Indre-et-Loire

Quel déconfinement en Touraine ? Le débrief du discours du 1er ministre

Presque tous les commerces pourront rouvrir le 11 mai. Plus besoin d’attestation pour sortir, sauf pour faire plus de 100km.

Ce mardi après-midi, le 1er ministre Edouard Philippe a présenté la stratégie de déconfinement du gouvernement depuis l’Assemblée Nationale, face à 75 députés (effectif réduit pour respecter l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes). Le locataire de Matignon a insisté sur l’importance de mettre fin à l’arrêt de l’économie, des écoles ou de la liberté d’aller et venir. Son crédo :

« Toute stratégie repose sur des constats. Nous allons devoir vivre avec le virus d’autant qu’aucun vaccin ne sera disponible à court terme. Le virus va continuer de circuler. Ce n’est pas réjouissant mais c’est un fait. Le virus pourrait disparaître de lui-même. On peut espérer. Mais fonder une politique publique autour d’hypothèses incertaines n’est pas envisageable. »

« Le risque d’une seconde vague qui viendrait frapper un tissu hospitalier fragilisé est un risque qu’il faut prendre au sérieux et impose de procéder avec prudence » a poursuivi Edouard Philippe notant que toutes les régions n’étaient pas touchées de la même manière (la Touraine est par exemple bien moins impactée que l’Île-de-France ou le Grand Est). Ainsi, il veut laisser aux maires et aux préfets la possibilité « d’adapter la stratégie. » Des rencontres sont prévues dès ce mercredi avec les associations d’élus locaux et les préfets, jeudi pour les partenaires sociaux.

Les objectifs du 1er ministre à partir du 11 mai : « Protéger, tester, isoler ».

Au cours de son discours, Edouard Philippe a encouragé le port du masque et annoncé une prise en charge financière de l’Etat équivalente à 50% du prix payé par les collectivités locales qui en achètent. « J’invite toutes les entreprises à équiper leurs salariés. Les régions et l’Etat mettront en place un appui pour les petites entreprises. Une plateforme distribuera chaque semaine des masques » a précisé le chef du gouvernement. Les personnels d’éducation et les élèves de collèges recevront également des masques. Une enveloppe hebdomadaire de 5 millions de masques lavables sera réservée aux plus vulnérables et notamment distribuée via les Centres Communaux d’Action Sociale (comme celui de Tours).

Concernant les tests, il est prévu d’en réaliser 700 000 par semaine à partir du 11 mai pour faire face aux 3 000 nouveaux malades quotidiens attendus. « A chaque cas nouveau correspondra en moyenne 20 à 25 tests » de son entourage, a précisé Edouard Philippe. L’intervention sera prise en charge par l’assurance maladie.

Les personnes en contact avec un cas positif seront invitées à s’isoler même si elles ne présentent pas de symptômes. Dans chaque département, y compris l’Indre-et-Loire, des brigades contacteront les personnes qui doivent se faire tester pour leur dire où se rendre. On ignore encore précisément comment ça va s’organiser sur le terrain. La préfecture tourangelle, les professionnels de santé et les collectivités locales seront chargées d’accompagner les personnes à isoler, soit chez elles avec tout leur foyer soit en solitaire dans des lieux pensés exprès pour ça, par exemple des hôtels réquisitionnés.

Problème, comme l’a signalé le 1er ministre : on ne connait pas forcément toutes les personnes qu’on croise (y compris dans les transports en commun). Edouard Philippe a donc plaidé pour la mise en place d’une application smartphone StopCovid pour aider à la lutte contre le virus mais ignore encore à quoi elle ressemblera. Il reporte donc le débat et le vote parlementaire sur cette question.

Après presque 30 minutes de discours, le chef du gouvernement a détaillé la stratégie de déconfinement à proprement parler. La date reste celle du 11 mai mais elle pourrait être repoussée si le nombre de cas de Covid-19 repart à la hausse. « Les incertitudes doivent inciter tous les Français à la plus grande discipline » a-t-il insisté.

Le plan de l’Etat prévoit une première phase de déconfinement du 11 mai au 2 juin, puis une autre entre début juin et début juillet. La date de réouverture des cafés et restaurants sera annoncée fin mai.

