Tours

LEGISLATIVES EN TOURAINE : En Marche domine sans triompher

L’analyse du second tour des législatives en Indre-et-Loire.

Elle est belle la fête des partisans d’Emmanuel Macron Place Jean Jaurès ce dimanche soir. Ils sont devant une nouvelle brasserie, celle-là même où le socialiste Jean-Patrick Gille a organisé sa dernière réunion de campagne jeudi dernier, à trois jours du second tour des législatives. Mais ce 18 juin, c’est son adversaire macroniste tout juste élu député qui est le maître des lieux.

Philippe Chalumeau embrasse à tout va. Le N°1 de La République En Marche en Indre-et-Loire, ancien socialiste parti très vite soutenir l’ex ministre de l’économie depuis devenu chef de l’Etat, est donc désormais député de la République. Il n’est pas le seul dans le département : Fabienne Colboc, Daniel Labaronne et Sabine Thillaye sont aussi élus. Le parti présidentiel présentait officiellement 4 candidats tourangeaux, les 4 ont gagné. Champagne ! Ou plutôt, vouvray !

Au son de La Marseillaise, les nouveaux représentants de la nation sont donc aux anges. Ils ont mis hors d’état de nuire les députés sortants socialistes et Les Républicains-UDI, ils ont réalisé ce que personne ne croyait possible il y a encore quelques semaines. La victoire est incontestable, la prouesse notoire, le hold up évident. Mais vont-ils pouvoir s’en réjouir longtemps ? La question se doit d’être posée dès ce dimanche soir.

Regardons les chiffres, car ils sont intéressants. Au second tour de la présidentielle en Indre-et-Loire, Emmanuel Macron totalisait 201 000 voix dans le département. Pour le deuxième tour des législatives, seulement 72 450. Presque trois fois moins. On peut rajouter les 17 000 voix de Marisol Touraine étiquetée socialiste mais se réclamant de la majorité présidentielle sur la 3ème circonscription ou La République En Marche ne présentait personne mais ça ne fait pas vraiment évoluer le constat : il n’y a pas un enthousiasme délirant à voter pour le mouvement du nouveau chef de l’Etat. A ces élections, on a jamais vu une abstention aussi forte pour renouveler une Assemblée Nationale. 55,95% sur l’ensemble du département, 62% à Château-Renault, 66% à St-Pierre-des-Corps et également plus de 60% dans de nombreux bureaux de la ville de Tours.

Ce scrutin n’a pas passionné les électeurs, c’est une évidence. Il les a déboussolés aussi. Beaucoup n’ont pas réussi à choisir : 8,36% de votes blancs, 3,28% de bulletins nuls sur l’ensemble du département, soit près de 22 000 électeurs. (ils étaient 39 000 au second tour de la présidentielle, mais avec une participation nettement supérieure). A St-Pierre-des-Corps ce sont près de 18% des habitants venus voter qui n’ont pas fait de choix, plus de 10% dans de nombreuses communes. Entre un parti un peu à gauche, un peu à droite, également au centre et des candidats nettement à droite ou à gauche, les Tourangeaux n’ont pas réussi à trouver une offre qui leur convenait. Au second tour on vote toujours un peu par défaut, mais qu’ils soient si nombreux à ne trouver aucune issue interpelle énormément.

Ce serait mentir que de dire que les candidats de La République En Marche élus députés d’Indre-et-Loire ignorent ces données. Ils le notent d’eux-mêmes et prennent leur victoire avec « humilité ». « Il va falloir absolument que l’on renouvelle la politique pour mieux associer les citoyens » explique ainsi Daniel Labaronne, député de la circonscription d’Amboise, Bléré ou Montlouis. Il annonce la création d’un « conseil de circonscription » ouvert à tous les citoyens, pas seulement les marcheurs, pour échanger sur la politique. Ce n’est pas le seul à en parler, mais qu’est-ce qui peut sortir de tout cela ? L’élu actuellement maire de Bléré veut y croire s’appuyant sur la démarche de la présidentielle : « le programme d’Emmanuel Macron c’est mon programme parce qu’on l’a élaboré ici » dit-il. Mais comment vraiment réussir à attirer les habitants dans le débat politique ? Ca ne se fera pas en un jour.

« Les élus se doivent de ne pas être coupés de l’électorat, je crois qu’il est important d’envoyer un témoignage de respect, d’écoute, de proximité, de disponibilité » dit encore Daniel Labaronne. Une cascade de bonnes intentions qui seront forcément observées à la loupe. Même s’ils seront fondus dans un groupe majoritaire de plus de 350 députés à l’Assemblée Nationale, ces 4 là le savent : leurs actions seront observées à la loupe. Parce que c’est eur premier mandat, parce que l’on a aucune idée de ce qu’ils valent vraiment au-delà de leur capacité à attirer les électeurs dans les urnes grâce à la photo du président sur leur affiche de campagne. Ils réussiront peut-être leur pari, plusieurs battus leur souhaitent sportivement bonne chance pour la réussite du pays. Mais il y a aussi ceux qui président déjà des lendemains compliqués comme le battu de Tours Jean-Patrick Gille pronostiquant l’émergence d’un groupe de frondeurs qui voudraient imposer leur loi. L’histoire du quinquennat Hollande peut-elle se répéter ou Macron saura-t-il assez bien manœuvrer pour avoir une Assemblée à la fois constructive, efficace et capable de soutenir sa politique ?

Olivier COLLET

La droite sauve les meubles grâce au centre

On ne va peut-être pas revoir Marisol Touraine en Touraine avant un petit moment. Elle voulait soutenir le président Macron à l’Assemblée Nationale, elle devra trouver une autre façon de le faire. L’ancienne ministre de François Hollande a été éjectée de son siège de députée gagné en 2012 avant de prendre en charge la santé par la présidente de l’UDI37 Sophie Auconie. Cette dernière qui se présentait avec Les Républicains mais qui a agacé une partie du parti renoue avec la victoire après sa défaite aux européennes et son éviction des régionales. Et elle le fait avec la manière : 5 000 voix d’avance. C’est la seule députée non macroniste du département qui comptait deux représentants de la droite jusqu’à présent. Elle va forcément retrouver du poids. Une forme de revanche, en tout cas de retour aux affaires. Mais elle aussi aura une légitimité à gagner au fil des années. Décidément…