Tours

Finances de Tours : petites et grosses critiques au conseil municipal

Le maire a vu rouge sans trop le montrer.

Tradition annuelle, le conseil municipal de Tours a procédé à son débat d’orientations budgétaires ce lundi soir, étape indispensable avant le vote du budget de la ville qui aura lieu fin mars. La séance est l’occasion d’être gavé de chiffres, voici ceux à retenir :

  • 0% de hausse de la fiscalité (mais les impôts augmenteront car l’État a revalorisé les bases)
  • La ville de Tours reçoit quasiment 80 millions d’euros de recettes fiscales directes (+1,4%) + 10 millions d’impôts et taxes indirectes
  • L’État apporte 32,79 millions d’euros à la ville, un chiffre qui ne baisse contrairement aux dernières années
  • La dette de la ville est de 219 millions d’euros, et sa capacité de désendettement estimée à 12 ans. On estime que la dette est de 1 571€ par habitant
  • De 2023 à 2026, Tours devra rembourser 78 millions d’€ d’emprunts obligataires, ce que la municipalité surnomme « le mur de dettes »
  • 28 millions d’€ de nouveaux investissements sont prévus cette année, et on vous expliquait tout en détails dès samedi dans cet article
  • La ville compte 1 966 salariés, 800 de moins depuis qu’une bonne partie d’entre eux ont été transférés aux effectifs de la métropole

Josette Blanchet et Pierre Texier

Le communiste Pierre Texier a réagi à cette liste au cours d’un propos liminaire de plus de 15 minutes (!), l’élu d’opposition a regretté que l’équipe du maire Christophe Bouchet « se couche » devant les réformes gouvernementales : « vous acceptez de vous adapter sans livrer bataille » estimant plus tard que la majorité était « dans une spirale de régression qui va à l’encontre des besoins de notre époque » en privatisant les contrôles du stationnement payant ou en n’ouvrant pas plus le débat sur les rythmes scolaires (la ville repassera à 4 jours d’école hebdomadaires en septembre après une consultation des familles). Il demande la création d’un poste d’animateur à la culture et estime enfin que la mairie ne pose pas assez de questions « sur l’absentéisme important » dans les services dû, selon Pierre Texier, à la souffrance au travail ou la faiblesse des rémunérations.

La mairie peut-elle financer ses investissements autrement ?

Nicolas Gautreau (Les Démocrates, proche En Marche) a surtout regretté – comme tous les ans – un vote du budget en mars alors que sous Jean Germain, maire de 1995 à 2014, il était débattu en fin d’année. Il attend aussi de voir le détail des investissements pour se prononcer sur leur pertinence, se posant notamment des questions sur la possibilité réelle de faire 3,5 millions d’euros de travaux de voirie comme le maire s’y est engagé.

Dans le même groupe, David Chollet a regretté « la mauvaise habitude » de la ville qui ne va pas chercher plus de subventions pour financer ses projets : « on est à 22€ par habitant quand on était à 62€ dans le mandat précédent. C’est moins facile d’obtenir des subventions aujourd’hui j’en conviens mais on pourrait se fixer un objectif de passer de 3 à 4 ou 5 millions d’euros pour relancer l’investissement. » Le maire a pris note de la remarque.

« Il faut de la sincérité dans les comptes »

Finalement, la charge la plus violente est venue d’un élu qui fait théoriquement toujours partie de la majorité : Xavier Dateu, ex adjoint aux sports, battu par Christophe Bouchet en octobre lors de l’élection interne pour désigner le nouveau maire de la ville. Il a sorti les crocs et a quitté la réunion à l’issue de ce débat : « de mauvaises habitudes ont été prises, celles de planquer dans les budgets un certain nombre d’investissements que l’on fait dans des lignes sur le fonctionnement. Quand on dépense et qu’on fait un choix politique, il faut l’assumer. Pour St Martin en 2016, de mémoire une seule ligne est passée en investissement : les illuminations de la cathédrale alors que l’on sait que l’on est allé au-delà de 800 000€. Une réunion sur le coût réel prévue en janvier 2017 a été reportée et n’a jamais eu lieu. Ces méthodes ne sont plus acceptables, il faut de la sincérité dans les comptes. »

Il ne s’est pas arrêté là, tentant une démonstration mathématique complexe et confuse pour exprimer au final le fait que les budgets du plan de rénovation de la voirie et du programme d’illuminations des monuments (qualifié de « superficiel ») étaient trop élevés et qu’une partie pourrait servir à rénover les bâtiments sportifs ou les écoles : « des enseignants menacent d’user de leur droit de retrait parce qu’il fait trop froid au moment des cours d’EPS » assure l’élu centriste.

Le maire conscient des difficultés sociales

A tout cela, Christophe Bouchet a répondu calmement mais fermement : « langage excessif » et « politique du siècle d’avant » sur l’intervention de Pierre Texier. Avec son adjointe Hélène Millot, ils assurent que le budget sera sincère. Selon eux dire l’inverse « ça amoindri le débat jusqu’au pourrissement. » Attaqué sur le climat social, conscient qu’il y a un sujet sur l’absentéisme (« on est obligé de fermer des établissements à cause de ça »), il assure que les sujets sont « traités » et l’adjointe Myriam Le Souëf s’est dite disponible pour des rendez-vous avec les syndicats.

Sur les investissements, même si la capacité de la ville est « limitée » de l’aveu du maire « ce que l’on va inscrire, on le réalisera » promet Hélène Millot face aux sceptiques mais les « décisions ne sont pas encore calées », un argument utilisé afin de ne pas répondre sur la longueur à Xavier Dateu, de quoi rendre son effet corrosif moins spectaculaire. Christophe Bouchet a tout de même glissé un mot sur le sport pour répéter ce qu’il avait déjà dit : « on donnera nos accords pour de nouveaux équipements d’ampleur (Arena, nouvelle patinoire, ndlr) si et seulement si les équipements de proximité sont d’abord traités. » Il doit faire prochainement le point sur le sujet avec Marie-France Beaufils, vice-présidente en charge des sports à la métropole.

Olivier Collet

La petite phrase en plus :

Interrogé sur le devenir du chantier Porte de Loire en haut de la Rue Nationale (hôtels, commerces et logements), Christophe Bouchet n’a toujours pas donné de date de reprise des travaux mais il a « l’intuition » qu’ils seront finis en 2020, « au début ou à la fin de l’année je ne sais pas et je ne m’engagerai à rien » a-t-il ajouté.