Tours

Aux cinémas Studio, négociations difficiles pour la programmation des films

Le complexe art et essai tourangeau se bagarre avec les distributeurs.

Que se passe-t-il dans les coulisses des Studio ? A en croire ses dirigeants, sortir chaque mois la programmation des films diffusés dans les 7 salles de la Rue des Ursulines relève du parcours du combattant… et pas seulement parce qu’un 4ème cinéma vient d’ouvrir à Tours le 3 octobre (CinéLoire, à Vaucanson).

« Les négociations sont de plus en plus compliquées avec les distributeurs » expliquent le président de l’association Pierre-Alexandre Moreau et la salariée-programmatrice Roselyne Guérineau désormais régulièrement en rendez-vous avec la médiatrice du cinéma français. Qui est-ce ? En fait un intermédiaire entre les sociétés qui distribuent leurs films (et dont le boulot et de les faire programmer un maximum de fois dans le plus grand nombre de salles) et les exploitants de cinémas qui doivent sélectionner chaque mercredi un certain nombre de films parmi les 15 à 20 nouveautés hebdomadaires.

Des films « porteurs » plus difficiles à avoir

« Ils nous font du chantage, ça devient violent » notent les responsables des Studio qui évoquent des pressions des distributeurs pour imposer leurs films, « mais si on voulait tous les diffuser il nous faudrait 14 salles, pas 7. » Le complexe du centre-ville est en quelque sorte victime de son succès : « nous sommes prescripteurs, les distributeurs savent que les films qui passent chez nous pourront ensuite être plus facilement pris ailleurs »… et ils n’hésiteraient pas à menacer les Studio de ne pas leur accorder de copie de longs métrages dits « porteurs » (c’est-à-dire de réalisateurs plus connus, ou avec un casting prestigieux) si les œuvres plus confidentielles ne sont pas sélectionnées.

En plus de ça, il faut donc faire avec la nouvelle concurrence de Tours Nord. Pour l’instant, les Studio observent : « il y a des accords de programmation à respecter des deux côtés » explique l’équipe. Ces accords assurent au cinéma historique la priorité sur les films porteurs (comme First Man de Damien Chazelle) dès leur sortie : « nous avons un comité qui compare nos programmations chaque semaine. Il y a un décalage entre le discours plutôt rassurant de Davoine et les faits, plus inquiétants » pointe Pierre-Alexandre Moreau qui estime que son total d’entrées (350 000) pourrait au pire baisser de 20%.

Le ebillet arrive

Cela dit, en octobre, juste après l’ouverture du CinéLoire, les Studio disent avoir réalisé leurs 3 meilleures semaines depuis mars… alors qu’en face les débuts seraient relativement timides. « On reste prudents car cela peut évoluer. Eux ils peuvent proposer jusqu’à 6-8 séances par jour pour un film. Nous maximum 4. » C’est là qu’on revient aux débats avec les distributeurs qui pourraient être tentés d’aller chercher une meilleure exposition au Nord aux dépens du centre-ville… sauf si les Studio prouvent qu’ils continuent à être capables d’attirer la foule.

Pour cela, le cinéma des Ursulines va « cultiver sa différence » en se modernisant par petites touches. A suivre : l’arrivée du ebillet pour réserver en ligne avant la séance (et éviter d’être refoulé à l’entrée, notamment lors de séances spéciales). Le site Internet sera d’ailleurs totalement revu en janvier et l’accessibilité aux publics handicapés renforcée via l’audiodescription pour les malvoyants ou une adaptation spécifique pour les sourds et malentendants, le tout passant par des applications pour smartphones.

Une saison 2019 prometteuse

Ajoutons à cela les nombreux événements comme la venue d’Eric Metayer pour Les Chatouilles le 20 novembre puis celle de Louis Garrel le 30 pour une avant-première de L’Homme fidèle avec Laetitia Casta.

 

A suivre aussi : la nuit Carpenter pour frissonner avant Noël le 21 décembre, le passionnant festival Désir Désirs dès le 23 janvier, le festival du film asiatique du 20 au 28 avril et la prochaine Nuit des Studio (marathon de films nocturne) le samedi 25 mai 2019. Une initiative toujours très prisée puisque 350 personnes assistaient encore aux séances de 4h du matin lors de la dernière édition… Comme quoi les cinéphiles savent toujours trouver le chemin des Studio.

Olivier Collet