Tours

2ème ligne de tram à Tours : le match Béranger-Royer est serré

Le garant de la concertation publique affirme que le choix sera difficile à prendre.

Un petit pas de plus dans le long processus de création d’une deuxième ligne de tram dans l’agglo tourangelle… Du 18 avril au 8 juin, la métropole a organisé une grande consultation sur son projet pour relier La Riche à Chambray-lès-Tours à l’horizon 2025, via Bretonneau, les Fontaines et Trousseau. Ce 1er débat public a été supervisé par un garant, Laurent Joseph, et il vient de remettre son rapport. 28 pages pour tirer le bilan des échanges lors des réunions publiques ou des messages laissés sur Internet… Un dossier qui n’affiche pas de préférence pour une solution ou une autre, mais qui pose un regard critique sur le déroulement des discussions et doit aider les élus à faire leur choix.

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La première chose que l’on apprend n’est pas très surprenante : la question des transports intéresse fortement les Tourangeaux. 1 000 personnes se sont rendues aux différentes réunions publiques organisées au printemps, dont 320 à Tours, autant à La Riche, 150 à Chambray et 100 à St-Pierre-des-Corps. A cela, il faut ajouter les plus de 600 messages laissés via Internet et les 24 courriers directement envoyés à la métropole. Le garant a également mené ses propres entretiens, avec le CHU de Tours ou des associations comme l’Aquavit.

Ce qu’il faut en retenir ?

  • Laurent Joseph estime que le dossier présentant la ligne B aurait pu être mieux préparé, car il contenait plusieurs fautes ou répétitions qui ne facilitaient pas sa bonne compréhension
  • 3,5% des internautes s’opposent à la création d’une nouvelle ligne de tram, principalement à cause de son coût jugé trop élevé (380 à 430 millions d’euros pour l’ensemble du projet, y compris la reconfiguration de la ligne de bus N°2 et la création de passerelles pour les vélos et les piétons)
  • 100 personnes ayant témoigné en ligne ne comprennent pas pourquoi la métropole ne s’est pas intéressée en priorité à la desserte de la gare TGV de St-Pierre-des-Corps (d’autant que 3 800 pétitionnaires plaident pour un tram dans la ville). Selon Laurent Joseph, cet ensemble d’avis « mérite une concertation » sur ce sujet en particulier mais il reconnait que la métropole a pris conscience de l’enjeu en annonçant le lancement rapide d’études sur les transports à l’Est.
  • Le tracé de la future ligne B intéresse beaucoup plus que le potentiel prolongement de la ligne A vers l’aéroport. Deux solutions de tracés étaient proposées, mais seules une vingtaine d’avis ont été recensés, dont 13 pour s’opposer complètement à ce chantier jugé non prioritaire.

 

Autre enseignement important après analyse des avis des Tourangelles et des Tourangeaux : 26% des contributions remettent en cause le tracé « de base » du tram B présenté par l’agglomération. Ce cheminement va de La Riche à Chambray via le quartier du Plessis-Botanique, le Boulevard Béranger de Tours, le Sanitas, Verdun, les Fontaines, l’Alouette, le CHU Trousseau et enfin la Papoterie. Deux arbitrages ont été proposés : un au sud entre un tracé au cœur de Trousseau ou via l’’Avenue de la République, l’autre à Tours entre le Boulevard Béranger et l’hypothèse Jean Royer.

Côté pétitions, avantage à Jean Royer

Selon le rapport de Laurent Joseph, un passage des rails au cœur du site de l’hôpital chambraisien semble plébiscité de manière assez large. Le choix du Boulevard Béranger est lui beaucoup plus clivant… Un seul chiffre pour le prouver : 30% des avis en ligne sont en sa faveur (dont une partie exigeant un impact minimal sur les arbres et le patrimoine) et 28% privilégient l’option Royer. Un bilan auquel il faudra ajouter les messages laissés sur les registres des mairies (à Tours, on avait constaté une forte mobilisation des pro-Royer) et les pétitions… Celle pour Royer approche des 2 000 signatures quand une initiative des partisans de Béranger dépasse seulement les 150 soutiens (mais comme cette option est présentée comme « de base » par la métropole, il est logique qu’elle mobilise moins. C’est souvent plus facile de mobiliser contre un projet que pour défendre une décision).

 

« Beaucoup de contributions sont très argumentées pour l’une ou l’autre des variantes » explique pour sa part le garant dans son rapport avant d’ajouter : « cette constatation révèle à quel point le choix partage l’avis des habitants et sera difficile à arbitrer. » Ainsi, Laurent Joseph recommande vivement à Tours Métropole de soigner sa communication sur ce sujet : « j’avais préconisé la déclinaison d’ateliers intégrant cette thématique de dialogue. (…) Compte-tenu des divergences fortes (…), il m’apparait indispensable de bien partager aux usagers les arguments des uns et des autres (…), pour que chaque partie tente de comprendre les intérêts respectifs de chacun. Ensuite, autant que faire se peut, la mise en place d’ateliers de dialogue territorial permettant de sélectionner avec les habitants concernés les points les plus importants à débattre, (…) me semble un minimum. »

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Clairement, Tours Métropole marche sur des œufs… Si elle ne parvient pas à bien justifier son choix final, elle s’expose à des recours susceptibles de retarder la mise en service du tram B. Et si l’hypothèse de fouilles archéologiques longues dans le futur quartier des casernes de Tours risque de ne pas jouer en faveur du tracé Royer qui passerait alors au cœur des nouvelles constructions, ce ne sera sans doute pas suffisant pour décourager les militants de la variante. On attend donc maintenant les analyses des avis écrits dans les registres et le bilan que la métropole tirera de cette concertation. Il devrait être publié en septembre, suivront les décisions définitives sur le tracé puis le début des études réglementaires. Pour l’instant, le calendrier prévoit un lancement des travaux en 2022.

Olivier Collet

Le rapport du garant de la concertation est disponible en cliquant ici.