Indre-et-Loire

Les salons de coiffure d’Indre-et-Loire préparent la réouverture… et ce n’est pas simple

Des règles sanitaires strictes seront mises en place.

Une porte fermée à clef mais un petit message sur la vitre : « Nous sommes impatientes et très heureuses de vous revoir. Nous annonçons la réouverture du salon le mardi 12 mai. La prise de rendez-vous se fait par téléphone » peut-on lire dans le quartier Beaujardin. Message similaire de l’autre côté du Boulevard Wagner, au centre commercial Bouzignac : « Vous pouvez me joindre. Merci pour vos messages de soutien qui me font très plaisir. »

Depuis les annonces du 1er ministre mardi 28 avril, les coiffeurs tourangeaux préparent leur réouverture. Deux mois qu’ils n’ont pas pu accueillir de clientèle car ils ont été classés dans la liste des commerces non essentiels, interdits d’ouvrir dès le soir du samedi 14 mars. Cette pause forcée doit prendre fin le 11 mai comme pour l’ensemble des commerces (à l’exception de la restauration et des bars). « Super, nous sommes très contents ! » peut-on lire sous une publication Facebook de l’enseigne Carpy qui annonce la réouverture du carnet de rendez-vous pour ses salons tourangeaux. Il y en a plein d’autres dans le même style, pour autant de personnes qui estiment que leurs cheveux ont besoin d’un coup de frais.

Des protections supplémentaires pour éviter les contaminations

Résultat : le téléphone sonne, sonne, sonne… « J’ai passé des coups de fil toute la matinée, j’en ai profité pour prendre des nouvelles » nous dit Isabelle Ribière de Couleur et Nature (Rue Colbert à Tours). « J'ai passé ma journée au téléphone pour la prise de rendez-vous. Plus de 80 appels, la semaine de reprise est déjà complète ! Ça fait plaisir d'être attendus comme un Messie par notre clientèle mais je redoute la reprise où il faudra jongler entre les clients, les appels et les gestes barrières » lâche Laetitia chez Carpy à Joué-lès-Tours La Liodière. « Quand on a su qu’on allait rouvrir, j’ai envoyé un message à mes clientes les plus fidèles pour leur donner la possibilité d’avoir un rendez-vous dans les 15 premiers jours. Certaines veulent un rendez-vous au plus vite mais d’autres peuvent attendre parce qu’elles sont encore en télétravail, qu’elles ont fait une couleur sur leurs racines ou qu’elles ont coupé les cheveux de leur mari » nuance Emeric Nadal (ID D’Artist à Tours et à Luynes).

Dans tous les cas, cette reprise d’activité s’annonce particulière. « Les gens sont prudents et demandent comment ça va se passer » explique Emeric Nadal qui annonce des rendez-vous plus longs :

« Pour une cliente qui fait shampoing-coupe-brushing-couleur on mettra 2h au lieu d’1h30-1h40 habituellement. Le respect des barrières sanitaires va prendre plus de temps. On aura moins de monde en même temps et on va moduler les rendez-vous. A Tours je vais réorganiser ma pièce du haut dédiée à la détente pour la transformer en salle d’attente pour les poses de couleur. En bas sur 4 fauteuils je vais en enlever un pour avoir 1m-1m10 entre chaque cliente et installer des paravents en plexiglas même si ça va faire un peu box. »

Dans le salon d’Isabelle Ribière, plus question d’entrer sans rendez-vous dans la journée, une affichette informera les gens de passage qu’il faut appeler pour réserver un créneau. Pour se protéger avec son personnel, elle récupère ce mardi un stock de masques auprès de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, la coiffeuse s’est fait livrer du gel hydroalcoolique et utilisera – comme avant – des peignoirs jetables. Pour le vestiaire, ce sera « comme au pressing », c’est-à-dire que les vêtements seront enfermés dans des housses de plastique. Et elle a commandé des lunettes de protection, préférées aux visières car « on voit mieux ». Idem pour Emeric Nadal.

Tout ça, c’est de la débrouille. « On n’a pas encore reçu la fiche métier avec les consignes officielles » explique la gérante de Couleur et Nature. Dans l’attente de ce document, le responsable du Salon Artisan Coiffeur Coloriste de la Rue Marceau de Tours n’a pas encore défini de date de reprise d’activité :

« Les petites entreprises sont oubliées, on a les informations au tout dernier moment. Je ne sais pas combien de clients je pourrais accueillir en même temps ni si mes deux salariées pourront travailler car elles ont des enfants en bas âge qui vont à l’école. »

Dans l’absolu, il a déjà prévu certaines mesures d’adaptation : « On ouvrira du lundi au samedi, et on fera certainement les 35h hebdomadaires sur des demi-journées pour ne pas avoir trop de monde en même temps. » Lui aussi sait qu’il y aura de la clientèle : « Avant le confinement on était complet sur 2 semaines, on a 250 personnes à rappeler. »

Des hausses de prix dans certains salons

Des clientes et des clients qui devront porter un masque pendant toute la prestation et, parfois, payer un supplément en partant, un surcoût lié aux protections. Pour Le Salon Artisan Coiffeur Coloriste ça représente « un investissement de 2 000 à 2 500€ » qu’il est indispensable de répercuter sur la facture (entre 2 et 3€ par personne), « car sinon on perd en rentabilité. » Emeric Nadal a fait un choix similaire : +1€50 à chaque passage jusqu’à la fin de la crise. En revanche Isabelle Ribière ne change rien estimant que sa clientèle « n’est pas responsable » de la situation.

Même si leur retour est attendu, les coiffeurs ont souffert du confinement, surtout les entreprises qui n’avaient pas beaucoup de réserves de trésorerie. « On parle beaucoup des restaurants mais nous sommes aussi dans ce cas de figure-là, comme les salons de beauté, les magasins de vêtements… Et les assurances ne jouent pas le jeu » déplore-t-on chez Le Salon Artisan Coiffeur Coloriste. Certains ont pu reporter le paiement du loyer, mais pas tous. D’autres sont en attente d’accord de la banque pour un prêt garanti par l’Etat. On se demande aussi comment ça va se passer pour l’emploi ou l’apprentissage… Les sociétés auront-elles les reins assez solides pour poursuivre les cursus en cours ou reprendre de nouveaux jeunes à la rentrée ?