Tours

Gilets Jaunes et commerces : le centre-ville de Tours souffre, les clients s’adaptent

Les manifestations hebdomadaires ont plombé le chiffre d’affaire des boutiques.

Ce samedi les Gilets Jaunes appellent à un acte XV dans le centre-ville de Tours avec un rassemblement qui partira de Jean Jaurès à 14h, comme c’est le cas chaque semaine depuis le début du mois de février. Même si les cortèges sont un peu moins fournis et que les fins de défilés sont plus calmes (moins de lacrymos ou de feux de poubelles), l’ambiance a changé dans les principales rues commerçantes de la ville.

Plusieurs commerçants interrogés le constatent : le samedi après-midi les clients sont plus rares. Les soldes ont globalement été ratés, encore plus que la baisse déjà observée lors des précédentes campagnes de rabais. Les chiffres de Fil Bleu en attestent : chaque samedi, le réseau de transports en commun de Tours enregistre autour de 15 000 validations de titres de transport en moins. Et même les ouvertures exceptionnelles du dimanche n’ont pas reboosté les bilans.

La région Centre-Val de Loire est la plus touchée par le mouvement

Mais alors, les badauds ont-ils réellement fui massivement ? Plusieurs commerçants nous ont plutôt indiqué un changement des habitudes : plus de monde le samedi matin, ou le vendredi soir. En cette période de vacances scolaires, la Rue Nationale était également bien encombrée, le beau temps aidant. La co-présidente des Vitrines de Tours est bien plus réservée : « on ne peut pas dire que l’on a rattrapé la semaine car il y a aussi eu les manifestations des étudiants ou des syndicats qui ont également pénalisé nos commerces. » Idem pour les ouvertures du dimanche : « les clients qui viennent de Blois, Poitiers ou Saumur ne viennent pas ce jour-là » selon la commerçante de la Rue de la Scellerie.

Valérie Noulin avance quelques chiffres : rien que pour les samedis, « entre -20 et -40% depuis 3 mois, -5 à -10% au global. Si on avait eu la clientèle du samedi, nous aurions été en positif. D’ailleurs les échos que j’ai des galeries commerciales c’est qu’à part fin novembre avec le blocage des accès ils n’ont pas eu de gros problèmes. »

Une enquête publiée par la CCI Touraine est formelle : la région Centre-Val de Loire est celle où les boutiques semblent avoir le plus souffert de ce mouvement populaire à la longévité exceptionnelle : -7,9% de fréquentation en décembre, le mois le plus important de l’année (-2,9% en région parisienne). Les secteurs les plus touchés sont le bricolage et la santé devant l’habillement. En Touraine, 79% des 228 professionnels qui ont répondu au sondage se disent impactés par les manifestations, 85% dans le cœur de la Métropole, 87% à Tours même. Il y a eu la baisse de chiffre d’affaire, bien sûr, mais aussi des retards de livraisons et des problèmes de personnel (retards, arrêts de travail). Les dégradations sont elles restées marginales (quelques vitrines cassées ou rideaux de fer dégradés).

Un appel aux Gilets Jaunes

Désormais, 62% des commerces tourangeaux interrogés craignent des problèmes de trésorerie ou s’attendent à en subir. 12% ont demandé une aide gouvernementale (étalement de charges). Certains ont également dû s’équiper d’agents de sécurité ou réduire leurs marges pour augmenter les ventes. « On ne veut pas travailler avec des aides mais avec nos clients » résume pour sa part la co-présidente des Vitrines de Tours assurant que certains commerces « se posent la question de ce qu’ils vont devenir, d’autres ont déjà des effectifs en moins. Les emplois saisonniers de décembre ne se sont pas faits. »

Si elle salue le soutien de la mairie ou de la préfecture, Valérie Noulin note que les étalements de charges proposés ne suffiront pas car « il faudra bien finir par payer ces charges. » Les Vitrines de Tours cherchent également la meilleure façon de mettre en place des animations au printemps et appelle les Gilets Jaunes à trouver d’autres modes d’actions… ce que certains d’entre eux proposent d’ailleurs. Samedi dernier, c’est pour cela qu’une partie du cortège est parti au péage de Veigné après 2h de défilé en centre-ville.

Olivier Collet