Tours

Carnavalesque : un jeu tourangeau sur mesure pour l’association Courteline

Édité à 100 exemplaires, il a été imaginé par un duo local que nous avons rencontré…

A gauche sur la photo, Juan Rodriguez est connu dans le monde du jeu de société : c’est lui qui est à l’origine du célèbre Tic Tac Boum, et il le porte jusque sur sa carte de visite décorée… d’une bombe. Créateur de jeux depuis le milieu des années 80, il a commencé par compléter ceux proposés dans un supplément hors-série du magazine Sciences et Vie en duo avec son ex-épouse, avant de sortir Tic Tac Boum et Elixir en 1994 puis une douzaine d’autres titres par la suite.

Egalement graphiste, ce Tourangeau qui a aussi vécu dans le Perche a passé 10 ans à Charlie Hebdo où il s’est notamment occupé de la maquette du journal. En fait, pendant une longue partie de sa carrière, il a laissé le jeu de côté avant d’y revenir il y a 6 ans, en particulier avec le succès Les Poilus : « aujourd’hui je fais ce que j’ai envie de faire, je me fais plaisir sans obligation de résultats » nous explique-t-il, avouant quand même avoir dû passer près de deux ans à se remettre à jour pour comprendre les évolutions du milieu qui s’est énormément développé : « il a fallu que je refasse mes preuves pour démontrer que Tic Tac Boum n’était pas un hasard. »

Plusieurs mois de résidence à Courteline pour créer Carnavalesque

A Tours, Juan Rodriguez n’est pas seul : les créateurs de jeux sont nombreux, et portés par la dynamique Maison des Jeux de Touraine (néanmoins en difficulté, comme nous vous le racontions récemment). Parmi les anciens administrateurs de la MDJT, on trouve Simon Havard, 31 ans, lui aussi auteur, connu à la boutique spécialisée Tête de Linotte à Amboise ou animateur pour les éditeurs sur les salons. La première fois qu’il a imaginé un jeu c’était avec sa sœur, en 2012 il a remporté un concours au Portugal et séduit un éditeur avec Why First (où il faut finir 2ème pour gagner) avant de faire paraître l’Arbre l’an dernier.

Le monde du jeu tourangeau est riche mais pas si immense. Alors, forcément, Simon connaissait Juan et Juan connaissait Simon : « on se montrait des trucs à la Maison des Jeux » nous racontent les deux hommes réunis il y a environ un an par l’association Courteline de Tours dans l’objectif de les intégrer en résidence avec les équipes de la structure pour monter un projet autour du jeu : « c’était une chouette démarche pour tous les deux, le principe étant de s’immerger dans l’association et essayer d’en transposer l’esprit dans un jeu avec notre perception de Courteline » notent les auteurs qui ont passé près de trois semaines avec les enfants et les encadrants à partir de novembre 2017.

« C’est un jeu universel »

« On est ressortis de tout ça un peu perdus… Pour nous l’organisation n’était pas lisible : le fonctionnement donne beaucoup de place à l’initiative, la hiérarchie n’est pas autoritaire, n’importe qui peut lancer des trucs… Tout ça se retrouve dans le jeu : avoir l’impression d’un peu de chaos au départ mais pour arriver à un résultat convaincant, abouti, qui ébahit et qui surprend » détaillent Juan et Simon, qui ont mené plusieurs tests avant de réaliser leur produit final au printemps.

Le résultat de ces mois de travail c’est Carnavalesque, un jeu coloré avec cotillons et confettis dans la boîte. Il se joue au moins à 3 et l’objectif c’est de concevoir de A à Z un défilé de carnaval à partir de cartes éparpillées sur la table… C’est inspiré de l’univers de Courteline, pensé pour l’association mais « on ne joue pas à Courteline, pas besoin de connaître la structure pour s’amuser » insiste bien le duo qui a voulu produire « un jeu universel » pour les enfants, les ados et les adultes, et avec plusieurs niveaux de difficulté.

Un jeu où on gagne en équipe

La partie commence donc avec plein de cartes posées sur la table… Un peu comme au mikado, on ne peut prendre que celles qui ne sont pas recouvertes… Ensuite, il faut les assembler entre elles avec des costumes et des accessoires pour concevoir des chars cohérents pour les différents publics assistant au défilé… Un Roi coordonne la partie, un Bouffon est aussi désigné… « L’aspect collaboratif est très important, les joueurs sont amenés à jouer ensemble » nous précisent les créateurs. En résumé : on gagne ensemble, ou on perd ensemble : « si on n’arrive pas à faire un défilé correct tout le monde a perdu et c’est souvent parce qu’il n’y a pas eu assez de concertation. »

Edité à une centaine d’exemplaires, fabriqué dans le Perche, Carnavalesque va uniquement être diffusé dans le réseau de Courteline. Présenté pour la première fois samedi pour la fête de quartier des Bords de Loire, il devrait faire fureur aux centres de loisirs dans les prochains mois, à partir de 7 ans. Il sera également disponible sur Internet en version libre de droits pour être reproduit dans d’autres structures.

Olivier Collet