Tours

L’aéroport de Tours « incontournable » pour le CHU

Il utilise régulièrement la piste tourangelle pour des transferts d’organes.

A Tours, on débat souvent de l’intérêt de l’aéroport. Actuellement, il accueille environ 200 000 passagers par an. C’est bien, en augmentation, mais insuffisant pour qu’il soit vraiment rentable. Gourmand en subventions (3 millions d’€ par an), son appétit va encore augmenter dès 2021, une fois que l’armée cessera d’exploiter le site pour son école de chasse et sa base opérationnelle.

Autre souci : certains estiment que l’impact économique de l’aéroport est limité. Dans la NR il y a quelques jours, le président de la CCI (un des financeurs) estimait que ça ne valait pas le coup de payer car les vols embarquaient surtout des Tourangeaux partant à l’étranger et pas tellement de voyageurs d’affaires ou de touristes susceptibles de faire fructifier l’économie locale. Un discours à contre-courant d’une récente étude estimant que l’aéroport rapportait 20 millions d’€ à l’économie tourangelle.

Si l’on ajoute à cela le fait que Ryanair est la seule compagnie grand public à se poser sur le tarmac, on résout la célèbre équation : « jamais deux problèmes sans 3 ». Même si la société irlandaise propose des billets à prix attractifs, le fait qu’elle conditionne son implantation à des subventions et qu’elle soit capable d’annuler des vols subitement comme elle l’a fait récemment agacent les financeurs qui aimeraient bien se passer d’elle, mais n’ont pas encore réussi à séduire d’autres acteurs.

Un aéroport indispensable pour la santé ?

Une fois qu’on a dit tout ça, le tableau est bien noirci et l’aéroport de Tours semble un nid à soucis. Pourtant, la Métropole croit dur comme fer en son utilité pour continuer à compter sur la carte des grandes villes de France. Par exemple, elle estime que c’est une priorité de prolonger la ligne A du tram de 700m jusqu’à l’aérogare. Dans son combat, le président Philippe Briand aura au moins un allié : le CHU de Tours.

Dans le cadre d’un entretien accordé à 37 degrés, le Dr Jean-Christophe Venhard, coordinateur des services de prélèvements et de greffes d’organes de l’hôpital estime que l’équipement est « incontournable ». Le CHU réalise près de 300 greffes par an et prélève les organes d’une cinquantaine de patients. Pour être réussies, ces interventions doivent se dérouler en un temps bien défini : par exemple, un cœur a une durée de vie de 4h entre le moment où il est retiré du corps du défunt et le moment où il est greffé dans celui du receveur. Pour un foie, c’est 8h. Et si le receveur compatible se situe loin de Tours, il faut impérativement prendre l’avion pour transporter l’organe et les médecins qui l’accompagnent. « C’est pour cela que, pour nous, l’aéroport de Tours est vital » note le Dr Venhard. « On ne peut pas avoir une équipe de greffe et de prélèvement sans un aéroport. »

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Alors que le CHU tourangeau envisage à l’avenir de greffer des poumons (en plus des reins, des foies et de la quinzaine de cœurs déjà greffés chaque année), une remise en question des activités aériennes à Tours mettrait sans doute un coup de frein à son développement alors qu’il fait aujourd’hui partie des hôpitaux français les plus doués dans ce secteur. Les élus l’ont d’ailleurs bien compris et ils évoquent souvent le chiffre de 200 mouvements aériens annuels uniquement dédiés aux greffes. Un chiffre que n’a pas strictement confirmé le Dr Venhard mais qui semble plausible au regard du bilan d’activité de son service.

Olivier Collet