Tours

Place Plume vs Le Gambrinus : France-Belgique depuis les bars de Tours

Quel match, quelle soirée !

A l’heure où l’on écrit ces lignes Tours ne s’en est pas encore remis : 20 ans après le sacre de 1998, 12 ans après la finale perdue de 2006, la France est à nouveau en finale de la Coupe du Monde de football ! On ne va parler que de ça dans les prochains jours, on ne va penser qu’au match de dimanche après-midi contre l’Angleterre ou la Croatie, un affrontement inédit, une rencontre qui peut à nouveau emmener les bleus sur le toit de la planète foot… Ça ne sera pas facile, comme la demi-finale disputée ce mardi contre une vaillante équipe belge.

Pour suivre ce derby, 3ème confrontation des Français contre les Diables Rouges dans un mondial, on a pris deux spots à Tours :

  • La Place Plume, évidemment
  • Le Gambrinus près du Sanitas, spécialisé dans les bières belges et récemment classé parmi les 100 meilleurs bars à bières de France

Dans le Vieux-Tours, bien avant le coup d’envoi, difficile de trouver une chaise libre. La place a des allures de fan zone, Tours n’ayant pas pu en monter une officielle sur l’Île Aucard comme lors de l’Euro 2016 (une histoire de sécurité). Pour avoir sa table, il ne fallait donc pas être en retard, et beaucoup se sont assis par terre. Au Gambrinus, c’était plus modeste : une cinquantaine de personnes dans la salle du fond, que les habitués ont rarement vu aussi bien fournie.

Avant le coup d’envoi, on fait la queue au bar, les deux responsables de l’établissement enchaînent les remplissages de verres avec le sourire, conseillent les meilleures bières belges même aux supporters tricolores. Pas connu comme étant un bar à foot, le lieu a quand même régulièrement fait le plein depuis le début de la compétition, en particulier quand les Belges et les Français étaient sur le terrain. Alors que les saucissons nature ou au Beaufort partent comme des petits pains, chacun retient son souffle… Les supporters belges sont nombreux, mais pas autant que les locaux qui font plus de bruit dès La Marseillaise. Et pendant l’hymne belge, petite blague : « c’est du français ou du flamand ? »

Au premier rang, un groupe d’amis belges venus de Liège fait une pause pour la nuit à Tours avant de repartir pour les Landes : « on avait prévu de rester ici ce soir, et on a cherché un bar pour voir le match. » Autant dire qu’ils sont bien tombés. Optimistes au coup d’envoi, les deux camps se chambrent gentiment, affûtent leurs arguments, comparent leur vocabulaire footbalistique : « c’est vrai que vous dîtes ‘coin’ pour un ‘corner’ et ‘carte jaune’ pour un carton jaune ? » entend-on notamment.

Dès les premières minutes du match, la France domine. On monte le son. Place Plumereau, il suffit de peu pour que ça explose… Et gare à ceux qui passent entre les tables et la télé, on râle facilement. Les supportrices n’ont d’yeux que pour Griezmann : « vas-y bébé ! » lancent certaines d’entre elles dès qu’il touche le ballon. En revanche Giroud,maladroit dans certaines prises de balles, se fait tacler, critiquer (« il me gave » lance notre voisin)… et lors de sa sortie en deuxième période il a été applaudi : « enfin ! » exulte un client du Gambrinus à cet instant précis.

Les 96 minutes de cette soirée sportives ont été tendues : il y a eu du beau jeu des deux côtés mais au départ personne ne trouvait la faille. « Les gardiens sont très bons » commentent les touristes belges à la pause… Analyse d’un supporter français venu en couple, et avec drapeau tricolore sur les joues : « on a une meilleure défense que le Brésil », sous-entendu : les Diables Rouges ne passeront pas. Il a vu juste : ils n’ont jamais réussi à mettre le ballon au fond des filets, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais à ce petit jeu là les hommes de Didier Deschamps ont eu plus de réussite, et peuvent dire merci à Umtiti qui a marqué son 1er but du tournoi en deuxième mi-temps. Folie furieuse dans le Vieux-Tours, ça saute de partout, les chants redoublent de volume.

Paradoxalement, les minutes suivantes sont encore plus crispées qu’avant le but… Chaque action ou contre des belges est redoutée, les fautes se font plus nombreuses… Au Gambrinus, un homme a la critique facile, l’arbitre uruguayen se fait ouvertement critiquer quand il décide qu’il y aura 6 minutes de temps additionnel avant le coup de sifflet final : « c’est stressant… » explique une dame tandis que les supporters en rouge veulent croire à un retournement comme contre le Japon, « la dernière fois on en a mis 2 en quelques minutes. » Peut-être, mais ça ne marche pas à tous les coups.

Enfin le moment tant attendu arrive : Tours exulte dans tous ses bars, « on est en finale ! » est crié à tous les coins de rue, les Belges se renferment mais reconnaissent que le match a été beau, qu’ils ont manqué de réussite… mais pour autant ils ne supporteront pas les Français en finale, sont fiers d’être arrivés si loin en Coupe du Monde et espèrent tomber sur la Croatie dans le match pour la 3ème place. Dehors, les klaxons se multiplient, même à vélo on actionne la sonnette, quelques pétards claquent au Sanitas. Dans le Vieux-Tours, la folie l'emporte sur la raison et les images de 1998 ou 2006 remontent à la surface. Les mêmes embrassades, les mêmes scènes de joie... Ça a duré jusque tard... Et on espère remettre ça dimanche : encore plus fort, encore plus longtemps !

Olivier Collet et Mathieu Giua

Notre album souvenir dans le Vieux-Tours :