Tours

En balade sur la Loire avec le nouveau bateau de l’association Boutavant

Il peut embarquer plus de 60 personnes.

A Tours, on peut facilement embarquer sur la Loire depuis deux points : un ponton situé au bas du Château, près du Pont de Fil, et un autre au pied de la guinguette principale, à proximité du Pont Wilson… Exploités avec l’association Boutavant, en partenariat avec la ville de Tours depuis 19 ans, ils permettent soit de faire des promenades (sur réservation) en direction de l’abbaye de Marmoutier ou alors de descendre le fleuve pour rejoindre St-Cyr-sur-Loire, La Riche… « On peut même imaginer des parcours à la journée vers Amboise. » Un seul interdit : passer sous le Pont Wilson, à cause de son effondrement en 1978. Depuis il a été reconstruit à l’identique « mais les débris sont toujours au fond de l’eau » expliquent les bateliers, justifiant ainsi l’impossibilité pour eux de passer sous les arches avec une embarcation.

A défaut de franchir le Pont de Pierre par les flots, d’un côté comme de l’autre, on est vite plongé dans une atmosphère très naturelle, simplement perturbée par le béton des ponts ou l’apparition des voitures garées sur les quais… Les arbres et l’eau occupent presque tout le cadre sur les photos, et le silence en impose, même le bruit du moteur se fait discret.

 

Ces sensations, on les découvre à bord de Maine, le nouveau bateau de Boutavant qui fait cet été ses premières promenades en Loire. Long de 15m, large de 5, il est homologué pour transporter une soixantaine de personnes, soit l’équivalent d’un bus entier de touristes ou de deux classes d’écoliers, de quoi permettre à l’association de s’ouvrir à de nouvelles clientèles, d’aller séduire les tour-opérateurs qui accompagnent les étrangers de passage en Indre-et-Loire ou de proposer des sorties nature aux élèves en fin d’année ou en septembre : jusqu’ici, tout cela était plus difficile avec des bateaux pour 30 passagers maximum.

9 tonnes à vide et un mât décoratif de 6m

Maine, qui porte le nom d’un affluent de la Loire comme la dizaine d’autres embarcations de Boutavant, est ce que l’on appelle un demi-chaland. Construit par les équipes de l’association, il est composé à la base d’une coque conçue à l’époque où l’ancien maire de Tours Jean Germain avait fait commander 7 coques pour des exhibitions en bord de Loire, un projet qui n’aura finalement pas abouti.

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Réplique à 25 000€ d’un modèle historique qui a vogué sur le fleuve royal lorsqu’il était encore une « autoroute » fluviale, Maine pèse 9 tonnes à vide et a été adapté aux dernières normes pour l’accueil de passagers, « les mêmes que pour les bateaux mouche à Paris » (mais avec plus de classe !). Il a néanmoins perdu son grand mât historique de 27mau profit d’un mât décoratif de 6m de haut, ce qui évite à l’équipage de démâter pour passer sous les ponts… De toute façon, les 300m² de voilure utilisés auparavant ne sont plus nécessaires à l’ère des moteurs, d’autant plus lorsque ces derniers ne font pas trop de bruit (même s’ils sont moins écologiques…).

 

Au cours de la promenade d’environ 1h, on aperçoit les belles villas des hauts de St-Cyr-sur-Loire, nichées sur les coteaux, au milieu des arbres, invisibles le reste du temps. On aperçoit aussi quelques habitants du coin qui ont très chaud et jouent avec l’eau malgré l’interdiction formelle de se baigner dans la Loire (à cause, par exemple, de ses bouillons sournois)… Les yeux près de la surface de l’eau, on scrute pour voir ce qu’il y a en dessous : « le bateau est conçu pour que tout le monde puisse se mettre du même côté pour voir un silure, par exemple » indiquent les mariniers de Boutavant, mais pas de gros poisson à bâbord ni à tribord ce jour-là.

« Mettre le plus de bateaux possibles sur la Loire »

Séduisantes et reposantes, les balades sur la Loire sont incontestablement précieuses pour apporter du cachet touristique à Tours : « l’objectif c’est de mettre le plus de bateaux possibles sur le fleuve » plaide le maire Christophe Bouchet. Mais il pondère : « il faut que cela ait un intérêt historique, pas question de faire du promène-couillons. » « On n’a pas de tourisme en quantité, il faut donc faire du qualitatif » complète la conseillère régionale Mélanie Fortier. L’idée de la municipalité et de la région, qui financent les embarcations de Boutavant, c’est donc d’avoir des embarcations typiques (gabares, toues) de différentes sortes, à usage multiples, par exemple un bateau couvert qui pourrait aussi voguer en hiver et permettrait de transporter en toute saison des passagers pour faire la promotion de Tours et de ses paysages… Un tel chantier pourrait être lancé d’ici 2019.

 

Une villa à St-Cyr-sur-Loire

En parallèle, Tours espère réaliser d’autres projets pour renforcer l’intérêt autour de son fleuve, sachant qu’elle se doit de mettre en place des initiatives pour conserver le dynamisme exigé par l’UNESCO qui a classé la Loire au patrimoine mondial en l’an 2000.

Des bateaux-boutiques ou bateaux restaurants ?

Parmi les pistes les plus sérieuses, celles développées lors de la consultation Envies de Loire menée en 2017… Le premier chantier qui pourrait être réalisé serait la création de passerelles entre les berges et l’Île Simon, une du côté de la bibliothèque des Tanneurs côté Sud et l’autre vers le Quai du Portillon, côté Nord… Cela permettrait aux piétons et cyclistes de faire des randonnées en boucle dans la ville en faisant moins de chemin. Des études sont lancées, mais le calendrier de réalisation et les budgets restent inconnus.

Plus ambitieux enfin, et toujours dans l’optique de renforcer la place de la batellerie à Tours, le maire Christophe Bouchet va jusqu’à imaginer l’installation d’embarcations restant à quai mais abritant des commerces (coiffure, galerie d’art…). « On va aller voir ce qu’il se fait dans d’autres villes pour ne pas se tromper » poursuit l’élu. Car ce n’est pas simple : il faut respecter plusieurs normes pour aller jusqu’au bout de ce genre d’initiative mais l’idée est lancée, tout comme la possibilité de voir renaître un bateau-restaurant, sachant que la municipalité – déçue par des établissements existant dans le passé – compte être très attentive à la qualité d’un tel établissement.

Olivier Collet