Indre-et-Loire

[Il l’ouvre] « On nous interdit de travailler mais on continue de nous ponctionner »

Le patron de la discothèque Le Vegas est en plein désarroi.

La décision du Conseil d’Etat est tombée en début de semaine : la plus haute juridiction française ne voit pas d’obstacle légal à la décision de garder les discothèques françaises fermées. Une décision du gouvernement en raison de la crise sanitaire, pour éviter un regain de l’épidémie de coronavirus. Les patrons de ces établissements n’arrivent pas à comprendre pourquoi on les empêche de reprendre leurs activités alors que les bars, les clubs de danse et la plupart des entreprises ont rouvert. Plusieurs manifestations ont eu lieu dans la région : à Orléans, Tours et Blois. Témoignage de Nicolas Brouand, 30 ans d’expérience dans le monde de la nuit et qui dirige la discothèque Le Vegas de La-Croix-en-Touraine. Il y fait travailler une douzaine de personnes.

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« On a eu de l’espoir quand l’idée a été avancée de mettre des tables sur les pistes de danse pour ne pas mélanger les groupes. J’ai fait un sondage autour de moi : les gens étaient prêts à venir à 70%, parce qu’ils ont envie de retrouver une certaine ambiance. Et puis en Centre-Val de Loire, l’été ce n’est pas là où on a le plus de monde. J’ai une autorisation pour 700 personnes, quand j’en rassemble 350 je suis content. Et même en France la plupart des clubs réunissent autour de 500 personnes.

On est les oubliés de l’économie, un cas unique en France avec les grosses entreprises de croisières. On nous interdit de travailler mais on continue de nous ponctionner : les loyers, l’abonnement au TPE pour la carte bancaire, la sécurité, les assurances, le RSI (supprimé depuis 2018, les cotisations sont désormais prélevées par l'URSAF, ndlr)... Certaines choses ont pu être décalées mais pas annulées. Moi j’ai pu avoir l’aide de 1 500€ au titre du fonds de solidarité mais ce n’est pas le cas de tous mes collègues et la plateforme est bloquée depuis un mois. »

« Nous sommes en train de manger notre trésorerie. Quelle entreprise peut tenir 4 mois et demi sans activité ? »

« Là on nous dit que l’on va peut-être devoir fermer jusqu’au 21 septembre. Ok, mais dans ce cas qu’on nous aide à passer le cap et à attendre. Il y a 1 600 clubs en France : si on rouvre en novembre en janvier, il ne restera plus grand monde d’autant que les soirées privées sont en train de se développer. Les gens vont trouver d’autres moyens de faire la fête. On n’a âs vraiment l’impression d’être entendus, malgré un rendez-vous en préfecture avec l’UMIH41 (le syndicat des métiers de l’hôtellerie-restauration, ndlr). On veut proposer à l’Etat de rouvrir en prouvant que l’on peut faire mieux que ce qu’on a pu voir ce week-end (une rave party non autorisée dans la Nièvre, ndlr). On a tous une ventilation incendie, un renouvellement de l’air comme quasi aucun magasin. »

Aujourd’hui Nicolas Brouant et plusieurs de ses collègues envisagent un nouveau recours contre l’Etat considérant que la liberté du travail est bafouée et que le secteur de la nuit est discriminé.

Olivier Collet