Tours

2019, année noire pour la médecine à Tours ?

Un élu et médecin s’inquiète.

Les personnes arrivées récemment à Tours ou dans les communes des environs en ont peut-être fait l’amère expérience : pas facile de se trouver un médecin traitant, voire même d’avoir un rendez-vous en urgence en cas de virus qui débarque sans prévenir. Beaucoup ne prennent pas de nouveau patient car leurs carnets de rendez-vous sont déjà bien remplis, ce qui peut avoir tendance à ramener du monde vers les urgences hospitalières ou SOS Médecins, encore plus en période de congés ou de pic de maladies hivernales. Pas idéal, surtout quand il s’agit de petits bobos.

Cette situation préoccupante mais pas encore critique risque de s’aggraver… Le 10 décembre dernier au conseil municipal de Tours, l’élu de la majorité Lionel Béjeau s’est publiquement inquiété du nombre conséquent de professionnels de santé amenés à partir à la retraite dans les prochains mois… sans avoir trouvé de remplaçant. Encarté chez Debout la France, il connait bien le sujet : lui-même généraliste dans le quartier de Ste-Radegonde, il doit stopper son activité d’ici 2020 mais n’a pas encore trouvé quelqu’un pour prendre sa suite.

« Le généraliste c’est le confident »

« J’ai des patients qui me demandent de ne surtout pas arrêter » explique Lionel Béjeau qui cite plusieurs exemples de praticiens qui ont consulté jusqu’à 70 ans ou plus à Tours : « le généraliste c’est une personne de confiance, le confident. Il a une bonne côte auprès du public. » Pas moins d’une trentaine de docteurs généralistes ou spécialistes (ophtalmos, gastroentérologues…) arrivent en fin de carrière en 2019 - dont une demi douzaine de médecins de ville - et leur trouver des successeurs s’annonce complexe.

D’après l’élu, c’est lié à plusieurs facteurs : « il y a une partie de professionnels qui ne veulent pas être en libéral, par exemple des femmes qui ne souhaitent pas faire de temps plein ou cherchent à être salariées. On a aussi pondu des aides pour les villes dites déficitaires ce qui fait qu’un jeune médecin qui va à 15-20km de Tours va toucher de l’argent tout en habitant Tours. C’est discutable, mais j’en connais. On n’a pas anticipé que cette mesure allait entraîner un manque de médecins dans les villes. » Tours n’est d’ailleurs pas seule : « je suis obligé de faxer des ordonnances à mon fils qui étudie au Mans parce qu’il ne trouve pas de médecin après une dizaine d’essais » assure Lionel Béjeau. Orléans est également en grande difficulté.

Des loyers modérés pour encourager les installations ?

Pour tenter d’arranger cette situation, le gouvernement a annoncé le relèvement du numérus clausus à l’horizon 2020, autrement dit il y aura plus d’étudiantes et d’étudiants acceptés au-delà de la première année de médecine. Un premier pas qui n’aura pas d’effet… avant une dizaine d’année, car les études médicales sont très longues : « quand on a créé cette mesure, on n’a pas anticipé l’augmentation de la population » résume Lionel Béjeau. D’autant que de plus en plus d’étudiants se détournent de la médecine générale pour devenir spécialistes.

Ces constats posés, comment faire en sorte de ne pas faire empirer la situation ? Avec une fac de médecine sur son territoire, Tours est normalement en mesure de convaincre de jeunes professionnels de rester dans le coin après leur formation… « Il y a une solution que j’aime bien à Parçay-Meslay, c’est d’avoir proposé des locaux avec un petit loyer à des médecins en centre-ville » souligne l’élu tourangeau qui suggère – pourquoi pas – de mobiliser des locaux publics ou des logements sociaux pour ouvrir des cabinets.

« Cela peut faire peur de s’installer mais il faut se lancer »

Autre option : construire des maisons médicales, ces sites qui rassemblent plusieurs professionnels de santé (généralistes, kinés…). Une idée viable, notamment en zone rurale, mais parfois compliquée en ville. Ainsi, un projet a échoué aux Rives du Cher car des habitants du quartier s’y sont opposés : « ils ne se sont pas rendus compte de la suite, d’autant que cela risque de faire capoter la pharmacie située à proximité » estime Lionel Béjeau. Et le salariat, comme à St-Pierre-des-Corps ? Peut-être pour des plus petites communes, mais l’élu tourangeau estime que la solution n’est pas suffisante pour les grandes villes comme Tours.

Serait-on dans une impasse, condamnés à voir le nombre de généralistes chuter ? Pas impossible… « Je ne vois pas le maire faire 36 maisons médicales » tranche Lionel Béjeau, d’autant que selon lui elles ne sont pas toujours faciles à remplir. Il privilégie plutôt des options de locaux à loyers modérés ou des systèmes plus contraignants comme « une obligation ministérielle de s’installer après 3 ans de remplacements. Aujourd’hui, de nombreux praticiens préfèrent rester remplaçants pour s’éviter les contraintes administratives par exemple. »

Et le futur généraliste retraité de conclure : « cela peut faire peur de s’installer, mais il faut se lancer car franchement c’est un beau métier. En plus il existe des primes pour les jeunes et certains ne sont pas forcément au courant qu’elles existent. »

Olivier Collet