Edouard Philippe veut un déconfinement plus ou moins strict selon les départements. Une carte sera établie avec un statut vert, orange ou rouge selon la circulation du virus. Si c’est vert, les règles seront moins strictes, si c’est rouge ça veut dire qu’il y a beaucoup de cas et qu’il faut prendre plus de précautions.

Pour l’éducation, réouverture « très progressive » des écoles maternelles et primaires le 11 mai sur la base du volontariat sur tout le territoire. Le 18 mai réouverture des collèges dans les départements les moins touchés, en priorité pour les 6e et 5e. Pour les lycées la décision sera prise plus tard avec une reprise des cours envisageable début juin, avant tout pour les établissements professionnels. Dans tous les cas, pas plus de 15 élèves par classe, des mesures d’hygiène strictes et la mise à disposition de gel hydroalcoolique. Pas de port du masque pour les enfants en maternelle, des masques seront proposés aux écoles élémentaires mais non imposés. Ils serviront par exemple pour les petits qui présenteront des symptômes. Des masques seront disponibles pour les élèves de collèges.

Dans les crèches, pas plus de 10 enfants par groupe. Il pourra y en avoir plusieurs par établissement s’ils ne se croisent pas. Charge aux gestionnaires des établissements de déterminer qui sera prioritaire pour faire garder les plus jeunes.

A propos de l’économie, Edouard Philippe veut maintenir le télétravail « partout où c’est possible ». Il encourage les horaires décalés dans les entreprises pour éviter une affluence trop forte dans les transports et les entreprises. Les commerces pourront rouvrir. Tous (coiffeurs, vêtements, bijoux…). Les marchés aussi, sauf si les préfets décident du contraire. Néanmoins, le nombre de personnes présentes en simultané dans un magasin sera limité. Le port du masque grand public sera recommandé pour le personnel et les clients. Un commerce pourra interdire l’entrée à une personne non masquée.

Les préfets pourront décider de ne pas laisser ouvrir les centres commerciaux de plus de 40 000m² pour éviter les mouvements de populations entre régions que le gouvernement « ne veut pas encourager ».

Le port du masque sera rendu obligatoire dans les cars Rémi, les bus et tram Fil Bleu ou les trains de la SNCF. Un siège sur deux pourra être condamné. Les bus scolaires pourront circuler avec un remplissage de 50% maximum. Il faudra porter un masque dans les taxis ou les VTC, sauf s’il y a une vitre en plexiglas pour séparer chauffeur et clients. La réservation sera obligatoire dans tous les trains. Pour le pont de l’Ascension, « ce n’est pas le moment de quitter son département pour partir en week-end » a demandé le 1er ministre.

Les attestations de sortie ne seront plus nécessaires après le 11 mai, sauf pour un déplacement de plus de 100km. On pourra faire du sport au-delà d’1km de son domicile. En revanche pas de sport en lieu couvert, ni de sport collectif, ni de sport de contact. Les parcs et jardins pourront seulement ouvrir dans les départements « verts » où le virus ne circule pas de manière active.

Les médiathèques, bibliothèques ou petits musées pourront rouvrir leurs portes mais pas les grands musées, les cinémas, les théâtres ou les salles de concerts. Idem pour les salles des fêtes et polyvalentes, au moins jusqu’au 2 juin. Les grandes manifestations sportives et culturelles (plus de 5 000 personnes) ne pourront pas se tenir avant le mois de septembre ce qui scelle par exemple le sort d'Yzeures'N'Rock qui était encore maintenu en Sud-Touraine. La saison 2019/2020 ne pourra pas reprendre pour les clubs de sport professionnels. Edouard Philippe demande d’éviter les cérémonies religieuses avant le 2 juin même si les lieux de culte pourront ouvrir et maintient la limitation de 20 personnes pour les obsèques. Les mariages seront reportés par les mairies. Dans tous les cas, les rassemblements dans les lieux publics et privés seront limités à 10 personnes.

Le 1er ministre a indiqué que ce plan serait enrichi dans les jours à venir pour répondre à toutes les questions qui se posent encore après ces déclarations. Il a donné rendez-vous fin mai pour un point d’étape sur la stratégie gouvernementale.