Tours

Opération séduction et digitalisation pour les marchés d’Indre-et-Loire

Ils lancent leur application pour attirer les jeunes pressés et les adeptes du « bien manger ».

« Pour me trouver, il faut suivre l’odeur des fraises » nous dit Sébastien Hérembert quand on l’appelle en arrivant vers le carreau des Halles. Sur les marchés depuis 10 ans, le primeur enchaîne les ventes des premiers fruits rouges de l’année alors que le Soleil peine encore un peu à percer… On est samedi matin et les clients sont au rendez-vous : il y a la queue partout et c’est plutôt une bonne nouvelle pour les commerçants après un hiver difficile : « on a eu 6 mois avec un climat compliqué, ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé » note le dirigeant du Syndicat des Marchés d’Indre-et-Loire qui s’active en ce moment pour redonner un coup de jeune à la profession… Et selon lui, il y a urgence.

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En Touraine, on compte environ 400 commerçants non sédentaires qui se répartissent sur les 131 marchés du département. Parmi eux, moins de la moitié adhèrent au Syndicat des Marchés. Pas assez pour Sébastien Hérembert qui veut redonner du poids à son organisation. Il faut dire que malgré les apparences (essor des produits bio et produits en circuit court, très présents sur les étals), le secteur économique des marchés n’est pas en grande forme : « il y a une dizaine d’années on était bien plus nombreux. Beaucoup de départs à la retraite ne sont pas remplacés » explique le professionnel. Et même si les Tourangeaux sont globalement « fidèles » aux marchés, ils sont surtout présents l’hiver : « l’été, on a peu de touristes, surtout à Tours. C’est mieux à Amboise, à Chinon ou à Loches. »

Des marchés disparaissent

A force, les handicaps se cumulent et des marchés se meurent comme à St-Cyr-sur-Loire : « il y a eu jusqu’à une cinquantaine de stands, ils ne sont plus qu’une dizaine aujourd’hui » constate Sébastien Hérembert. Ce sont naturellement les marchés de semaine qui souffrent le plus, dans les quartiers résidentiels où des personnes âgées ont de plus en plus de mal à se déplacer et où les jeunes actifs travaillent. A Tours, Velpeau (jeudi) ou Beaujardin (mercredi) sont de plus en plus calmes. Le mercredi, Nazelles-Négron a disparu. Et que dire de l’essai d’un marché aux Deux-Lions le mardi après-midi ? Lancé il y a deux ans avec une vingtaine de chalands, il est aujourd’hui désert.

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« Le mardi ce n’est pas un bon jour, ce serait mieux le vendredi ou le samedi » note le responsable du Syndicat des Marchés du 37 (son organisation avait pourtant été consultée pour trouver la bonne date et ne pas faire concurrence à d’autres quartiers de la ville). L’autre solution serait de trouver « un moteur » pour attirer les clients : « chaque marché a le sien : les producteurs aux Halles, les bouchers halal à St Paul ou encore le volailler de Montrichard (41) » explique Sébastien Hérembert qui verrait bien des food trucks s’installer aux Deux-Lions mais aussi sur le Boulevard Béranger où le marché aux fleurs peine un peu plus chaque année. Des tentatives ont déjà été menées, certains fonctionnent d’ailleurs bien, mais ils ne sont pas encore assez nombreux selon notre interlocuteur.

Des livraisons à vélo depuis les marchés

En attendant des jours meilleurs, et aussi pour faire face aux problèmes de stationnement, le Syndicat des Marchés d’Indre-et-Loire s’adapte aux nouvelles habitudes des consommateurs. Un exemple : le marché Rabelais a été repoussé d’une heure le dimanche (jusqu’à 13h) car c’est un jour où l’on se réveille plus tard et Fondettes s'apprête à inaugurer sa halle ce dimanche.

 

La nouvelle halle de Fondettes

Une vitrine digitale est également en cours de création via l’application tourangelle Local1Jour qui présente un annuaire des vendeurs avec leurs jours de présence sur les différents marchés du département et bientôt la possibilité de leur passer commande à distance afin d’être livré par des coursiers à vélo. Ces derniers iront du marché jusqu’au domicile ou au travail du client s’il se trouve à proximité (pas question par exemple de livrer des légumes du marché des Halles à St Avertin).

« C’est un gros boulot de regrouper tous les syndiqués », note Sébastien Hérembert, « mais c’est capital aujourd’hui car si on n’est pas sur le numérique on n’existe pas. » Via le marché sur smartphone, le responsable du Syndicat des Marchés espère donc attirer jusqu’à lui un nouveau public connecté et lassé de la malbouffe des supermarchés, mais aussi les personnes ayant du mal à se déplacer ou celles qui souffrent des difficultés de stationnement, même si tout cela enlève le charme de flâner dans les allées et réduit les achats impulsifs, pourtant très nombreux et sur lesquels les professionnels comptent beaucoup. Alors pour faire venir du monde, en ce moment ils offrent le petit déjeuner (rendez-vous ce 17 avril à Montbazon, le 18 à St-Pierre-des-Corps, le 19 à Velpeau et le 21 à Coty).

Olivier Collet

Un apprentissage pour travailler sur les marchés ?

Afin de pallier à l’inexorable baisse des vocations, Sébastien Hérembert espère la mise en place d’une filière d’apprentissage pour que les jeunes puissent découvrir l’univers des marchés avec les professionnels. Selon lui il s’agirait d’une mesure indispensable pour convaincre de nouveaux professionnels alors que les conditions de travail sont compliquées (journées à rallonge débutant dès 5h du matin, y compris le week-end).