Tours

25 mineurs étrangers isolés campent à St-Pierre-des-Corps

Un terrain du diocèse a été réquisitionné par des bénévoles.

C’est un grand jardin qui aurait bien besoin d’un coup de tondeuse et qui ferait un excellent terrain de foot… Bordé par quelques arbres, il va surtout servir de camping pour des jeunes qui n’ont aucune autre solution pour dormir. Nous sommes sur l’Avenue Lénine de St-Pierre-des-Corps, dans un terrain appartenant au diocèse de Tours. Autour de nous, quelques tentes censées se déplier en deux secondes et des bénévoles réputés pour se mobiliser au moins aussi rapidement quand le monde va mal… Utopia 56 Tours et Résistance 37 ne connaissent pas la trêve estivale : depuis des mois, l’association et le collectif alertent sur la situation des mineurs étrangers non accompagnés, ces jeunes réfugiés que le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire met trop de temps à évaluer et qu’il ne parvient pas à loger.

Les bénévoles ont de l’énergie mais le moral à plat : ils sont une bonne quinzaine réunis ce jeudi. Dans les prochains jours, ils comptent se relayer 24h/24 pour accueillir et encadrer les ados migrants que l’Aide Sociale à l’Enfance laisse dans l’attente, « on a des tentes en réserve » nous disent-ils… Une solution de fortune faute de mieux : une trentaine de personnes sont déjà hébergées chez des militants mais la force du réseau a ses limites…

Pique-nique partagé, recherche de douches : la solidarité s’organise

5 à 6 nouveaux migrants se présentent chaque jour, et pour eux il ne reste que la rue : « au Sanitas, certains se sont fait voler leur couverture par des mecs bourrés » nous explique-t-on. Il fallait donc une parade, au moins pour les rassembler, les soutenir et les mettre en sécurité. Comme ils l’avaient fait au printemps dans des locaux paroissiaux de Ste Radegonde à Tours Nord, Utopia 56 et ses soutiens sont donc partis en quête d’un terrain. Une nouvelle fois c’est un site religieux, et ce n’est pas vraiment un hasard… Les catholiques n’ont pas donné leur accord mais comme la religion prône la fraternité, une réaction sévère pourrait faire désordre, en tout cas elle ne manquerait pas de faire réagir de manière vive.

A 5 minutes de la Rabaterie et un peu plus d’un kilomètre de la gare de St-Pierre-des-Corps, le site est à la fois discret et visible. Pas à l’abandon, mais pas très vivant. C’est comme s’il demandait un peu d’attention… Un bon spot, en tout cas de l’avis d’Utopia. « On aurait pu faire une action coup de poing Place Jean Jaurès mais on prenait le risque de se faire évacuer en 15 minutes » détaillent les bénévoles. Même s’ils espèrent rester le moins longtemps possible Avenue Lénine, ils ont cherché un espace suffisamment calme pour ne pas risquer une expulsion manu militari tout en faisant en sorte d’être repérés pour sensibiliser l’opinion publique.

Des demandes de rendez-vous avec le Département sans réponse

Lors de notre passage, 25 réfugiés sont là et les équipes sont encore en pleine installation : « les jeunes sont fatigués, ils ne demandent qu’à dormir » nous disent les militants. Ils viennent de Côte d’Ivoire, du Mali… Ils disent avoir entre 14 et 17 ans, espèrent un avenir meilleur après avoir parcouru des milliers de kilomètres. « On a besoin de douches, de toilettes sèches » entend-on. Les voisins ont été prévenus et sollicités, certains ont promis de donner un coup de main. Un paroissien de passage prend un numéro de téléphone au cas où l’autorité religieuse souhaiterait s’entretenir avec le groupe. On pense aussi aux premiers repas : « on va faire un pique-nique partagé, chacun amène quelque chose… Des chips, des salades… »

L’action rappelle Le Bercail au printemps (48 jours de squat, d’incertitudes, et au final une solution trouvée par la préfecture). On se souvient aussi de l’année 2015, quand Chrétiens Migrants avait installé un campement au cœur du Sanitas pendant les vacances de l’association… La police avait fini par évacuer les lieux.

L’histoire se répète : « Chrétiens Migrants ferme tout le mois d’août, beaucoup de jeunes seront sans solution. » Un gymnase de 42 places a ouvert pour les personnes éligibles au SAMU social sous l’égide de la préfecture, mais rien n’est prévu pour les mineurs théoriquement sous la responsabilité du Conseil Départemental. D’ailleurs l’attitude de l’institution agace dans les rangs des bénévoles : « on a écrit, on a appelé mais ils ne veulent pas nous recevoir. Actuellement ceux qui se présentent à l’Aide Sociale à l’Enfance se voient proposer un rendez-vous le 28 août, sans mise à l’abri entre temps, ce n’est pas possible. Il fait très chaud, presque la canicule et personne ne bouge ! A Poitiers les délais ne sont pas si longs... »

« On ne veut plus voir les gens dormir par terre »

Sans nier que le Département peut avoir des difficultés à gérer l’afflux de jeunes migrants, les bénévoles qui viennent en aide à ces mineurs demandent plus de considération : « ils ne dialoguent pas avec nous, seulement par voie de presse. On aimerait avoir des explications, trouver une solution ensemble. On ne reproche rien aux salariés de l’ASE, on veut juste ne plus voir les gens dormir par terre sur des bouts de carton. Pourquoi on trouve des moyens en deux jours pour une fan zone et pas pour ces jeunes ? »

De son côté, le président du Conseil Départemental renvoie les associations vers l’Etat. Il assure que c’est lui, et lui seul qui a la clé, en particulier sur le volet financier puisqu’il oblige l’institution à maîtriser l’augmentation de ses dépenses (+1,2%) sous peine de pénalités.

Olivier Collet

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