sans réflexion globale » :

« On recule, mais pas pour mieux sauter. Il n’y a pas de vision stratégique et c’est ce qui nous fait le plus mal. De plus l’absence de débat empêche toute autre solution. »

A l’automne, la mobilisation avait atteint 60% parmi les équipes de la centrale de Chinon.

A noter que la section Sud-Touraine de Sortir du Nucléaire soutient le mouvement en ces termes :

« Cela créera un risque pour la qualité et la sécurité de la production électrique et bien sûr ce sera une attaque sans précédent contre celles et ceux qui travaillent dans cette filière. L’objectif de dégager des intérêts financiers sur ce qui rapporte aura pour conséquence de faire supporter aux contribuables les coûts de la production nucléaire. Ce coût financier sera absolument démentiel en terme de gestion hypothétique des déchets pour des millénaires, de risques encourus par l’exploitation d’un parc à bout de course au risque de voir une catastrophe comme Fukushima et de poursuite de la fabrication et le développement de l’arme atomique. »