Tours

A Velpeau, un squat de 150m² pour éviter la rue aux jeunes étrangers

Ils sont déjà une trentaine à dormir sur place.

Il y a eu Le Bercail au printemps, à Ste Radegonde : des locaux appartenant au Diocèse de Tours réquisitionnés par des bénévoles pour héberger de jeunes étrangers et des familles sans solution de logement. Ça a duré quelques semaines, puis la Préfecture a trouvé des solutions pour tout le monde et les lieux ont été évacués.

Ensuite, il y a eu le campement de St-Pierre-des-Corps pendant l’été. Sur place, les mêmes bénévoles venus organiser un camping sur un terrain du Diocèse de Tours pour mettre sous tente des jeunes venus d’Afrique. Arrivés en France depuis quelques jours ou quelques semaines, ils étaient dans l’attente d’une réponse de l’Aide Sociale à l’Enfance pour savoir s’ils seraient reconnus mineurs et donc accompagnés jusqu’à leur majorité par les services départementaux. Là-encore, le site a été évacué dans le calme avec la promesse d’une amélioration de la situation : des créations de postes pour évaluer plus vite, et des places supplémentaires avant le fameux entretien.

Des délais encore trop longs avant les évaluations du Conseil Départemental

Ça n’a pas suffi. Plus de 1 500 jeunes se sont présentés à Tours cette année en se disant mineurs. Beaucoup trop pour que les autorités suivent la cadence, et elles ne parviennent pas à trouver de solution pour mettre à l’abri ces Mineurs Non Accompagnés jusqu’à la date de leur rendez-vous. Une situation incomprise par les associations, qui dénoncent son illégalité à coups de manifestations ou de courriers appelant à user de leur pouvoir de réquisition.

Faute de retour, elles finissent – souvent – par privilégier les actions médiatiques. Exemple début novembre avec une nouvelle ouverture, dans les anciens locaux universitaires du CLOUS au Sanitas. Un échec : la police fait rapidement évacuer les lieux. Petit geste après coup : le 15 novembre, 24 places sont rendues disponibles à Chambray-lès-Tours pour loger des jeunes en attente d’évaluation. Un dispositif immédiatement saturé car malgré les renforts de personnel, il y a encore un mois d’attente avant d’obtenir un rendez-vous à l’ASE.

Une occupation préparée dans les moindres détails…

Impuissants face à l’Etat et au Conseil Départemental, les bénévoles ont aussi tenté les recours judiciaires. Même avec le soutien de plusieurs avocats, ils n’ont rien pu obtenir. Et le temps avance. Ce mercredi, ils ont donc abattu une nouvelle carte en révélant l’ouverture d’un squat de 150m² Rue Deslande, dans le quartier Velpeau. Ces anciens locaux associatifs sont au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation. Il y a plusieurs pièces aménagées en chambres avec matelas au sol, une douche, des toilettes, quelques tables, une radio, un peu de déco, des étagères avec des bouquins… Un confort sommaire, mais c’est dix fois mieux qu’une cage d’escalier ou un bout de trottoir dans la nuit et le froid.

« On a repéré cet endroit parmi d’autres il y a à peu près un mois, et c’était ouvert » lâche Angelo que l’on retrouve devant la porte. Baptisé Plan B, le collectif qui mène cette action a voulu se préparer au maximum pour éviter une nouvelle expulsion. Il connait la loi : entre le 1er novembre et le 31 mars, impossible d’expulser quelqu’un capable de prouver qu’il occupe des locaux depuis plus de 72h. Arrivés ce jeudi 13 décembre, les militants ont donc multiplié les preuves de leur présence : ils ont ouvert un contrat EDF, demandé des attestations du voisinage… Une serrure a été posée, aussi. A noter que le propriétaire, identifié, sera prévenu ce jeudi. Il s’agirait d’un homme qui possède de très nombreux biens immobiliers.

« Cette fois ils ne pourront pas nous faire partir »

Pourquoi avoir choisi ces locaux ? « Ils sont bien placés, près du centre-ville. Cela permet aux jeunes d’aller à La Table de Jeanne-Marie (une asso qui fournit un repas gratuit chaque midi à Febvotte) à pied dès 10h, et dans le local d’Utopia 56 Rue d’Entraigues pour le repas du soir » poursuit Angelo. Une quinzaine de jeunes étaient là la première nuit, le double 6 jours plus tard. Et des bénévoles restent sur place 24h/24 pour les encadrer, les soutenir : « toutes les nuits ils font des cauchemars et crient dans leur sommeil » témoigne une jeune femme, marquée par les récits de vie de ces ados qui ont franchi la Méditerranée. 3 médecins bénévoles ont par ailleurs accepté de prodiguer des soins à ces réfugiés.

Une chambre

La salle de bain

Les bénévoles du Plan B nous le disent à plusieurs reprises : s’ils ont fait le choix de cette action illégale, c’est en réponse aux manquements des autorités : « ils fraudent la loi, nous aussi » lance Marine, agacée d’avoir appris que le président du Conseil Départemental n’aurait pas répondu à un courrier du Défenseur des Droits pour s’expliquer sur la situation des MNA en Touraine. Tant qu’il ne le fait pas, et que tous les jeunes ne sont pas pris en charge, le collectif Plan B fait la promesse de maintenir sa pression : « cette fois, ils ne pourront pas nous mettre dehors » défie Marine dans l’entrée du squat. En tout cas ce sera long : pour les faire partir, la seule solution sera une action en justice, le genre de procédure qui traîne pendant des mois.

Olivier Collet