Tours

Futur du CHU de Tours : le bras de fer continue

Au centre du débat : les suppressions de postes, les fermetures de lits et la disparition annoncée de Clocheville.

Ce jeudi 20 avril, les syndicats Sud, CGT, FO et CFTC du CHU de Tours appellent à des débrayages et à une manifestation dès 16h au départ de la Place Jean Jaurès. Encore une. Elles se multiplient à un rythme effréné, l’intersyndicale ayant clairement entrepris d’occuper le terrain pour faire valoir ses arguments sur l’avenir de l’hôpital, alors que la direction reste au mieux discrète, voire muette (on a demandé un entretien, on nous a dit non. On ne désespère pas…).

Le fond du problème c’est le grand plan d’investissement qui se profile pour moderniser le plus grand hôpital de la région, qui est aussi le plus grand employeur d’Indre-et-Loire avec plus de 8 000 salariés. Dans l’idée, il est prévu de moderniser fortement le site de Trousseau à Chambray-lès-Tours mais aussi de réorganiser Bretonneau, l’essentiel des activités se concentrant du coup sur ces deux sites. L’hôpital Clocheville, dédié aux enfants, est donc amené à fermer dans les prochaines années tout comme le site de l’Ermitage (pas de date butoir encore).

Ce scénario là, les syndicats n’y sont pas opposés à 100% : « on ne va quand même pas refuser de travailler dans des bâtiments neufs améliorant nos conditions de travail. » Mais ce qu’ils craignent ce sont les compensations demandées pour financer ce plan immobilier : « le personnel représente 60% des dépenses sur le budget, ils cherchent donc à faire des économies. 400 postes médicaux doivent être supprimés et 350 lits seront fermés. Selon nos estimations, jusqu’à 800 emplois pourraient disparaître et les problèmes ont déjà commencé. On a par exemple du mal à faire nos plannings pour les nuits cet été » annoncent Charlie Mongault et Delphine Laubu de Sud aux côtés de Claire Delore de la CGT.

Les représentants du personnel ont aussi en travers de la gorge le manque d’information sur les projets en cours. Ils ont demandé à en savoir plus lors du conseil de surveillance du 7 avril dernier, quelques jours après une rencontre avec le maire de Tours qu’ils pensaient fructueuse. Mais non : 10 personnes ont été amenées à voter pour savoir si il fallait suspendre ou non le projet le temps d’étudier les documents… 8 ont refusé (les représentants des collectivités, des médecins et des patients), seuls les syndicats ont dit oui.

« On nous dit que le dossier est trop technique, trop volumineux, que la loi n’autorise pas à tout communiquer, qu’il faut se dépêcher tant que la ministre de la santé Marisol Touraine est en poste, elle qui est favorable au projet… La vraie raison c’est ce que si ce projet sort, il y aura une vraie levée de boucliers. » Les syndicats rappellent ainsi la mobilisation de 2007, quand on parlait déjà de fermer Clocheville : 10 000 signatures et un projet annulé. Et si ça recommençait ? « Notre crainte c’est que l’activité pédiatrique se retrouve assurée dans les spécialités pour adultes. On va perdre le bénéfice d’une unité spécifique, faire exploser l’identité pédiatrique alors qu’il n’en reste plus beaucoup en France. »

Et ce n’est pas tout. Sud, la CGT et leurs alliés s’alarment aussi de grandes suppressions de blocs opératoires (il n’en resterait que 38 sur 54, sachant que Clocheville en compte 9, ça veut donc dire que d’autres sont menacés malgré la disparition programmée du site pédiatrique) ou encore la création d’une sorte d’hôtel – privé – à côté de Trousseau pour les patients qui sortent tout juste de l’hôpital mais qui ne peuvent pas rentrer chez-eux : « ce serait aux frais de leurs mutuelles, qui risqueraient alors d’augmenter leurs tarifs » se plaint Claire Delore.

Les syndicats résument la situation en un mot pour parler d’une direction qui les ignore : « ce sont des bandits. » Ils promettent encore d’intensifier le rapport de force, affirmant être soutenus par une grande partie du personnel : « sur 1 500 signatures de notre pétition, 1 000 provenaient de l’hôpital » insistent-ils, déterminés, malgré la signature officielle de ce grand projet global baptisé Copermo annoncée pour ce jeudi. L’affluence du cortège sera un indicateur de leur influence…

Olivier COLLET