Tours

A Sonzay, « si on nous ferme cette classe, je ferme l’école »

Les petites communes se mobilisent pour ne pas perdre de postes d’enseignants à la rentrée.

Toute petite manifestation mercredi après-midi devant la préfecture d’Indre-et-Loire (en partie à cause de la neige, à écouter les syndicats). Les enseignants, parents d’élèves et élus mobilisés contre le projet de carte scolaire étaient moins nombreux que les agriculteurs venus protester contre leurs aides en péril un peu plus tôt dans la journée. Cela dit, la colère est bien réelle et concerne pas mal de communes du département, des petits villages menacés par des fermetures de classes à la rentrée prochaine.

Le sujet revient globalement tous les ans dans l’actualité : en début d’année, l’inspection d’académie et les représentants des profs discutent de la carte scolaire pour le mois de septembre. Avec son lot d’ouvertures et de fermetures de classes. Pour 2018, l’Indre-et-Loire recevra 39 postes supplémentaires pour les écoles maternelles et primaires. 45 postes doivent ouvrir, 37 seront supprimés, dont 30 classes. Soit un solde positif de 8 postes. Où sont les 31 autres ? Paul Agard du SNUIPP37 se le demande et a ses priorités : « on manque d’effectifs pour les écoles rurales et pour faire baisser le nombre d’élèves dans les classes des quartiers prioritaires » souligne-t-il avant d’aller voir la préfète pour un entretien.

Chançay : plus d'élèves, moins de classes

Quel est le problème dans le rural ? « On a presque une vingtaine de fermetures de classes de prévues. Dans plusieurs écoles à 23 classes il n’en restera qu’une avec 2, 3 voire 4 niveaux dans une classe, des déplacements plus importants des élèves pour aller d’une commune à une autre. C’est une remise en question du service public de l’éducation » assure Paul Agard.   

Parmi les villages concernés : Chançay, au cœur de l’appellation vouvray. Julie est mère de famille : « on va avoir des classes à une trentaine d’élèves en double niveau, ce qui va entraîner des difficultés pour les enseignants et les enfants. » Aujourd’hui, l’établissement regroupe 103 élèves dans 5 classes, ils seraient 108 dans 4 classes en septembre prochain : « plus d’élèves mais moins de classes, ce n’est pas très cohérent. Il ne faut pas déshabiller la ruralité pour les écoles des quartiers prioritaires en REP et REP+. »

Réunion ce jeudi, point final lundi

Même configuration à Sonzay : « nous avons 148 élèves dans 7 classes en ce moment et on prévoit 157 élèves dans 6 classes à la rentrée. On ne comprend pas d’autant plus que la population du village est en augmentation constante » s’agace le maire Jean Pierre Verneau qui prévoit une cinquantaine de nouvelles constructions d’habitations prochainement. « On sait qu’une fermeture de classe c’est facile mais une ouverture c’est compliqué, il faut 4-5 ans pour l’obtenir. Donc cette situation n’est pas tolérable. »

L’élu menace : « si nous avons une fermeture de classe en septembre, je fermerai l’école. Elle appartient à la commune, je déciderai donc de ne pas la mettre à la disposition de l’éducation nationale. On accueillera les enfants, on fera la cantine, mais je ne vois pas pourquoi je laisserai les bâtiments ouverts pour ne pas avoir en face ce que tout le monde attend. » Ce n’est pas la première fois qu’il tente ce genre de coup de pression : à Parçay-Meslay, représentant des parents d’élèves, Jean-Pierre Verneau avait séquestré une institutrice lors d’un autre conflit avec l’Éducation Nationale et avait fini par obtenir gain de cause.

On n’en est pas encore là. Une nouvelle réunion sur la carte scolaire, un comité technique, a lieu ce jeudi avant un comité départemental à la préfecture d’Indre-et-Loire lundi soir. Ce dernier devrait valider quasi définitivement les mesures pour la rentrée dans le 1er degré, d’où l’urgence de tenter d’inverser la tendance pour les syndicats, parents et élus mobilisés.

Olivier Collet