Tours

Bateau Ivre : travaux de démolition terminés, place à la rénovation

280 tonnes de matériel ont été évacuées.

L’échéance approche : si tout va bien, d’ici un an on va pouvoir retourner voir des spectacles au Bateau Ivre de Tours… et même y boire le café. On en est encore loin, mais les signaux sont au vert et les 1 722 sociétaires de la SCIC Ohé se bougent pour que le chantier se déroule dans les temps. Rachetée par la société coopérative après une campagne de souscription à l’ampleur inédite en Touraine, et remarquée au niveau national (au point de donner des idées à d’autres), la salle de 400m² fermée en 2010 attend maintenant de pouvoir vivre une nouvelle jeunesse… et elle en a bien besoin !

Cela dit, avant de refaire la déco, d’installer un bar ou de rendre le bâtiment accessible aux personnes à mobilité réduite, il a fallu tout casser. Ces 3 derniers mois, les engins de chantier ont investi le 146 Rue Edouard Vaillant pour faire place nette : exit la scène et le sol… 280 tonnes ont été sorties des lieux. Le Bateau est désormais méconnaissable, au point que l’on marche sur du sable dans la fosse.

Un chantier 4 fois moins cher que prévu

Ce chantier a coûté un peu plus de 15 000€, essentiellement financé par la vente aux enchères d’œuvres d’art qui s’est déroulée dans la salle juste avant le début des opérations. Ce prix, il est presque 4 fois moins élevé que le coût normal estimé entre 50 et 80 000€. Pour obtenir ce rabais, Ohé a bénéficié de la générosité d’entreprises comme Amiante 37 (qui a récupéré l’amiante retrouve dans des composants de la salle), de Vincent Recyclage à Langeais ou de Solomat à Tours Nord.

Vue des gradins, les escaliers ont disparu

Si l’équipe du Bateau avait dans un premier temps imaginé un chantier solidaire, elle a finalement fait appel à des professionnels : « c’était moins long et moins risqué » expliquent Carole Lebrun et Franck Mouget. Au final, une dizaine de personnes ont réalisé le travail pour raboter et décaisser (l’équivalent de la taille de l’auteur de ces lignes !) mais aussi pour supprimer les deux grands escaliers menant aux gradins… Des escaliers qui ne seront pas reconstruits, les futurs accès étant prévus à l’arrière de la salle, du côté de l’entrée.

« On est pris au sérieux par les institutions, on est légitimes »

En entrant dans le Bateau aujourd’hui on a encore un peu de mal à imaginer ce qu’il va devenir dans les prochains mois… Franck Mouget et Carole Lebrun en ont eux une idée très précise et font la visite avec la passion d’agents immobiliers : à l’entrée, un bar à deux faces pour servir le café du matin ou les boissons pendant les spectacles… Dans la salle, qui pourra désormais accueillir jusqu’à 600 personnes (deux fois plus qu’avant), on trouvera une scène modulable, qui pourra par exemple se placer au centre du public. Dans l’entrée, les WC seront déplacés, l’accueil et la billetterie se feront au fond à droite à l’espace de l’ancien bar et un accès dédié aux personnes à mobilité réduite sera créé avec une pente à 6%.

 

L'entrée, et l'emplacement du futur café

La salle décaissée

Les toilettes actuels et le futur accueil

« Bien sûr, on va changer la déco pour la rendre plus actuelle » nous glisse Carole Lebrun. Mais l’esprit du Bateau va rester, avec par exemple la maquette fluviale vendue aux dernières enchères et offerte à Ohé par son acquéreuse… Une mosaïque à l’entrée doit également être conservée, pareil pour les gradins du haut qui devraient conserver leur aspect.

Une distillation culturelle et une vente aux enchères à l’automne

Reste maintenant à financer toutes ces constructions, estimées à près d’un million d’euros (avec par exemple la réfection du toit)… Mais la SCIC espère faire baisser ce montant, peut-être le ramener à 500 000€ et en tout cas organiser un phasage du chantier en priorisant les opérations les plus urgentes, celles qui permettront à la salle de rouvrir et d’accueillir du public le plus vite possible. Pour cela, une souscription a été lancé cette année (32 000€ ont été récoltés) et il est toujours possible de prendre des parts sociales dans la société (à 100€). « Nous allons aussi relancer les institutions pour qu’elles nous soutiennent et inventer des choses ensemble » nous disent Carole Lebrun et Franck Mouget, qui ont par exemple rencontré le maire de Tours ces derniers jours : « on a suscité l’intérêt qu’on voulait, ils nous prennent au sérieux, on est légitimes » poursuivent les deux matelots, qui ont déjà des projets, par exemple avec le Théâtre Olympia.

Le grand défi d’Ohé, c’est aussi de conserver intact l’intérêt pour le projet et les futurs événements accueillis au Bateau Ivre… Pour ça, il faut donc agiter le milieu culturel en permanence… Après la pause estivale, ça reprendra en octobre avec une distillation culturelle dans les murs du Bateau (les 6 et 7 octobre avec les Ateliers Mode d’Emploi) mais aussi une nouvelle vente aux enchères dans le courant de l’automne.

Olivier Collet