Tours

En soutien aux migrants, grand sit-in avec des matelas à Tours

Plus de 150 personnes se sont mobilisées.

Il est 15h, nous sommes devant le siège de l'association Chrétiens Migrants au Sanitas, à Tours. Une bénévole prépare sa banderole avant de partir en manif, elle écrit avec sa bombe de peinture quand une petite fille lui demande ce qu'elle fait : "c'est pour que tout le monde ait une mason, chérie."

Pas besoin d'en dire plus pour expliquer la motivation de la grosse centaine de personnes réunie Allée de Luynes sous le Soleil de ce samedi de novembre. Vendredi soir, toutes et tous disent avoir été choqués par l'évacuation des locaux désaffectés du CLOUS situés non loin de là et "réquisitionnés" pour les migrants sans solution de logement. "On est en colère, outrés de voir des gens à la rue" nous dit Anne, une bénévole du Collectif des Réfugiés de St-Pierre-des-Corps qui a assisté à la scène, en l'occurence l'évacuation des locaux par une trentane de policiers.

"On a été agressés par la police"

"On est en colère, on a été agressés par la police" dira plus tard un migrant au micro. Il ne parle pas d'agression physique mais psychologique, de la part des forces de l'ordre d'un pays dont il attendait liberté et fraternité. Cette fraternité, c'est ce que la déambulation du jour est venue chercher. Chrétiens Migrants compte une quinzaine de bénévoles très actifs et autant pour Utopia 56. Les deux associations qui viennent en aide au quotidien aux mineurs isolés et aux familles à la rue à Tours via des distributions de repas, de matériel ou des mises à l'abri ont donc des forces vives très présentes mais leurs équipes se sentent parfois bien seules : "on a du mal à obtenir le soutien d'une partie de la population" explique Marine.

Active sur les réseaux sociaux, Utopia 56 parvient donc à recruter, à fédérer : "on veut faire des concerts de soutien chaque week-end, le dernier organisé jeudi soir a très bien marché" note d'ailleurs Marine, satisfaite de réussir à autofinancer les actions de la structure. Néanmoins, face à un Etat avec lequel ils peinent à dialoguer, les bénévoles ont le sentiment de se retrouver dans une impasse, que leurs alertes n'arrivent pas à passer le pallier supérieur, celui qui permettrait une vraie prise de conscience et une action durable. Alors, dans le calme, avec le sourire, mais obstination, les militants associatifs et leurs soutiens ont marché du Sanitas à la préfecture...

Des noms de migrants sur les matelas

Dans les rangs, beaucoup de monde mobilisé à la hâte : l'appel a été lancé vendredi soir sur Facebook, et près de 150 personnes y ont répondu (dont quelques politiques d'EELV ou de la France Insoumise, mais en petit comité). "Tout ce monde c'est chouette, il y a des têtes qu'on ne voit pas d'(habitude" commentaient auprès de nous plusieurs personnes engagées de longue date.

Outre les banderoles classiques, des matelas ont été apportés. Dessus ont été écrits les noms de migrants présents à Tours : Mat, Anna, Mamadou... 5 ans, 7 ans, 13 ans, 38 ans... Des âges et des parcours divers... Certains prennent la parole, tous s'inquiètent pour leur avenir. Pour ce week-end, entre les mesures d'urgence de la préfecture et la cotisation des bénévoles, tout le monde a pu obtenir un lit au chaud. Mais dès lundi de nouvelles problématiques naîtront, en attendant l'annonce du plan hivernal départemental prévue jeudi après-midi.

"J"expulse, tu expulses, il/elle expulse, nous réagissons ?" se demande la pancarte d'une manifestante. En tête de cortège, certains migrants distribuent des tracts aux passants. Pendant un discours Rue de Bordeaux, une femme applaudit discrètement. Rue Nationale, le tram s'arrête 15 minutes le temps d'un sit-in : les matelas sont posés au sol, la musique retentit. Quelques personnes dansent au milieu des rails avant de rejoindre la préfecture et d'y abandonner les matelas aux pieds d'une vingtaine de policiers en tenue anti-émeute, stoïques. Une provocation sans violence mais lourde de sens, une manifestation espiègle qui rassemble un certain milieu attentif à son prochain se sachant minoritaire mais déterminé à gagner la sympathie de l'opinion pour la bonne cause : "on se sent légitimes" lance ainsi une manifestante, en colère mais pas sans espoir.

Olivier Collet / Photos : Pascal Montagne