Tours

Mineurs étrangers isolés : le département justifie les délais de rendez-vous

En raison de nombreuses arrivées, mais pas que.

Depuis deux semaines maintenant, une trentaine de jeunes campent sur un terrain du diocèse à St-Pierre-des-Corps. Etrangers, et arrivés en France récemment, ils se présentent comme mineurs et demandent l'aide du Conseil Départemental jusqu'à leur majorité, c'est-à-dire un logement et un accompagnement. Pour l'obtenir, ils doivent être évalués mais les délais de rendez-vous s'allongent de plus en plus : actuellement, un ado qui se présente aux services du Champ Girault de Tours ne pourra pas être reçu avant la mi-septembre. Pendant ce temps, aucune solution d'hébergement ne lui sera proposée, d'où le campement géré par des militants associatifs pour éviter la rue.

Cette situation entraîne un fort agacement de différents collectifs vis à vis des services de l'aide à l'enfance en Touraine. Ce vendredi, le Conseil Départemental leur répond sur le même ton, dénonçant "des pressions constantes par appel téléphonique, par mail ou par visites intempestives" ainsi qu'un "travail à charge" contre la collectivité qui se plaint de convocations régulières au tribunal. Mercredi, une nouvelle manifestation a également eu lieu devant les locaux départementaux.

Pour répliquer, les services administratifs donnent un nouveau bilan chiffré de l'accueil des Mineurs Non Accompagnés depuis le début de l'année en Indre-et-Loire : 658 évaluations réalisées, et 307 donnant lieu à une reconnaissance de minorité (un peu moins de la moitié). Des Maliens, des Ivoiriens ou encore des Guinéens. 142 ont été dirigés vers d'autres départements (entraînant parfois de nouvelles évaulations "illégales" selon les associations). Les autres sont restés en bord de Loire, hébergés à l'hôtel ou par des structures sociales comme l'ADSE.

Actuellement, 311 jeunes sont suivis par l'Aide Sociale à l'Enfance, une cinquantaine quitteront le dispositif dans l'année à leurs 18 ans.

658 demandes d'aide reçues en 7 mois en Indre-et-Loire, c'est déjà plus que sur toute l'année 2017 : l'an dernier, 553 jeunes étrangers avaient été évalués à Tours. Pour 2018, le Conseil Départemental s'attend à traiter un millier de dossiers, et estime qu'une enveloppe de plus de 13 millions d'euros sera nécessaire pour la prise en charge les enfants. Il se dit débordé mais ne s'estime pas entièrement responsable des longs délais de rendez-vous. Selon lui, de plus en plus de jeunes demandent l'assistance d'un traducteur pour leur évaluation, des professionnels maîtrisant le soussou, le peulh ou le poular et ils sont parfois difficiles à trouver, surtout en période estivale, d'autant que les demandes se font parfois à la dernière minute.Voilà apparemment une des raisons de l'allongement des délais.

De plus, d'après l'institution, beaucoup de jeunes arrivent en retard à leur rendez-vous et un tiers ne s'y présente pas car ils ont obtenu entre temps un créneau dans une autre ville, "une charge de travail inutile" dit le Département qui reproche à l'Etat de ne pas mettre en place un fichier national pour éviter les doublons et globalement note son manque d'action (ça fait des mois que les différents services se renvoient la balle). Bref, à en croire ces explications de nombreuses plages dédiées à des évaluations resteraient vides et la collectivité se dit incapable de le prévoir, ou de prévenir d'autres jeunes en attente afin de les recevoir lors d'un imprévu.

Afin de rendre son service plus efficace, le Conseil Départemental annonce tout de même plusieurs mesures avec 3 créations de postes ces derniers mois et un nouveau recrutement à la rentrée. A ce moment-là, 11 personnes composeront le service dédié aux mineurs étrangers non accompagnés. En septembre, il faut aussi s'attendre au lancement d'une campagne baptisée "Accueil solidaire" pour inciter des familles tourangelles à recevoir des ados réfugiés... Une chaîne déjà mise en place par des militants qui hébergent actuellement une trentaine de personnes sur Tours ou Amboise.