Tours

Ce commerçant tourangeau va courir 515km en moins d'une semaine

Et chaque soir il dormira dehors.

Il y a des paris qui sont aussi beaux que fous : celui de Grégory Richard remplit tous les critères. A la tête d’une boutique spécialisée en nutrition sportive Rue de Jérusalem à Tours, cet ancien militaire de 42 ans a prévu de prendre une semaine de vacances au moment adéquat : du 6 au 13 mai, une période bourrée de jours fériés, donc pas très favorable au commerce. Pendant ce temps, ce papa d’une petite fille de 3 ans va prendre le large, seul, juste accompagné de ses baskets, de son sac à dos et d’un duvet. Son idée : parcourir 515km en 6 jours de St Brévin (44) à Lacanau, sur la côte aquitaine. Le tout, en courant.

Grégory Richard a beau se définir comme « un sportif du dimanche », c’est quand même un mordu d’exercice physique qui a couru le 1er marathon de Tours en 3h30, disputé le marathon de Paris, fait un trek de 33km avec 900m de dénivelé ou encore réalisé un premier défi de 300km en courant en dormant seulement quelques heures par nuit (il repartait parfois à 3h du matin). Pour préparer son périple sur la grande Vélodyssée le mois prochain, il s’est également entraîné jusqu’à deux fois par jour 5 à 6 fois par semaine (mais là il diminue les efforts pour emmagasiner de l’énergie avant le jour J et éviter les risques de blessures) : bref, c’est un sportif du dimanche niveau XXL.

Tourangeau depuis sa plus tendre enfance, le quadragénaire a commencé le foot à 7 ans, mais à voir la tête qu’il fait quand on lui parle du ballon rond on devine qu’il ne risque pas de rechausser les crampons de sitôt. Aujourd’hui, c’est vraiment les chaussures de running qui sont ses meilleures alliées, sachant qu’il change de paire « tous les 700km ».

Des aliments lyophilisés et des micro-siestes de 25 minutes pendant ses pauses

Chez Grégory Richard tout est calculé, précis, presque chirurgical : son carnet de route est quasiment minuté, avec des départs en course fixés chaque matin à 5h du 6 au 12 mai, les horaires précis des pauses, le détail des étapes avec les cartes… Même ses menus sont déjà édités, à base de produits lyophilisés : « j’ai prévu 21 000 calories pour tout le parcours » nous dit le garçon, soit le nécessaire pour parcourir l’équivalent de deux marathons par jour, plus de 80km. Et pour ne pas craquer, « dans la journée je m’octroie des micro-siestes de 25 minutes pour remettre le cerveau d’aplomb et éviter les hallucinations mais je dors peu. Je vais quand même me forcer à m’arrêter vers 19h le soir pour prendre le temps de me détendre et me masser. »

Quand on le rencontre, l’homme est détendu, impatient, soucieux de ne négliger aucun détail (et bien content de recevoir à temps la batterie externe qui lui permettra de partager ses aventures sur les réseaux sociaux, « les bons moments comme les mauvais »).

Avec son Routard en poche, Greg veut s’assurer de tout maîtriser. Débrouillard, malin et persuasif, il ne voit aucun problème à dormir dehors avec son duvet, va juste s’octroyer une nuit d’hôtel en chemin « pour recharger les batteries » (numériques, pas physiques). Il redoute le vent mais ne craint la pluie que parce que ça rend le paysage moins joli sur la route (« quand je cours, mon moment préféré c’est lorsque le jour se lève, avec un petit soleil et le bruit des oiseaux »).

Pour aider deux enfants handicapés et un ami amputé d’une jambe

Habitué à coacher des sportifs de haut niveau et adepte de l’athlétisme depuis ses 12 ans (à l’A3Tours), Grégory Richard part courir 515km « pour [se] faire mal. » « Il ne faut pas hésiter à se lancer des défis » ajoute-t-il, « Le poids du sac, je ne le sens pas. Les ongles cassés ou les ampoules jusqu’au sang ça ira. Le plus gros problème peut être mécanique : si le genou ne va pas, tu ne peux plus continuer » poursuit ce compétiteur individuel qui a déjà connu l’échec lors d’un précédent défi, à cause d’une blessure sournoise.

Outre le plaisir de réussir une prouesse sportive, c’est le fait de courir pour d’autres qui lui donne du carburant. S’il finance personnellement son voyage, le coach sportif a lancé une collecte afin d’aider Quentin et Paul les deux enfants handicapés d’un couple d’amis de Chambray-lès-Tours qui ont 13 et 18 ans et dont les muscles faibles les privent de tout mouvement. La cagnotte doit permettre d’aider la famille et leur association Objectif Mars à financer un voyage pour voir un match de foot du FC Barcelone le 6 mai, un déplacement lourd car 3 accompagnateurs partent avec les parents pour aider les adolescents.

Par ailleurs, Greg veut aussi venir en aide à un de ses amis militaires qui a perdu une jambe en Afghanistan. Et il s’imagine déjà faire un jour 1 000km non stop, cette fois sur 2 semaines… si sa femme et son activité professionnelle l’autorisent à s’absenter si longtemps.

Olivier Collet

La page Facebook du défi de Grégory.