Tours

Zones agricoles défavorisées : « toute une économie locale peut disparaître »

Les agriculteurs de la Coordination Rurale manifestent à Tours ce mercredi.

« On a à cœur de bien faire notre métier, on essaie de faire de l’agriculture raisonnée… » : devant la préfecture de Tours ce mercredi, un agriculteur du sud du département raconte son désarroi sur l’avenir du monde paysan. Lui est venu soutenir ses collègues qui veulent voir leurs terres toujours classées en « zones agricoles défavorisées » pour bénéficier d’aides de la part de l’Union Européenne. Il comprend leur détresse car lui-même a arrêté l’élevage laitier il y a deux ans parce que c’était trop dur. Il a encore des bêtes pour la viande mais assure que c’est compliqué au quotidien, malgré de la vente en local et le fait que son exploitation est autonome (il n’achète pas de fourrage à l’extérieur, par exemple).

Directement concernés ou pas, ils sont donc tous dans le même bateau, estimant que ce n’est pas seulement l’avenir de quelques-uns qui se joue mais plutôt celui d’une profession. Éleveurs, céréaliers, poly cultivateurs… Ils sont donc plusieurs dizaines à avoir répondu à l’appel de la Coordination Rurale ce mercredi à Tours, « on est tous unis ! ». Au sol, ils déposent de très nombreux panneaux déboulonnés le matin même dans les différentes communes qui ont de grandes chances d’être rayées de la fameuse carte : Draché, Villandy, Ste-Maure-de-Touraine, Preuilly-sur-Claise, Montrésor, Ingrandes-de-Touraine, Pouzay, Avon-les-Roches… « mais on va tous les remettre dans les 48h. »

« On va rester là tout l’après-midi et on espère être reçus par la préfète » précise un autre manifestant qui insiste bien : « on n’est pas la FNSEA, on ne bloque pas tout. » « La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs c’est l’agriculture intensive, nous on représente le monde paysan qui fait attention à la terre, à utiliser le moins de produits possibles. »

Avant que l’on ne parte, un homme veut que l’on retienne une phrase : « si demain il n’y a plus de paysans, on va leur montrer quoi aux touristes ? Il n’y aura plus de paysages, ce sera la savane ! » Selon plusieurs agriculteurs, la perte des aides liées aux zones défavorisées entraînerait tout simplement la mort des exploitations, d’où cette déclaration, « on risque d’avoir des terres en jachère » affirme un paysan venu du nord du département qui explique que déjà aujourd’hui il n’a pas de revenus. « Si cette suppression d’aides était compensée par une hausse des prix, cela pourrait aller. Mais ce n’est pas le cas » nous dit-on également.

Au-delà de l’enveloppe financière venue de Bruxelles, être en zone défavorisée permet aussi aux propriétaires de terres de bénéficier d’autres soutiens, « pour la taxe foncière, par exemple » indique l’un d’eux. Michel Le Pape, à la tête de la Coordination Rurale 37 complète : « on risque de mettre par terre une économie locale, y compris les artisans et les commerçants qui vivent au contact des agriculteurs. Ça nous inquiète : à part le Sud-Touraine beaucoup de communes vont êtres rayées de la carte. On est en train de poignarder l’élevage qui était le moins intensif, qui respectait les normes et qui le faisait depuis des années au prix de beaucoup d’investissements. »

« C’est une vocation de faire de l’élevage mais parfois où n’a pas le choix, il faut valoriser ces terres compliquées à exploiter, où les céréales ne pousseront pas bien, par exemple. Ce sont des sols moins fertiles, humides, avec beaucoup de pentes, des cailloux ou inondés régulièrement » poursuit Michel Le Pape qui ne comprend pas pourquoi toutes ces communes ne méritent plus aujourd’hui la classification en zone défavorisée : « ces sols n’ont pas changé, l’ancienne carte n’est pas arrivée par hasard. » La Coordination Rurale 37 dénonce aussi des contrôles très présents et trop stricts sur les fumiers, les produits phytosanitaires, les installations... Elle espère une écoute des élus et des représentants de l’État pour faire bouger les lignes.

Olivier Collet

A noter que ce jeudi Emmanuel Macron reçoit les Jeunes Agriculteurs à Paris dont une dizaine de Tourangeaux. Cédric Raguin des JA37 indiquait ce jeudi matin sa déception de ne pas voir l’ancienne carte reconduite pour l’Indre-et-Loire et évoquait la possibilité de nouvelles actions très prochainement si la situation n’évolue pas.

Dans la dernière version de la carte présentée par le gouvernement, 88 communes tourangelles peuvent recevoir des aides. Le premier projet n'en comptait que 59 mais l'ancienne carte 168. Le député Philippe Chalumeau explique pour les agriculteurs sortant des aides "en 2020" d'autres mécanismes seraient à l'étude afin de les soutenir. Les syndicats n'ont pas manqué de faire part de leur méfiance à ce sujet.