Tours

Au théâtre, la drôle de vie des supporters de foot de Lens

Ils témoignent de leur passion et de leurs combats dans un spectacle épique.

A l’entracte, la baraque à frites de « Momo » installée sur la gauche de la scène ouvre son comptoir. Pas de patates au menu mais des sandwichs et des bières à 2€. L’esprit du Nord par excellence. Le public se mélange aux acteurs d’un soir pour attraper son casse-dalle entre les deux parties du spectacle. Ce jeudi soir, c’est la première de Stadium au Théâtre Olympia de Tours. La pièce est créée par Mohamed El Khatib, artiste associé du centre dramatique, et Fred Hocke. Leur idée : confronter les amateurs de théâtre et ceux des stades de foot dans un spectacle qui mélange la performance et la conférence, la comédie et le témoignage.

Pour cela, ils ont fait venir les vrais : une grosse cinquantaine de supporters du Racing Club de Lens sont là, spécialement débarqués à Tours pour deux représentations (Stadium est encore à voir ce vendredi soir à 20h). Ils ont de 2 à 85 ans, même « Mémé » a fait le déplacement. Il y a aussi la mascotte, les pom-pom girls, la porteuse du drapeau géant, la fanfare…

Sur scène, tout ce petit monde s’empare des gradins et du terrain. Ils occupent l’espace comme n’importe quel acteur et c’est un plaisir de voir ces « enfants de mineurs » raconter leurs anecdotes, toutes plus drôles les unes que les autres, émouvantes aussi parfois. On parle des insultes aux arbitres (« Orphelin de pute », ils ont osé), de l’année où Lens a été champion de France en 1998, de l’obstination des plus grands fans, des ultras, des bagarres, de l’ambiance en tribune, des hommages aux disparus… Tout y passe, même la politique sachant que cette terre communiste est aujourd’hui très favorable à Marine Le Pen.

Pas de tabou chez les sportifs. Avec ou sans finesse, ils évoquent le foot et l’enthousiasme qu’il entraîne chez-eux, jusqu’à négliger leurs familles. Le fruit d’un lojng travail du metteur en scène pour gagner leur confiance. Face au public ou face caméra, on découvre leur intimité, leurs espoirs, leurs craintes, leurs blessures. Mais aussi le fait qu’ils ne renoncent pas.

Taquins avec leurs banderoles assassines mais tellement créatives, musiciens (à base de Pierre Bachelet et Sardou)… Ils sont remplis de qualités, foncent sans broncher dans l’autodérision (la prolifération des Kevin…) mais quand il faut devenir sérieux et profiter de la vitrine pour faire passer un message ils n’hésitent pas une seconde : « le Louvre-Lens est situé juste à côté du Stade Bollaert. Pourquoi les seuls Lensois qui y travaillent sont à la sécurité ou au ménage ? » interroge un des témoins dans une lettre.

Stadium est une comédie mais aussi une pièce très humaine, qui fait tomber avec finesse les préjugés sur les supporters de foot et les gens du Nord. A la fin, c’est ensemble que Tourangeaux et Lensois se sont retrouvés au son des trompettes et tambours dans le hall du théâtre puis dans la rue. Pas le même club de cœur, pas le même public, mais la même envie de faire la fête. Ca recommence donc ce vendredi soir puis les 1er et 2 février 2018 à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours. Olé !

Olivier COLLET