Tours

Au Bercail, la vie s'organise bon gré, mal gré

L'électricité a été coupée ce mercredi.

Occupée depuis le 06 avril par des demandeurs d'asile majeurs et mineurs, soutenus par un collectif d'associations regroupées sous le nom de « Résistance37* », l'ancienne église Saint-Libert et ses bâtiments attenants, dans le quartier Ste Radegonde de Tours est devenue un refuge pour personnes sans solutions.

Elles sont désormais une quarantaine à occuper les lieux, (un chiffre monté à une cinquantaine pendant le week-end) et à organiser la vie collective. Chaque famille a sa chambre, les mineurs isolés (une dizaine sur place) la leur également, le réfectoire et les espaces collectifs sont entretenus à tour de rôle... Bref, la vie s'installe progressivement dans une quasi-normalité si on peut dire, ne reflétant pas la situation précaire des occupants.

Pour les personnes hebergées ici, la situation administative reste en effet préoccupante entre familles demandeuses d'asile, celles relevant de la procédure Dublin (qui prévoit de renvoyer les migrants déboutés de leur demande d'asile dans le pays par lequel ils sont entrés dans l'Union Européenne), ou encore mineurs isolés (ou non accompagnés) ne trouvant pas de solutions auprès du Conseil Départemental.

Il y a quelques jours, toutes ces personnes étaient à la rue, malgré la scolarisation de certains enfants, malgré la présence d'enfants en bas âge (un bébé de 8 mois notamment). Entre solutions précaires et temporaires dans les hébergements d'urgence (avec la rotation et les appels au 115 qui vont avec pour retrouver à chaque fois un toit) ou chez des militants associatifs... la vie au Bercail constitue une amélioration de leur quotidien.

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Une amélioration en dehors de la loi et de la République, le Bercail restant un squat, d'un bâtiment appartenant au diocèse et voué à la destruction. Une situation assumée pleinement par le collectif de soutien qui aide les demandeurs d'asile présents dans leurs démarches notamment. "L’Etat et ses représentants locaux, plutôt que d’assumer leurs responsabilités, à savoir loger de façon digne, pérenne et stables les personnes à la rue préfèrent nous accuser de mettre des vies en danger en réquisitionnant un grand bâtiment vide appartenant à l’église qui se dédouane également de ses convictions " écrivent-ils ainsi dans un communiqué.

L'électricité coupée ce mercredi matin

Et même si aucune expulsion ne serait prévue à court-terme, les autorités ont commencé néanmoins à réagir. Ce mardi, une commission de sécurité s'est rendue sur place, en présence des autorités et du vicaire, représentant du Diocèse. Une commission à la suite de la quelle le Bercail serait requalifié en  « hôtel » recevant plus de 19 personnes et avec comme conclusion qu'il ne respecte pas les normes de sécurité liées. Une appelation refutée par le collectif "Resistance37".

De quoi renforcer l'incertitude de la situation, d'autant plus que ce mercredi matin, une équipe d'Enedis accompagnée de policiers est venue couper l'électricité, tandis que des agents du syndicat de l'eau sont passés également pour vérifier que l'eau courante avait été ouverte illégalement. "Les forces de l'ordre sont rentrées et ont contôlé les identités, en réveillant la famille avec le bébé" peste-t-on du côté des militants associatifs qui accusent le Diocèse d'être à l'origine des événements de ce mercredi matin.

Photo prise ce mercredi matin devant le squat par le Collectif Résistance37

Contactés par nos soins, le Diocèse affirme de son côté n'être pour rien dans ces venues et rappelle de son côté que l'électricité et l'eau étaient déjà coupées avant l'ouverture du squat. La Préfecture refuse pour sa part de communiquer sur le sujet pour le moment.

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Mathieu Giua 

*Le collectif Résistance 37 est composé des structures suivantes : Collectif Albert Thomas, Utopia 56 Tours, Collectif Solidaire des Migrants de St Pierre des Corps, Chrétiens Migrants, Réseau Education Sans Frontières, La Table de Jeanne Marie, Sud Rail Centre Val de Loire, La Cimade Indre et Loire et le DAL37