Tours

Les CM2 de l’école Clocheville veulent une loi contre la pollution

Leur proposition est soutenue par le député de Tours Philippe Chalumeau.

10 ans et déjà citoyens engagés. A l’école Clocheville de Tours, la classe de CM2 de Sandra Rouzier planche actuellement sur une proposition de loi afin d’améliorer la qualité de l’air aux abords de l’établissement et plus globalement autour de toutes les écoles de France. Un gros dossier de santé publique totalement d’actualité.

L’idée est venue assez simplement, Isola résume le contexte : « quand on arrive devant l’école on a des picotements au nez, ça nous dérange et ça arrive à peu près tous les jours. » Forcément, dans cette classe de 28 élèves, ils sont assez nombreux à venir en voiture alors qu’ils habitent tous à quelques centaines de mètres, « beaucoup de parents les déposent sur la route du travail alors qu’ils pourraient venir à pied » note l’enseignante qui a abordé le sujet lors du dernier conseil d’école : « plusieurs parents ont remarqué une odeur ou des picotements. Donc ça ne concerne pas que les enfants. »

Mais que faire pour améliorer les choses ? Afin de faire bouger les lignes, les élèves vont se servir d’un dispositif national auquel ils participent cette année : Le Parlement des Enfants. Ce programme de l’Éducation Nationale est déployé dans tout le pays depuis 1993 et donc dans les 5 circonscriptions électorales d’Indre-et-Loire. A chaque fois, une classe de CM2 est invitée à préparer un texte de loi en lien avec sa députée ou son député, un jury sélectionne ensuite 1 projet pour l’académie Orléans-Tours puis 4 propositions dans toute la France. A l’issue d’un vote national la meilleure loi pourra être débattue dans l’hémicycle (certaines idées sur l’informatique ou la santé ont été reprises par le passé). Cette année, le thème retenu est la biodiversité.

Un échange mémorable avec le député Chalumeau

« Au début, on était partis sur le gaspillage alimentaire » explique Jeanne. Selon Sandra Rouzier, les enfants étaient « effarés » du grand nombre d’aliments jetés chaque jour à la cantine. Sauf que ce sujet-là ne concerne pas directement les députés, mais la mairie de Tours. La classe a donc envoyé une lettre au maire avec plein d’idées, et a reçu une réponse jugée assez peu satisfaisante de son adjointe à l’éducation qui n’ouvrait pas vraiment la porte à leurs suggestions.

En attendant de faire bouger les choses sur ce front là d’ici la rentrée de septembre via une lettre au ministre de l’agriculture et un amendement qui pourrait être soumis au conseil municipal, les citoyens en herbe se sont tournés vers un autre thème : la pollution de l’air, sur les conseils du député LREM de la ville Philippe Chalumeau qui a entendu leur malaise sur ce sujet lors de sa visite dans l’école fin janvier, un moment assez fort pour la classe : « au début ça fait bizarre mais il était sympa, on a pu lui poser plein de questions. » Isaac : « il nous a expliqué toute l’Assemblée Nationale, c’est un très bon souvenir. »

4 mesures concrètes et facilement réalisables à Tours

Soutenu par l’élu, le groupe a planché pendant plusieurs semaines pour mettre au point des mesures originales et réalisables et surtout leur donner du poids. Les petits tourangeaux ont notamment trouvé un argument en béton : « on s’est aidé de la convention internationale des droits de l’enfant qui dit que les adultes doivent protéger les enfants contre tout problème qui touche leur santé » nous résume l’un d’eux. Imparable. Et pour simplifier le travail des grands, les élèves ont établi 4 propositions que résume Lara :

  • « Le 1er article c’est de mettre en place une zone verte autour de l’école qui interdirait aux véhicules polluants de circuler aux horaires d’ouverture et de fermeture des portes
  • Le 2ème article c’est la création d’une vignette verte pour identifier ces voitures polluantes
  • Le 3ème article c’est pour mettre en place des parkings gratuits à proximité et encourager le covoiturage
  • Le 4ème article ce serait de faire un travail avec tous les élèves de France pour parler de l’impact de la pollution »

Philippe Chalumeau

Ces mesures ont été imaginées à force de discussions entre les enfants, d’échanges avec les parents, de recherches… « On a réfléchi et c’est venu comme ça » résume Lara. Et tous espèrent que leurs idées déclencheront un électrochoc : « ça fait longtemps que l’on en parle mais pour l’instant on n’agit pas de la bonne manière. Si on arrive à être choisi on pourra peut-être réussir à arranger notre avenir » nous dit un élève.

Inciter les enfants à devenir des éco-citoyens

Dans ce secteur du centre-ville de Tours, tous ont bien compris le problème de la couche d’ozone, de la fonte des glaces, du réchauffement climatique et ils ont de la ressource : « si ce n’est pas adopté en mesure nationale, on pourra s’arranger avec la municipalité. » L’élue en charge de l’enfance Barbara Darnet-Malaquin n’a donc pas fini d’entendre parler de l’école Clocheville.

« Leurs propositions sont tout à fait réalisables » souligne Sandra Rouzier qui les a faites valider par l’inspection d’académie et le député Chalumeau en personne. « Des fois les enfants sont dans l’utopie mais là on a vraiment quelque chose qui pourrait aller au bout » souligne le conseiller pédagogique Laurent Massé-Martin qui suit le projet depuis ses débuts en novembre et qui encadre des classes depuis une dizaine d’années dans le cadre du Parlements des Enfants : « ils sont curieux et sont venus avec plein d’idées sans aide des adultes derrière. C’est bien que les jeunes puissent prendre le relai des adultes, ça les sensibilise à la citoyenneté mais aussi à l’éco-citoyenneté. L’objectif c’est de leur apprendre à consommer juste et durable. » On saura au plus tard le 31 mai si la classe de l’école Clocheville emmène sa loi jusqu’au Palais Bourbon qu’elle aura alors l’occasion de visiter.

Olivier Collet

A noter : parmi les autres élus tourangeaux, la députée Fabienne Colboc travaille avec l’école République-Liberté de Joué-lès-Tours (les enfants ont étudié la forêt, la pollinisation et les ravages du labour dans l’agriculture conventionnelle en Europe.