Tours

30 000€ de budget pour imaginer la fac de vos rêves

L’Université de Tours crée un budget participatif étudiant pour donner un coup de jeune aux Tanneurs.

Cette année, les étudiants du site des Tanneurs vont en quelque sorte avoir les clefs de leur fac. Pour la première fois, l’université tourangelle va mettre en place un budget participatif (BPE). L’idée : demander aux jeunes ce qu’ils aimeraient comme aménagements dans les bâtiments, puis les réaliser. Tout simplement.

« La réflexion a commencé en juin 2016 » explique Thomas Thuillier, chargé de mission sur ce dossier et ancien vice-président de l’Université (il s’occupait de la vie associative). « Les questions de démocratie participative m’intéressent énormément et j’ai vu que ce type de budget se développait dans les collectivités comme Paris ou Orléans, mais aussi dans les lycées de la région. Par ailleurs, on s’est rendu compte que la participation aux élections étudiantes était en baisse : elle est passée de 15% à 9% en 2016. Globalement les jeunes participent peu aux élections, il y a un désaveu de la démocratie représentative de plus ils ont du mal à se rendre compte du rôle de leurs représentants et de ce qu’ils peuvent faire au sein des conseils d’administration. »

Cela dit, en parallèle, Thomas Thuillier explique avoir ressenti de la part des étudiants « une volonté de plus s’associer au sein de la politique de l’université. » Il fallait donc trouver un modèle qui correspondait à leurs envies. Après avoir mis en place une assemblée des présidents d’associations étudiantes (plus de 80 sur toute l’agglo), il a donc envisagé la création de ce budget participatif « pour associer tous les étudiants à l’aménagement du campus. » L’idée n’est pas de créer un événement ponctuel mais bien quelque chose de durable, « par exemple l’installation d’un piano à la cafétéria ou l’ouverture d’une salle de cinéma aux Tanneurs. »

Alors comment ça marche ?

A partir du 27 septembre, les étudiants des Tanneurs – et uniquement eux – vont pouvoir proposer leurs idées sur une plateforme en ligne. Ce mercredi, il y aura d’ailleurs un atelier participatif sur le parvis de la fac de 16h à 18h afin d’expliquer tous les tenants et les aboutissants du projet. Les suggestions pourront ensuite être envoyées jusqu’au 17 novembre via le web.

Évoquons maintenant la phase 2 : « d’ici début 2018, les services techniques se prononceront sur la faisabilité des projets et leur légalité » explique Thomas Thuillier. Il faut que ce soit des idées qui ne nécessitent pas de frais de fonctionnement, seulement un investissement matériel, pas de mobilisation de personnel sur le long terme. Au besoin, les étudiants se verront proposer des modifications pour que leur proposition puisse être concrétisée.

Une fois cette étape franchie, et les différentes idées chiffrées, les élèves des Tanneurs seront appelés à voter dès le mois de février, et pendant une quinzaine de jours, sur ce site. Ils devront alors attribuer virtuellement un budget de 30 000€ aux projets qu’ils estiment les plus pertinents. Par exemple ils pourront donner 20 000€ à l’un et 10 000€ à un autre. « L’objectif est de leur expliquer comment on fait des choix avec l’argent » justifie Thomas Thuillier. Au final, une ou plusieurs idées pourraient donc voir le jour sur les Tanneurs et ce avant la fin de l’année universitaire (c’est en tout cas l’objectif avancé).

« On pourra aussi aider certains étudiants non retenus à trouver des financements pour réaliser quand même leur ambition » souligne encore le chargé de mission qui monte ce programme avec une dizaine d’autres personnes, dont deux jeunes en service civique spécialement recrutés pour l’occasion. Ainsi, en plus des 30 000€ de budget pour la réalisation des idées des étudiants, le développement du BPE représente une enveloppe de 70 000€ (comprenant, par exemple, la création du site web par une société coopérative locale ou la communication). Le budget participatif a par ailleurs vocation à se poursuivre sur d’autres sites de la fac tourangelles en 2018 puis en 2019.

Et pourquoi avoir choisi les Tanneurs en premier ?

Réponse de Thomas Thuillier : « il y a déjà une dynamique participative sur ce site notamment avec un chantier mené par des étudiants et le personnel de l’université qui aménagent ensemble l’esplanade avec un petit potager, des tables ou des chaises qu’ils ont créés eux-mêmes. Nous avons donc voulu poursuivre sur cette lancée. Par ailleurs, les Tanneurs c’est un site des années 70, plus vieux que les autres donc ça nous paraissait intéressant de commencer par là. » Ce qui n’empêchera pas d’engager, d’ici peu, un vaste chantier de rénovation. Mais là, ce n’est pas de 30 000€ qu’il est question mais plutôt de plusieurs millions d’euros.

Olivier Collet